‹ Premières consequences de la guerreChapitre 64 sur 100 · LES CONCEPTIONS DU DROIT IT DE LA FORGE · texte numérisé non relu

LES CONCEPTIONS DU DROIT IT DE LA FORGE

d'une conférence donnée devant le roi de Norvège par l'explorateur Nansen :

Supposons un immense Etat nègre en possession des armements les plus modernes. Aurait-il le droit d'écraser un petit peuple européen infiniment supérieur par la culture? Non. Le nombre peut donner la puissance, mais ne crée pas le droit.

L'éminent navigateur eût certainement jugé d'après sa théorie, que les Nègres d'Abyssinie n'avaient pas le droit de faire subir de désagréables amputation^ aux Italiens capturés après la défaite d'Adoua, que les Assyriens n'avaient pas le droit d'écorcher vifs les vaincus, les Barbares le droit de saccager Rome, les Peaux-Rouges celui de scalper les crânes des blancs. Les individus qu'on allait amputer, écorcher vifs ou scalper n'auraient probablement éprouvé qu'une médiocre consolation en apprenant qu'ils avaient le droit pour eux. Il eussent assurément préféré posséder la force nécessaire pour se défendre ef* constaté que le droit sans force est en réalité ut 3 maigre chose.

Les Anciens ignoraient ces distinctions subtiles entre le droit et la force. Les Romains n'eussent guère compris qu'on leur demandât s'ils avaient le droit d'achever les blessés ou de faire dévorer vivants leurs prisonniers par les bêtes fauves dans un cirque, pour amuser les spectateui^s. Droit et pouvoir étaient, à leurs yeux, synonymes, comme ils le sont pour les Allemands modernes.

Dans la préface de son remarquable livre, la France

devant VAllemagne, M. Clemenceau a discuté, dans

les termes suivants, la valeur d'un aphorisme que

j'avais autrefois formulé, sur l'origine du droit :

Le droit a pris rang dans le cortège de dos divinités iaacces-

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sibles. Quand Gustave Le Bon a dit que le droit n'est qu'une force qui dure, il a cruellement disséqué l'un de nos derniers dieux. Sacrilège d'analyser sa divinité?... Le sang généreux d'innombrables martyrs a fait naître une moisson de droit universel extérieur aux croyances, c'est-à-dire une égalité de conceptions humanitaires dans la naturelle inégalité des individus. Ce droit de la créature à venir n'est-ce pas le Dieu de l'Evangile moderne que Gustave Le Boii ne fait que ramener à la source môme de toutes les divinités de la terre en l'identifiant avec la force permanente des choses, d'où découle toute subordination des êtres?...

Le droit est le dernier venu de ces dieux invisibles, celui dont la règle d'universelle équité ne s'arrête à aucune distinction d'idéologie dans les groupements de l'espèce humaine*.

Nous verrons bientôt que si le droit sans force constitue un vain mot, il devient quelquefois générateur de force et peut alors lui être opposé. Mais si la force sans droit a trop souvent été la loi du monde, l'histoire prouve surabondamment que le droit dénué de force ne peut ni s'imposer ni durer. Prétendre séparer le droit de la force qui le soutient c'est vouloir isoler deux éléments n'ayant de valeur qu'à la condition d'être associés.

§ 2. — Le droit social et le droit international.

Lorsqu'on parle de droit, il faut bien distinguer le droit à l'intérieur d'une société du droit à l'extérieur de cette société. Dans toutes les agglomérations humaines quelle que soit leur organisation, le droit prime la force. Dans les rapports entre sociétés différentes, c'est au contraire la force qui prime le droit.

Les causes de cette différence sont évidentes. Une société ne peut subsister, en effet, qu'avec le respect des droits établis pour la faire durer. Le droit n'y

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