IMPUISSANCB DU DROIT INTERNATIONAL
lisation consiste à mettre la force au service du droit, que le droit appuyé sur la force est redoutable et que sans elle il serait condamné à périr ». C'est justement ce que disent, sous des formes peu différentes, les Allemands. Ils proclament eux aussi que le droit ne saurait exister sans force. Toutes les conceptions mystiques du droit que Ton peut former n'altéreront jamais celle évidence.
Les juristes d'outre-Rhin n'ont pas été embarrassés pour justifier les dévastations des armées allemandes et leurs incessantes violations du droit par le gouvernement allemand. On ne citerait pas d'ailleurs, dans l'histoire, d'exemple qu'une cause, si mauvaise soit-elle, ait manqué d'avocat.
Tout en le déplorant vivement, écrit le professeur G. Diéna, nous pouvons toutefois nous expliquer que plusieurs juristes allemands, spécialement parmi ceux qui occupent des chaires universitaires, aient estimé qu'il était de leur devoir, comme s'il s'agissait d'une obligation professionnelle, de soutenir pendant la guerre actuelle les thèses les plus absurdes en déformant ou bouleversant les principes les plus sûrs et élémentaires, dans le but de préparer une justification pour les actes, absolument contraires aux règles du droit international, commis par les autorités de leur Etat ou avec la complaisante complicité d« celles-ci. On n'a pas à s'étonner si on voit recourir aux conceptions les plus paradoxales, ou faire abstraction des principes juridiques les plus solides, ceux qui ont eu l'intention de justifier des faits tels que : la violation de la neutralité de la Belgique et du Luxembourg; l'usage des gaz asphyxiants dans les rapports entre belligérants qui tous, absolument tous, ont ratifié la deuxième déclaration de La riaye de 1899 ou y ont adhéré; l'emploi de sous-marins pour couler de» navires de commerce ennemis et neutres, sans avis préalable et sans rien faire pour le sauvetage des voyageurs qui s'y trouvaient à bord, ou encoro le fait de couler, dans des conditions analogues, des navireshôpitaux, et d'autres prouesses du même genre.
Les justifications allemandes étaient bien inutiles, puisque leurs écrivains enseignent qu'il n'existe
pas de limites à l'exercice des droits du plus fort. Quant aux actes de férocité, au lieu de les nier ils pourraient se borner à répondre que chaque peuple se conduit d'après sa mentalité. Le serpent ne peut pas plus s'empêcher de sécréter son venin qu'Attila ne pouvait s'empêcher de saccager Rome.
§ 4. — Gomment l'opinion accueillit les violations du droit international.
L'opinion des neutres fui plus d'une fois sévère pendant la guerre, quand les incendies et les férocités germaniques se montrèrent excessives; mais il faut bien reconnaître, ainsi que le faisait justement remarquer l'auteur cité à l'instant, que la plupart des nonbelligérants restèrent fort indulgents pour les violations du droit qui ne les touchaient pas.
Les collectivités ne firent jamais de distinction bien nette entre le droit et la force. La conduite des neutres pendant la guerre aurait suffi à montrer aux esprits les moins clairvoyants à quel point le droit sans force était dépouillé de prestige aux yeux des foules.
Lorsque pendant la durée de la guerre les neutres eurent à rechercher où était le bon droit, la solution du problème leur fut facile. Ils trouvaient invariablement ce bon droit du côté des belligérants les plus forts. Quand il arrivait, comme en Russie, que le dieu des combats changeât plusieurs fois de camp, le bon droit suivait les mêmes oscillations.
Les États-Unis, bien que cavalièrement traités par l'Allemagne, adoptèrent une orientation semblable. Le bon droit, pour eux, encha toujours du côté