ÉVOLUTION DU GOUVERNEMENT DE LA FRANCE
Déjà rayonne sur son front une couronne de prestige et de gloire qui, dans les luttes de la paix, la fera plus ardente au travail, lui rendra une main-d'œuvre plus efficace. N'oubliez pas, dans vos statistiques, cette énergie morale d'un peuple, centuplée par la victoire obtenue pour une noble cause. Demandez-vous si nous n'en tirerons pap de larges compensations.
§ 4. — L'ébauche d'un gouvernement international.
Une des plus remarquables idées du gouvernement français pendant la guerre et une des plus fertiles en conséquences lointaines, fut celle conçue par M. Briand, le lendemain même du jour où il devint président du conseil. L'entente des Alliés était alors assez incomplète. On échangeait des notes. Elles provoquaient des objections, des controverses, qui ralentissaient toutes les opérations. Le premier ministre prit le parti d'aller lui-même à Londres et à Rome, et de réunir à Paris, à époques intermittentes, un conseil de ministres des divers pays auxquels leur situation conférait le pouvoir de solutionner immédiatement les questions d'intérêt commun. Ce résultat, les conférences d'ambassadeurs n'auraient pu l'atteindre et leur totale inutilité était démontrée depuis longtemps. Ainsi fut réglée, par exemple, la question de l'envoi à Salonique de troupes que les Anglais destinaient d'abord à l'Egypte.
Cette collaboration de chefs de gouvernement, réunis pour solutionner, sans recourir à des intermédiaires, les problèmes intéressant leurs pays respectifs, constitue un fait très nouveau. C'est une ébauche de gouvernement international que n'avait pas encore connu l'histoire et dont l'avenir seul précisera les fonctions.
108 PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE LA GUERRl!
Il ne pouvait, d'ailleurs, naître qu'à la suite du développement de l'interdépendance des peuples.
L'existence seule de cette interdépendance grandissante impliquait Tavènement probable d'une forme nouvelle de gouvernement chargé de régler les intérêts communs. Une des conséquences utiles de la guerre sera d'avoir hâté la création d'un tel gouvernement. Si la paix peut durer en Europe pendant quelque temps, c'est à lui surtout qu'on le devra.
Impossible de comparer cette institution nouvelle à rien de ce qui existait déjà. Aucune analogie avec les États-Unis d'Amérique et moins encore avec le tribunal de La Haye. Les décisions de ce dernier étant dénuées de sanctions — la guerre l'a prouvé — devaient rester sans effet.
La seule comparaison possible, bien que lointaine encore, serait celle qu'on pourrait établir avec l'ancienne conférence des sucres, dont les délégués possédaient le pouvoir de prendre, à la majorité des voix, des décisions sans appel auxquelles les divers gouvernements contractants devaient se soumettre.
Ce chapitre montre, comme plusieurs autres de cet ouvrage, que la guerre a déraciné bien des conceptions anciennes, fixées par l'habitude, et que l'expérience seule pouvait détruire. Si, par une opération magique, nous réussissions, d'un coup de baguette, à ressusciter nos morts et réparer nos ruines, on serait en droit de dire que la guerre rendit à la France des services que les institutions les plus admirables ne lui auraient pas rendus. Seul, ce terrible conflit pouvait renouveler nos sentiments, nos croyances et nos pensées.