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LA MENTALITÉ FRANÇAISE APBÈS LA GUERRE

Normands, Gascons, Provençaux, etc., les classes vivaient sans se connaître. Le noble ignorait le bourgeois et ce dernier considérait le travailleur manuel comme d'une essence inférieure à la sienne, bien qu'en réalité il n'en différât le plus souvent que par le costume, des habitudes plus raffinées et quelques subtilités de langage.

La guerre actuelle a créé rapidement l'égalité sociale que la Révolution et les régimes qui suivirent n'avaient pu établir en plus d'un siècle. Cette égalisation a été provisoire, sans doute, mais son empreinte ne pourra s'effacer facilement.

Pendant de longs mois les hommes de toutes races, de toutes classes : grands seigneurs, magistrats, professeurs, ouvriers, prêtres, fonctionnaires, etc., auront vécu dans la plus fraternelle intimité, partageant les mêmes dangers, les mêmes occupations, les mômes espoirs. Sous les obus ils apprirent pour la première fois à se juger, s'aider, s'apprécier, en un mot à se connaître, ce qui ne leur était jamais arrivé auparavant.

Cette existence en commun a vite prouvé aux intellectuels que le niveau moral des hommes dépend beaucoup plus du caractère que de l'instruction. Notre pauvre bagage classique a paru bien maigre dans les tranchées. Il y a été vite reconnu que la valeur d'un individu se mesure à sa ténacité, son endurance, son initiative, son courage, sa volonté, son jugement, qualités que n'enseignent pas les livres et qui ne sont les privilèges d'aucune classe. Sur le front comme l'a justement écrit un médecin, M. Helmes :

ancienne échelle des valeurs a été complètement renversée.

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L'habileté, l'éloquence, la mondanité, tous ces mots n'ont plu» de sens pour nous, qui vivons dans la violence et ne subsistons que par l'action.

Avant la guerre, les purs intellectuels : littérateurs, publicistes, professeurs, etc., s'assignaient volontiers une place en haut de l'échelle sociale. Ils apparaîtront après la paix comme des produits de luxe un peu démodés.

Ayant appris sur le front à juger exactement de la valeur des hommes nos combattants feront peu de cas dans l'avenir des inutiles bavardages. Les vieilles hiérarchies sociales ne leur en imposeront plus beaucoup.

Les habitudes communes et la solidarité devant le danger ont donc- établi une égalité et une fraternité que jamais la guillotine, les codes et les utopies socialistes n'avaient pu créer dans les âmes.

Ce ne sont pas seulement les différences sociales qui auront été effacées. Aux lueurs sinistres de la guerre ont disparu toutes les haines héréditaires qui divisaient si profondément les partis en France depuis plus d'un siècle. Socialistes, syndicalistes, monarchistes, catholiques, libres penseurs, pacifistes, antimilitaristes, etc., ont senti de quel faible poids pesaient les théories devant les réalités.

Les dissensions renaîtront peut-être quand les horreurs de la lutte seront oubliées, mais elles auront certainement beaucoup perdu de leur force. Les anciennes conceptions qui nous ont valu tant de révolutions et nous menaçaient de tant d'autres, survivront comme opinions, mais ne constitueront plus des dogmes défendus avec la furieuse intolérance des croyants*

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§ 3. — Mentalité future des anciens combattants.

L'identité du but poursuivi durant des années, la même existence soumise à la même discipline auront donné aux combattants certains caractères communs dont quelques-uns subsisteront sans doute après la paix. Ils n'apprécieront plus les choses de la même façon qu'avant la guerre et leur regard mental sera changé.

Ils ne seront peut-être pas toujours d'un maniement facile, écrit M. Maurice Donnay. Supporteront-ils, ces poilus, d'être commandés par des gens qui ne se seront pas battus ? En tout cas, ils voudront être bien commandés. Là encore il faudra que la bourgeoisie soit à la hauteur. Et si elle demande à ces hommes, qui auront défendu ses propriétés et ses biens, de la sobriété, du travail et des vertus, il faudra qu'elle donne l'exemple. En revanche, ces anciens soldats qui auront appris à juger les hommes, camarades et chefs, sauront faire le départ entre les flagorneurs du peuple et ses véritables amis. Espérons qu'ils se défieront des socialistes ploutocrates ; mais ils sauront reconnaître ceux qui vont vers le peuple pour lui apporter l'instruction sans billevesées et le bien-être sans utopie.

Je ne sais pas s'ils reviendront au socialisme, mais je doute fort qu'ils reviennent aux"socialistes dont les doctrines pacifistes et révolutionnaires contribuèrent tant à désagréger nos moyens de défense nationale.

Actuellement, les hommes du front ne sont pas tendres daos leurs propos à l'égard des dangereux parleurs qui n'avaient rien fait, rien prévu pour nous préparer à la guerre.

Beaucoup de combattants ont pris en horreur ces gouvernements faibles et éphémères, à la merci de majorités de hasard, et dont les chefs ne songeaient qu'à satisfaire les exigences de petits comités électoraux.

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La fraternité d'armes des anciens soldats ne s*étendra pas, naturellement, à la population civile et, pendant une génération au moins, le «-poilu » se considérera comme un peu distinct du reste des citoyens. Il est donc bien improbable qu'on le voie accorder ses suffrages aux hommes politiques actuels, sauf au tout petit nombre de ceux qui n'ayant pas voulu se retrancher derrière leur qualité de parlementaires, sont partis au front.

Obtenir que l'ancien combattant ne se place pas trop au-dessus de la loi pourra être parfois difficile. C'est une démocratie assez nouvelle que nous verrons naître.

Les socialistes qui, sûrement, une fois la paix signée, tenteront de regagner leur prestige en exagérant encore les promesses et les surenchères, auront donc peu de chances d'être écoutés de leur ancienne clientèle, éclairée par les leçons de la guerre.

11 ne faut pas oublier, cependant, que si, sous la poussée socialiste, les combattants de la grande guerre voulaient faire des révolutions, ils le pourraient sans difficultés puisqu'on n'aurait pas d'armée à leur opposer. Ce serait alors une ère de pronunciamientos sans fin et un avenir comparable à celui du Mexique ou des petites républiques hispano-américaines. Un tel danger est improbable, mais sa possibilité ne doit pas être ignorée.

§ 4. — Mentalité de la bourgeoisie et de la jennesie

actuelle.

Après la guerre se formeront, sans doute, dans le sein de l'ancienne bourgeoisie, deux classes bien

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