‹ Premières consequences de la guerreChapitre 78 sur 100 · LES ERREURS SUR LES PROFITS DBS GUERRES · texte numérisé non relu

LES ERREURS SUR LES PROFITS DBS GUERRES

ils eussent économisé six milliards et tous les hommes inutilement tués.

Une des grandes illusions combattues par l'auteur cité plus haut est de croire que la possession de colonies obtenue au moyen de conquêtes, puisse enrichir un pays. Vraie à l'époque de l'esclavage, cette assertion cesse de l'être aujourd'hui. Les colonies les plus importantes de l'Angleterre, le Canada, l'Inde et l'Australie, par exemple, ne lui rapportent rien directement. Elle se trouve à leur égard dans la situation d'un peuple quelconque commerçant avec ces lointaines possessions. Si l'Allemagne s^en emparait, elle ne serait pas plus capable que l'Angleterre de leur faire payer un tribut et ne gagnerait rien à cette conquête.

L'Angleterre, dont le domaine colonial est tellement important, fait la plus grande partie de son commerce extérieur avec des nations sur lesquelles elle n'a la prétention d'exercer, ni domination, ni contrainte, ni contrôle... L'Allemagne n'a jamais dépensé un centime pour conquérir l'Amérique du Sud, elle en retire cependant des profits inconnus à l'Espagne qui y a versé des flots de sang.

Certains peuples, tels que la France, essaient bien au moyen de douanes, de privilèges de pavillon, etc., de retirer quelques bénéfices de leurs colonies, mais ils n'ont jamais réussi qu'à rendre ces colonies assez misérables. L'Espagne, après avoir pressuré ses possessions d'Amérique pendant près de trois siècles, n'en est pas moins aujourd'hui le pays le plus pauvre de l'Europe.

§ 2. — Les profits des dernières guerres européenne!.

Une des dernières guerres de conquête entreprise avant le conflit européen, fut celle faite aux Turcs

par les Italiens pour s'emparer de la Tripolitaine. L'opération se montra ruineuse. Elle eut d'ailleurs plusieurs incidences qu'on peut résumer de la façon suivante : i* Envahissement de la Turquie affaiblie par les Balkaniques et diverses guerres consécutives; 2° perte de 400.000 hommes et de cinq milliards; 3" perte du prestige moral de l'Europe dont les décisions solennelles sur le maintien du statu quo de la Turquie et les conseils furent parfaitement méprisés par les belligérants; 4® augmentation énorme des armements de l'Allemagne; 5° obligation pour la France d'accroître également les siens; 6° résultat final pour les Français, qui applaudissaient aux victoires bulgares : passer un an de plus à la caserne et payer de nouveaux impôts.

Mentionnons eafin, comme dernière conséquence, la guerre européenne, puisque son véritable point de départ fut, on le sait, la rivalité de la Serbie et de l'Autriche.

Bien plus encore que le conflit italo-turc, la conflagration actuelle provoquée par l'Allemagne aura montré le peu de bénéfice des guerres pour les belligérants. Alors même que l'Allemagne aurait triomphé, quel eût été son gain? Quelques provinces mal soumises, qu'il eût fallu maintenir par un régime de fer, et la haine de la Russie, de l'Angleterre et de la France jadis ses meilleurs clientes.

Que sont ses bénéfices après deux ans de guerre? Le colonel Feyler l'a montré dans les lignes suivantes :

Après vingt mois d'efforts, quatre grandes offensives, vingtsept classes d'âge précipitées dans des hécatombes, trois millions d'hommes hier pleins de vie aujourd'hui tués ou estro-

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