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LBS CONCEPTIONS DU DROIT ET DE LA FORCE

justement parce qu'ils ne Pont pas compris, que les Germains échouèrent si complètement clans leurs colonies, après les avoir cependant inondées de sang. Les massacres et les incendies dans la faible Belgique n'eurent, on le sait, d'autre résultat que de faire surgir des millions de volontaires du sol anglais et d'ancrer au cœur du pays conquis une haine qui se perpétuera à travers les générations. De toute évidence l'humanité eût été beaucoup plus profitable que la férocité.

Les Anglais l'ont compris depuis longtemps. Sir Walter Raleigh fait justement remarquer les différences séparant les conceptions anglais.es des méthodes allemandes :

Les Allemands, écrit-il, n'ont pas encore montré de signe d'adresse dans l'art de gouverner d'autres peuples. La force est le droit, et il est très concevable qu'ils acquièrent des colonies par la violence. S'ils veulent les garder, ils auront à fermer les livres de leurs propres professeurs et à étudier l'histoire intérieure de l'Empire britannique. Le parti colonial allemand nous dévisage avec une malveillance bovine.

Dans toute la bibliothèque des théories allemandes on chercherait en vain une explication du fait que les Boers sont dans l'ensemble restés fldèles- à l'Empire britannique. Si les penseurs politiques allemands pouvaient comprendre celte situation politique, qui semble si simple à des esprits anglais, on pourrait encore ne pas désespérer d'eux. Mais ils regardent cela comme une opération de magie noire et ils refusent d'en chercher la raison. Comment sans aiguillon conduire un troupeau de bétail?

Il est certain, en effet, que le vainqueur qui ne sait pas ménager le vaincu s'expose, à moins d'extermination totale, opération difficile à pratiquer sur des millions d'hommes, à des luttes perpétuelles. Si l'Angleterre, au lieu de rendre finalement leurs libertés politiques aux Boers révoltés, s'était conduite comme les Allemands en Belgique,

elle n'aurait point eu pour alliés ses anciens adversaires.

C'est uniquement parce qu'ils avaient su respecter les droits des peuples faibles que les Anglais ont vu arriver à leur secours des contingents de toutes leurs colonies : l'Inde, le Canada et l'Australie, notamment.

On peut croire qu'instruits par l'expérience, les Allemands commencent à comprendre quels inconvénients présente leur conception du droit, puisqu'ils consacrent un grand nombre de publications à tâcher de justifier leurs procédés en Belgique, au début de la campagne. Voyant l'opinion se dresser contre eux, ils ont constaté, non sans étonnement, que des principes, illusoires au point de vue de la pure raison, pouvaient posséder une valeur pratique très grande. Dans le domaine du mystique et de l'affectif les choses irréelles deviennent facilement génératrices de phénomènes très réels. Aucune notion claire du droit n'est possible à qui néglige cette fondamentale observa 11 on.

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