‹ Premières consequences de la guerreChapitre 60 sur 100 · LES BALKANIQUES ET LA QUESTION DECRIENT · texte numérisé non relu

LES BALKANIQUES ET LA QUESTION DECRIENT

libres qui avaient fini par se former en Orient. Avant qu'il s'en établisse de nouveaux, l'Europe devra subir bien des bouleversements. Plus d'un diplomate regrette qu'on ne puisse laisser ces populations ingouvernables se massacrer réciproquement, puisque depuis les temps les plus reculés, même avant la domination turque, elles n'eurent jamais d'autre idéal et que toutes leurs ébauches de civilisation n'ont servi qu'à leur faciliter les moyens de s'entre-tuer. Étant donné le caractère des Balkaniques, l'asservissement turc était peut-être le régime politique le mieux adapté à leur mentalité. Mais puisqu'il ne peut évidemment être rétabli, on doit se borner à souhaiter qu'un de ces peuples acquière assez de puissance pour imposer sa tyrannie à tous les États de la Péninsule.

§ 2. — La question d'Orient.

L'éternelle question d'Orient, cauchemar des diplomates et qui a déjà déchaîné plusieurs guerres, fut une des raisons lointaines du conflit européen, suite des deux dernières collisions balkaniques.

Le fond du problème a toujours été le désir avoué ou caché de s'emparer de Constantinople, clef de la Méditerranée et du commerce en Orient.

Pendant la conflagration actuelle, la Russie ne dissimula pas ses ambitions et, en les formulant très prématurément, elle s'aliéna tous les peuples balkaniques, dont plusieurs avaient la même convoitise» Ce fut une de ces lourdes erreurs psychologiques dont la guerre fourmille.

Les Allemands évitèrent de proclamer leurs soubaitSj mais ils les réalisèrent en occupant Constan-

tinople et s'instituant ainsi maîtres des Dardanelles. C'était un immense atout dans leur jeu et une des rares circonstances où leur diplomatie se montra supérieure.

La possession de Constantinople est devenue pour l'Allemagne l'élément principal de cette Mittel Europa dont nous avons exposé le plan dans un autre chapitre. En y établissant leur suprématie, grâce à l'aveuglement des diplomates alliés, les Allemands fermaient aux Russes les communications avec l'Europe. La Russie n'a guère, en effet, comme route maritime se reliant au reste du monde, que la mer Noire et les Dardanelles. Elle exporte trois fois plus de marchandises par cette voie que par terre. L'obstruction définitive des détroits constituerait un des plus complets désastres de son histoire.

Elle ne serait pas moins funeste pDur l'Allemagne qui cherche à établir son indépendance économique par la ligne Hambourg-Constantinople-Bagdad, seul moyen de suffire à son ravitaillement dans une future guerre et d'éviter un blocus analogue à celui dont elle a tant souffert pendant le conflit européen.

Si la possession de Constantinople par les Allemands est redoutable pour les Russes, elle serait aussi fâcheuse pour les Anglais, menacés directement en Egypte et, par conséquent, dans leur commerce avec l'Inde.

On conçoit donc que la mainmise sur Constantinople ait été pour les Allemands un des buts principaux de la guerre, et comme les Anglais et les Russes ne pourront se résigner à l'abandon de l'antique cité, on voit de quelles difficultés sera hérissé le problème

LB9 BALKANIQUES ET LA QUESTION d'ORIENT 251

de la paix et par quelles graves et durables répercussions se prolongera la guerre actuelle :

Voilà donc, écrit un journal neutre, la question bien nettement posée. Ou bien Gonstantinople sera russe, et cela signifierait riiégémonie de l'empire moscovite dans les Balkans, l'encerclement économique des empires centraux, la fin de la Turquie et une grande victoire du slavisme sur l'Europe ; ou elle sera sous le contrôle allemand, et c'est alors l'Angleterre menacée dans ses intérêts vitaux en Egypte et aux Indes et la Russie vassale de l'Allemagne, c'est-à-dire la fin de l'alliance francorusse. Il reste bien toujours la solution de Gonstantinople et les détroits neutres sous le contrôle des puissances, mais est-elle possible ?

