LA PERSISTANCE DES ILLUSIONS ALLEMANBUS
livre, se sont donc peu modifiées. On ne croit plus à l'histoire vraiment trop absurde, et démentie d'ailleurs parles autorités allemandes locales elles-mêmes, d'une guerre déclarée à la France parce que cette dernière avait fait bombarder Nuremberg au moyen d'avions, mais l'idée d'un conflit provoqué par l'Angleterre est restée générale. Cette conviction se trouve assez bien exprimée par l'extrait suivant du journal Deutsche Tagesztg, 20-6-1916.
C'est l'Angleterre qui a poussé les peuples européens les uns contre les autres afin de les anéantir les uns par les autres et d3 pêcher en eau trouble. C'est l'Angleterre qui, depuis dix ans, répète sans se lasser : « Germania delenda est. » C'est l'Angleterre qui inventa contre nous la poHlJquc d'encerclement et qui entraîna l'Italie à la félonie. C'est l'Angleterre qui nous ferma la mer du Nord et essaya de nous interdire toute issue vers rOrient. C'est l'Angleterre qui entama avec nous des pourparlers concernant les colonies belges et portugaises, pour nous compromettre aux yeux des Portugais et des Belges. C'est elle qui, par ses conventions militaires avec la Belgique, a violé la neutralité de ce pays. C'est l'Angleterre qui a lancé contre nous la légende des « atrocités allemandes ». L'Angleterre est l'ennemie héréditaire de l'Europe. C'est l'Angleterre qui a déchaîné la guerre mondiale.
§ 2. — Nouvelles explications allemandes sur les causes
de la guerre.
Les rares Allemands que n'aveuglait pas entièrement la haine et qui se sont résignés à lire les documents diplomatiques, y ont vu les efforts désespérés faits par l'Angleterre pour éviter une guerre dont elle ne voulait à aucun prix. ^
Le pacifisme plutôt exagéré de la France à cette époque ne pouvait laisser non plus aucun doute. Quant à la Russie, les événements ont surabondamment prouvé qu'elle était militairement
150 PREMièRES CONSÉQUENCES DE LA GUERRB
trop mal préparée pour vouloir songer à la lutte.
De telles évidences montraient que les Alliés ne souhaitaient nullement la guerre et n'avaient aucun intérêt à la déclarer. Certains Allemands éclairés avouent aujourd'hui que l'Allemagne en eut l'initiative, mais uniquement, prétendent-ils, pour prévenir une future attaque des Alliés.
Cette opinion, répandue seulement parmi les classes éclairées, a été très bien exposée par le pasteur Bolliger dans un mémoire écrit en réponse à une demande de ses collègues français. En voici quelques passages d'après le journal allemand, la Gazette des Ardennes, du 28-1-16. Le fait seul que la censure n'a pas supprimé cet article permet d'en déduire qu'il représente assez bien l'opinion des gouvernants.
Après avoir longuement insisté sur les prétendues intrigues du ministre Delcassé « qui travaillait, dit-il, à encercler l'Allemagne » essayait de détacher l'Italie de la Triple Alliance, négociait à Saint-Pétersbourg, intriguait à Constantinople et s'arrangeait pour que l'Allemagne étant isolée, l'Angleterre, appuyée par la France, pût tenter de l'écraser, l'auteur écrit :
Certainement la France et la Russie ne voulaient pas la guerre le lei" août 1914, mais elles travaillaient de toute leur âme à la rendre inévitable. Preuves : la Triple Entente et tout ce qui a rapport avec elle. Mais il va de soi qu'elles voulaient la guerre au moment choisi par elles, peut-être en 1916 ou 1917, après avoir complètement achevé leurs armements. Et elles furent très irritées du fait que l'adversaire ne leur laissât pas le choix du moment. Tout ceci est clair et simple comme l'alphabet.
L'auteur reconnaît que l'empereur d'Allemagne pouvait éviter la guerre en engageant l'empereur