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LA MENTALITÉ FRANÇAISE APRÈS LA GUERRE

distinctes : 1* celle qui, voyant ses revenus réduits considérablement, sera obligée de vivre plus simplement; 2* celle des nouveaux riches qui, après avoir fait fortune en servant d'intermédiaires dans les fournitures militaires, voudront jouir de Targent gagné.

Gomme sous le Directoire, ces derniers constitueront une société artificielle, bruyante et un peu néfaste.

Cette division s'est déjà établie, au cours même de la guerre. Les modes excentriques, les thés, les réceptions brillantes, les restaurants à la mode, les réunions mondaines, ont été le fait des nouveaux riches. Leurs allures de parvenus tranchaient sur la vie calme d'une population laborieuse et d'une bourgeoisie modeste, occupées de travail et d'œuvres de charité.

A côté de la bourgeoisie ancienne et des nouveaux riches, se trouvera la jeunesse qui a quitté les bancs des universités pour la tranchée, et pénétrera ensuite d'emblée dans la vie sociale. Quels seront ses sentiments, ses conceptions, sa conduite?

Je crois qu'on n'en peut rien dire à l'heure actuelle, car les idées de cette génération sont en voie de formation, mais non constituées encore.

Quelques symptômes un peu vagues, d'ailleurs, sembleraient indiquer que les prétentions de la nouvelle jeunesse ne se montreront pas toujours modestes.

Un député, M. J. Hennessy, qui, sans doute, croit représenter leurs tendances, écrivait dans un journal ;

« La jeunesse se presse aujourd'hui en criant : « Place à nos idées », et criera demain : « Place aux « jeunes. *

Je crains bien que Tauteur de ces lignes ne jsoit victime d'une catégorie d'illusions fréquentes à toutes les époques. D'idées nouvelles, la jeunesse n'en a formulé et n'en pouvait formuler aucune. Où les aurait-elle prises? Ses anciens maîtres de l'Université se sont trop lourdement trompés sur les événements actuels, pour n'avoir pas perdu toute autorité. La vanité de certaines théories, enseignées solennellement comme vérités éternelles, lui a été révélée par la leçon des réalités.

Sans doute, la mentalité des jeunes combattants s'est transformée par la guerre. Une nouvelle hiérarchie des êtres et des choses s'établit à leurs yeux. Mais, si le danger les a orientés, il ne pouvait guère les munir d'idées philosophiques pour remplacer celles dénuées maintenant de prestige.

Prendre le contrepied des idées abandonnées ou revenir aux conceptions passées serait simplement changer d'erreurs. Les idées sont des joyaux rares, de formation difficile. Cinq ou six à peine illuminent chaque génération, et le plus souvent elles sont élaborées avec d'anciennes idées, dont l'aspect seul a changé.

Les problèmes consécutifs à la guerre seront si hérissés de difficultés, qu'on ne pourra les étudier et les solutionner rapidement. Le cri de demain ne sera pas, comme le prétend l'auteur cité plus haut : « Place aux jeunes », mais bien : « Place aux ca pables. »

Avant de nous imposer ses idées, la jeunesse actuelle devra donc commencer par en acquérir. Elle devra surtout apprendre que, dans la vie sociale, pas plus que dans la nature, rien n'est simple ni

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