§ 3. — La question musulmane.

Nous venons d'étudier les ambitions des divers peuples qui voudraient s'emparer de Gonstantinople, mais nous n'avons pas parlé des musulmans possesseurs actuels de la Turquie. Ils ne constituent pas cependant une quantité négligeable et leur mentalité reste un facteur important de la question d'Orient.

Les intrigues de quelques politiciens turcs ont mis, pendant la guerre, la Turquie sous la main de l'Allemagne. L'asservissement politique et économique s'affirme complet, mais la domination morale n'est même pas ébauchée.

Les Allemands le sentent bien et leur presse s'emploie à flatter servilement la vanité turque, comprenant que l'influence germanique ne pourrait s'établir chez un peuple aussi stabilisé par son hérédité qu'en évitant de heurter ses mœurs et ses coutumes religieuses.

Le monde musulman reste très cohérent, très fermé et, peut-on ajouter aussi, très ignoré. Son unité morale est complète, car elle a pour base un livre, le Coran,

qui constitue à la fois un code religieux, politique et social. Il régit les fidèles depuis dix siècles et, à Tinversé de beaucoup d'autres livres religieux, le temps n'a pas usé sa force.

Tous les pouvoirs politiques musulmans, depuis l'empire des Arabes jusqu'à celui des Turcs modernes, se sont lentement désagrégés. Mais à mesure qu'ils perdaient des territoires ils conquéraient des âmes. Dans mon ouvrage : la Civilisation des Arabes, déjà ancien et dont pourtant les traductions font toujours autorité dans le monde mahométan et servent à l'enseignement dans la grande université musulmane d'El-Azhar au Caire, j'ai montré que, partout où les musulmans passaient, ils laissaient derrière eux leur religion, leurs arts et bien souvent leur langue. Ils sont deux cent cinquante millions aujourd'hui, dont soixante-cinq millions dans l'Inde et leur nombre s'accroît sans cesse, jusqu'au fond de la Chine môme.

La simplicité de la religion musulmane et la foi de ses fidèles en font la force. Efle se borne à affirmer qu'il n'existe qu'un seul Dieu et que cette vérité a été enseignée par Mahomet.

Tous les musulmans se considèrent comme frères, parce qu'ils ont le même Dieu, la même loi, les mêmes amitiés et les mêmes haines. Le pèlerinage annuel de La Mecque réunit les croyants de tous les pays, de toutes les langues.

Si rigide que soit le droit mahométan, il évolue et c'est, pourrait-on dire européanisé. Les Ulémas, quoiqu'ils n'aiment pas « rouvrir la porte de TefTort », modifient la législation coranique sur les points néces- Baires. En Egypte, la réforme a été complète.

LBS BALKANIQUES BT LA QUESTION D*ORIENT ^53

La fusion religieuse entre les âmes réalisée par le Coran est très grande mais, dominée par des différences de races, elle ne pouvait suffire à créer une patrie. Bien que les musulmans aient conquis beaucoup de pays, ils ne réussirent jamais, sauf pendant une période assez courte, à fonder un véritable empire. Leur religion atteignit pourtant le résultat utile de rapprocher des peuples d'hérédités et de langues très diverses. Elle leur a donné un idéal commun, mais ne pouvait accomplir cette tâche impossible de fondre en un seul groupe des races différentes.

L'impuissance politique des musulmans n'a pas diminué leur puissance morale. Elle n'empêcha pas non plus leur religion de se répandre. C'est même la seule aujourd'hui chez laquelle s'observe ce phénomène d'extension. Et si nous considérons que les religions ont toujours constitué le plus important des facteurs capables d'agir sur la conduite, nous pouvons être certains que le rôle des musulmans dans rhistoire est loin d'être terminé.

§1. — Le rôle des neutres dans la guerre européenne.

Le rôle des neutres durant le grand conflit européen resta effacé. 11 aurait pu être prépondérant. Les nations non belligérantes tinrent, en effet, dans leurs mains la paix et la guerre, puisqu'elles seules possédaient les munitions, l'acier pour les Alliés, le coton pour les Allemands, nécessaires à la continuation de la lutte.

