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LA PERSISTANCE DES ILLUSIONS ALLEMANDES

d'Autriche à se montrer un peu conciliant pour la Serbie et il ajoute :

Pourquoi ce moyen simple et infaillible ne fut-il pas employé? D'après mon opinion, on ne l'a pas fait parce que le gouvernement allemand, d'accord avec le gouvernement autrichien, voulait la guerre. En arriverai-je donc à formuler un arrêt de condamnatioji à l'adresse du gouvernement allemand? Pas le moins du monde. Il devait vouloir la guerre. Ne pas la vouloir eût été un crime. La grande guerre contre les trois puissances était inévitable. Depuis longtemps, on pouvait la prévoir. Dans cet état de choses, la prudence exigeait de choisir l'heure favorable et de ne point en abandonner le choix à des adversaires trop puissants. Le calcur pour l'Allemagne était extraordinairement simple : l'heure présente nous est plus favorable pour une guerre, terrible mais tout à fait inévitable, qu'elle le sera l'année prochaine ou l'année d'ensuite. Dans deux ans, la Russie aura presque achevé la construction de ses voies stratégiques et aura considérablement amélioré ses armements. La France aura sous les armes ses soldats bien exercés, dans leur troisième année de service. Un souverain très âgé, qui tient ensemble les peuples de l'Autriche, toujours à la veille de se séparer, aura peut-être, dans deux ans, fermé les yeux et le seul allié sur lequel on puisse vraiment compter sera plus faible qu'aujourd'hui. Nous avons une bonne récolte et notre préparation financière est également bonne. Donc cette entreprise hasardeuse et terrible est à présent un devoir. Le cours des événements avait amené une occasion très importante de déchaîner la catastrophe. Je parle du meurtre de l'héritier du trône autrichien.

L'Allemagne assuma courageusement la responsabilité de déclarer la guerre. D'après la forme, c'était une guerre offensive; d'après les faits, une guerre défensive. Car dans ce cas, l'offensive était la meilleure défensive. C'était une guerre en vue de la défensive; en effet, celui qui veut vaincre un adversaire puissant doit prévenir son coup, au moment où il^s'y attend le moins, Tout cela est dans l'ordre, conforme aux règles de la sagesse et de la morale, L'Allemagne a agi comme elle devait agir pour se sauver elle-même, dans la situation politique créée en grande partie par la France.

En adoptant les principes et les raisonnements de M. Bolliger, qui correspondent bien à ceux de ses compatriotes, on serait toujours en droit d'attaquer

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un peuple simplement parce qu'on suspecterait ses intentions.

L'auteur oublie d'ailleurs dans son argumentation que depuis de nombreuses années, journalistes, protesseurs, écrivains ne cessaient de pousser à la guerre.

Ces polémiques, aussi bien que tous les faits observés depuis le début des hostilités, prouvent combien la mentalité germanique est distincte de celle des autres peuples. Les mots célèbres : « nécessité n'a pas de loi », « un traité n'est qu'un chiffon de papier », des actes comme la destruction de Louvain, le bombardement de la cathédrale de Reims, les massacres de femmes et d'enfants, l'exécution de miss Cawell, etc., prouvent que les Allemands ne sentent pas comme les autres nations.

Un peuple étant incapable de changer l'agrégat de sentiments constituant son caractère, nous ne pouvons pas supposer que les Allemands se transformeront. Il faut donc les accepter tels qu'ils sont, mais tâcher, en vue de notre future attitude à leur égard, de les bien connaître.

Le conflit européen aura montré une fois de plus à quel point les institutions, la religion, l'éducation sont impuissantes à modifier les sentiments héréditaires.

Toutes les classes de l'Allemagne ont manifesté les mêmes sentiments pendant la guerre et ce sont justement les professeurs d'universités et les membres du clergé qui se révélèrent les plus durs, les plus féroces et les plus incompréhensifs dans leurs écrits. La guerre aura ôté bien des illusions sur l'action civilisatrice des religions et de l'éducalion.

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