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CHAPITRE VI LA MENTALITÉ FRANÇAISE APRÈS LA GUERRE

§ 1. — Genèse de la mentalité française aprôs la guerre.

J'ai examiné dans un précédent chapitre la création d'individualités nouvelles sous l'influence de nécessités diverses. Ces personnalités sont généralement éphémères, ainsi qu'on put Tobserver au moment de la grande Révolution.

Il est bien probable cependant que les événements actuels laisseront des traces dans les âmes. Ignorant la profondeur de cette empreinte on ne saurait former que des conjectures sur la mentalité des hommes qui verront la paix.

En essayant de la déterminer un peu nous allons pénétrer sur un terrain inconnu qu'aucune lueur n'éclaire encore. Toutes les prévisions tentées ne peuvent donc constituer que des vraisemblances.

Ces prévisions ont nécessairement, d'ailleurs, un caractère conditionnel. Gomment savoir, par exemple, si l'unité intérieure créée par la guerre sera maintenue par les dangers extérieurs qui nous menaceront longtemps encore. Etant donnés les fanatismes qui rongeaient notre pays au moment de la déclaration du conflit, on ne saurait affirmer leur définitive disparition.

Avant d'examiner ce que pourra être la mentalité des diverses couches sociales, nous rechercherons l'influence des facteurs susceptibles de la créer.

Les sources auxquelles les hommes puisent habituellement les opinions et les croyances régulatrices de leur conduite ne sont pas très variées. Il leur arrive quelquefois de les former par réflexions personnelles, mais ce cas est si rare qu'on peut le négliger Le milieu, le genre de profession, la contagion mentale fournissent un certain fond d^idées et d'habitudes servant à interpréter les événements et à critiquer ce qui s'écarte de l'opinion du groupe dont nous faisons partie.

Au cours des grands bouleversements sociaux comme la guerre actuelle, ce fond habituel des opinions est désagrégé. Des facteurs nouveaux, dont nous allons examiner quelques-uns, suscitent des idées et des orientations de sentiments pouvant créer des mentalités nouvelles.

^ 2. — Égalisation des conditions créée par la vie

en commun.

Malgré tout le sang versé, la Révolution ne réussit pas à établir l'égalité et la fraternité parmi les hommes. On était trop près de l'ancien régime et les vieilles séparations sociales reparurent bientôt.

En dépit des théories et des codes, la société française restait divisée en castes et classes, jouissant des mêmes droits devant la loi mais pratiquement séparées.

Sans parler des différences de races qui distinguent nettement les diverses parties de la France : Breto-ns,

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