Leur influence dans les conflits de l'avenir soulève des questions importantes, que je n'examinerai pas maintenant. Du fait de la dépendance réciproque et croissante des peuples, la volonté des neutres détient peut-être le secret des futures orientations internationales.. Je réserve leur étude à l'ouvrage où je compte approfondir quelques-uns des problèmes déterminés par la lutte actuelle. Si j'effleure maintenant cette question, c'est uniquement parce que l'histoire de l'Amérique pendant la guerre mit en lumière, à propos de la difficulté de fusionner des peuples difl*érents, des principes psychologiques aux conséquences fort importantes.

Le premier résultat du conflit européen pour les neutres a été de les enrichir considérablement. En Suède, en Norvège, en Danemark, en Hollande, la guerre fit couler un large pactole. Celte fortune ne s'est pas cependant étendue aux classes populaires, très éprouvées au contraire par l'élévation du prix 'des vivres. Seuls, les industriels et les agences de transport ont réalisé d'immenses bénéfices. On peut dire que les neutres se sont enrichis de l'appauvrissement des belligérants. Ce sera peut-être la principale conséquence d'une guerre entreprise pour des buts bien différents.

L'Amérique, surtout, a trouvé dans les commandes des nations aux prises une source imprévue de prospérité. Ainsi s'expliquent ses efforts pour conserver une neutralité complète.

§ 2. — La neutralité américaine.

11 ne semble pas que dans l'avenir la neutralité des États-Unis puisse toujours durer. Les Américains en doutent eux-mêmes, puisqu'ils ont fini par voter des sommes énormes pour se constituer une armée et une flotte capables détenir tête à des agressions qu'ils sentent inévitables.

La formation de cette puissance militaire modifiera ■forcément la politique intérieure et aussi la politique extérieure de la grande république. N'ayant pu échapper au militarisme, elle en subira nécessairement les conséquences.

Ce sont ses discussions avec l'Allemagne qui firent comprendre aux États-Unis la nécessité d'être prêts à se défendre. S'ils avaient possédé une armée et un©

256 PRBMIÂBES CONSÉQUENCES DE LA GUERRB

flotte suffisantes, les notes échangées avec l'Allemagne, à propos des torpillages, auraient pesé d'un bien autre poids. La diplomatie qui ne peut s'appuyer sur la force est toujours médiocre. On le vit nettement par la^ faible influence qu'obtinrent en Allemagne, pendant les pourparlers engagés, les timides menaces du président Wilson.

Le développement du militarisme aux États-Unis engendrera bientôt le développement du panaméricanisme, car dès qu'un peuple possède une forte armée, il cherche fatalement à l'utiliser. L'absorption de l'Amérique du Sud par celle du Nord constituera probablement une des conséquences des futurs armements.

La transformation des États-Unis en puissance militaire apparaît inévitable. L'ancien président Roosevelt a écrit, dans un livre remarquable, que le triomphe des doctrines pacifistes exposerait infailliblement son pays à périr. Il y rappelle quel douloureux tribut de sang et de larmes coûtèrent à la France les doctrines pacifistes de ses dirigeants. Il montre clairement aussi^ par l'exemple de la Belgique, à quelle destinée s'expose un peuple insuffisamment armé.

Ne nous lassons pas, écrit-il, de tenir les yeux fixés sur le cas de la Belgique ! Celle-ci a fidèlement observé ses obligations internationales. Elle a rempli ses devoirs dans un esprit de loyale impartialité. Elle n'a négligé aucune occasion d'affirmer le maintien de sa neutralité et de l'imposer au respect des autres nations. La manière dont l'Allemagne s'est conduite envers elle a été une violation flagrante de la loi des nations et un crime monstrueux contre l'humanité. On chercherait vainement dans toute l'histoire un spectacle plus odieux que celui des représailles exercées par les Allemands contre la Belgique pour lui faire expier sa courageuse défense des droits nationaux et dei obligations internationales. Aucun des autres crimes accompli!

par l'Allemagne depuis le commencement de la guerre européenne n'a aussi profondément atteint et blessé notre conception de la loyauté internationale. Et aussi hien est-ce de ce premier acte d'impardonnable traîtrise que sont dérivées toutes les infamies allemandes ultérieures.

