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CHAPITRE IV LES BALKANIQUES ET LA QUESTION D'ORIENT

§ 1. — La msntalité des peuples balkaniques.

Certains peuples évoluent si lentement qu'ils semblent fixés et leur marche arrêtée. La civilisation glisse sur eux sans les changer. Tels, par exemple, les Chinois et les Balkaniques.

Ils n'évoluent pas parce que leurs caractères héréditaires sont stabilisés et dominés par certains sentiments, comme les croyances religieuses ou les haines de races, peu susceptibles de changements.

J'ai montré ailleurs le rôle des antagonismes de races au cours de la guerre actuelle, notamment chez les Balkaniques. On a vu que ces pays étaient composés de races que la religion, la langue, les aspirations, les haines surtout séparent profondément. En Transylvanie, vivent des Roumains, des Hongrois, des Tchèques, des Allemands, etc. En Bukovine, des Ruthènes, des Russes, des Polonais, des Roumains, etc. En Grèce, un conglomérat de toutes les races déversées sur elle depuis l'antiquité. En Bulgarie des mélanges analogues.

Ces divers peuples n'ont de commun que leurs inimitiés séculaires. Dès qu'une main de fer ne

les contient plus, ils se massacrent sans pitié.

Grâce à cette main de fer et à l'emploi alterné du bâton et du pal, les Turcs avaient maintenu en paix tous les petits États balkaniques pendant plusieurs siècles. Mais sitôt qu'une alliance momentanée leur eût permis de se soustraire à la domination musulmane, ils se précipitèrent les uns sur les autres, le lendemain même de leur victoire. Les Serbes réunis aux Grecs battirent les Bulgares, mais ces derniers prirent plus tard leur revanche en détruisant la Serbie. La haine des Turcs chez ces peuples était assez vive, mais celle qu'ils nourrissent les uns pour les autres étant plus vive encore^, ils n'ont pas hésité à s'allier avec leur ennemi héréditaire.

Tous ces petits États ont toujours cherché à s'agrandir en pillant et massacrant leurs voisins. La Bulgarie convoite la Macédoine et une partie de la Serbie. La Serbie voulait s'annexer une portion de la Bulgarie et la Bosnie entière. La Roumanie aspire à posséder la Transylvanie et la Bessarabie. La Grèce rêve la domination de toute la Macédoine, des îles de l'Asie Mineure, de l'Albanie, etc. Il semble bien difficile d'établir la paix entre tous ces peuples.

La guerre actuelle, dont les dissensions balkaniques furent une des causes lointaines, a rompu les équi-

1. Ces incorrigibles populations n'ont jamais pu arriver à vivre sans se massacrer réciproquement avec toutes sortes de raffinements de cruauté. Lorsque ie visitai jadis l'antique cité de Mostar, plusieurs indigènes m'expliquèrent les inconvénients que présentait une promenade dans la belle campagne qui entoure celle cité. Lorsqu'un groupe de musulmans rencontrait un chrétien isolé ce dernier était immédiatement saisi, écorché vif et sa peau soigneusement bourrée de paille pendue à un arDre. Inversement, quand un groupe de chrétiens rencontrait un musulman, ce dernier éitit ficelé entre deux planches et scié méthodiquement «n tranches parallèles.

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