, Tout récemment encore une feuille officieuse de Berlin, là Gazette de V Allemagne du Nord, a reconnu avec une impudence effarante que l'Allemagne tirait de la Belgique absolument tout le profit qu'elle en pouvait tirer. « L'impôt que nous exigeons aujourd'hui de la Belgique représente la limite extrême de la capacité financière de ce pays, qui a eu déjà, naturellement, à nous dédommager de toutes les dépenses qu'il nous avait coûtées. »

Et c'est pour le mamtien d'une oppression aussi monstrueuse que travaillent à présent nos lâches pacifistes, en s'efforçant de rendre impossible tout envoi d'armes et de munitions destinées aux Alliés.

L'armement indispensable de l'Amérique montre, une fois de plus encore, à quel point s'enchaînent les événements. Par l'envahissement de la Belgique, le massacre de ses habitants et la destruction de ses cités, l'Allemagne espérait intimider les neutres. Elle ne réussit qu'à leur dévoiler la nécessité de se militariser en prouvant aux plus obstinés pacifistes que le droit sans force ne constitue pas une défense. Nul peuple n'était plus pacifique que la Belgique. Des traités reconnus par les grandes puissances semblaient la rendre inviolable. Elle fut cependant écrasée, mais en l'écrasant le kaiser ne se doutait pas qu'il détruisait pour longtemps la confiance de l'univers dans l'Allemagne. Il arma le monde en lui révélant le danger redoutable des doctrines pacifistes.

§ 3> — Rôle des Allemands en Amérique pendant la guerre.

Les Allemands soot aux États-Unis plus de dix millions dont les trois quarts nés sur le sol améri-

cain. Pendant la première année de la guerre, grâce à leur propagande par les journaux dont un tiers leur appartient, ils réussirent à persuader beaucoup d'Américains que la France et l'Angleterre s'étaient concertées avec la Belgique pour attaquer l'Allemagne.

Les sept' cents professeurs allemands des universités américaines participèrent activement à cette campagne. Les cinémas, les théâtres, les sermons dans les églises concoururent au même but.

Malgré cette si coûteuse propagande, son chef, l'ancien ministre Dernburg, reconnaissait à son retour d'Amérique que les Allemands n'y avaient pas gagné beaucoup d'amis.

Ayant échoué dans leurs tentatives de persuasion, ils essayèrent l'intimidation et organisèrent méthodiquement incendies, grèves et explosions d'usines. Ces procédés, dérivés de leurs erreurs psychologiques sur le rôle de la terreur, eurent pour conséquences : i° l'expulsion de plusieurs agents diplomatiques allemands; 2* une indignation générale; 3** la démonstration des dangers du germanisme; 4* une réaction nationale dont tous les effets sont loin d'être déroulés encore.

Ce fut non seulement la conduite des Germains en Amérique qui souleva contre eux l'inimitié générale, mais aussi leurs violences en Europe. Lorsque, après bien des mois, la lumière se fit sur les massacres de femmes, de vieillards et d'enfants, l'incendie de Louvain, le bombardement de la cathédrale de Reims, etc., la réprobation devint universelle. Elle s'accentua encore quand le torpillage du Lusitania atteignit directement les États-Unis en faisant périr des Amé-

rîcains. Ultra-pacifîste, le Président Wilson se borna à de timides protestations auxquelles le cabinet de Berlin répondait, avec une dédaigneuse lenteur, par des notes dilatoires. M. Wilson ne devint un peu plus énergique que sous la poussée d'indignation qui suivit les conspirations ourdies sur le sol même de l'Amérique, contre la liberté du travail et de l'industrie.

§ 4. — Les illusions américaines sur Fabsorption des Allemands par les États-Unis.

Les Américains se sont fait longtemps de grandes illusions sur leur facilité d'absorber certains éléments étrangers. Ils méconnaissaient ainsi des lois psychologiques qui ne se laissent pas transgresser.

Sans l'action des croisements répétés, l'assimilation d'un peuple par un autre n'est qu'apparente et porte seulement sur des éléments très superficiels. On ne change pas de race en changeant de milieu. Si les vivants peuvent fondre leurs langues et leurs mœurs, l'âme des morts qu'ils portent en eux reste rebelle à de semblables fusions.

La conduite des Allemands en Amérique pendant la guerre, même de ceux qui l'habitaient depuis plusieurs générations, a justifié une fois encore ce principe fondamental. J'ai rappelé plus haut comment ils s'employèrent, par tous les moyens possibles, à servir leurs compatriotes européens, ne reculant même pas devant des explosions d'usines qui entraînaient la mort de nombreux ouvriers inoffensifs.

Les Américains, persuadés que les Allemands

260 PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE LA GUERRl

vivant chez eux s'étaient américanisés furent fort surpris de leur erreur. On peut juger de cette déception par un message du Président Wilson, en décembre 1915, dont voici quelques extraits :

Si graves qu'aient été certains différends dans nos relations politiques et si graves qu'ils puissent être encore, j'ai le regret de dire que les menaces les plus graves pour notre paix et notre sécurité nationales sont parties de l'intérieur du pays même. Ce sont des citoyens des États-Unis, je rougis de l'avouer, nés à l'étranger mais largement accueillis par nos lois libérales comme libres citoyens américains, qui ont répandu le poison de l'infidélité dans les artères de notre vie nationale et se sont efforcés d'exposer au mépris l'autorité et le bon renom de notre gouvernement, de détruire nos industries, pour autant qu'ils considéraient cela comme utile à leurs buts haineux, et d'abaisser notre politique en la mettant au service d'intrigues étrangères... « L'Amérique n'a jamais été témoin de faits pareils. Elle n'a jamais pensé qu'il fût possible que des gens ayant juré fidélité à leur propre pays, des gens qui, descendant des grandes nations libérales, ont produit les meilleurs éléments de ce petit peuple héroïque, lequel, dans les grands jours du passé, a consacré toute sa vie à se libérer des liens entravant les nations plus anciennes et qui a planté ici un nouveau drapeau, que des gens d'une telle origine et aussi libres puissent adopter une attitude aussi hostile à l'égard du gouvernement et du peuple auprès desquels ils ont été les bienvenus et qui les ont nourris, et aient cherché à transformer ce fier pays en foyer des passions européennes.

Ces créatures de passion, d'infidélité et d'anarchie doivent être éloignées. Elles ont organisé des complots pour détruire la propriété; elles ont ourdi des conjurations contre la neutralité du gouvernement et ont cherché à connaître les résultats des délibérations secrètes du gouvernement afin de servir des intérêts étrangers. Contre de tels faits, on doit agir énergiquement.

Comme conclusion de ce paragraphe, je me permettrai de reproduire une page de la préface que j'écrivis récemment pour la 12^ édition de mon livre, Les lois psychologiques de VÈvolution des peuples.

Sur les antagonismes de races, le temps n'agit qu'avec une extrême lenteur. Si parfois un peuple

semble changer, des circonstances imprévues finissent par révéler que ces changements n'étaient qu'apparents et portaient uniquement sur les côtés accessoires de la personnalité. La guerre a confirmé cette loi. L'Amérique se croyait très sûre que les millions d'Allemands vivant dans son sein étaient assimilés et possédaient une âme américaine. Il n'en était rien. Dès que l'Allemagne fut menacée, l'âme germanique ancienne domina entièrement l'âme américaine apparente. Les nouveaux citoyens considérés comme assimilés n'hésitèrent pas à se dresser hostiles devant leur patrie d'adoption et à fomenter contre elle de redoutables complots. Les moins violents se bornèrenl à une furieuse campagne, au moyen de journaux et de conférences en faveur de leur véritable patrie.

C'est qu'en effet ni les changements de milieu ni les conquêtes ne suffisent à modifier l'âme d'un peuple. Sa transformation n'est possible qu'au, moyen de croisements répétés. Le sol, les institutions, la religion même ne changent pas l'âme d'une race.

Page 1