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PEUPLES POURRONT-ILS ÉVITER LE MILITARISME

aux dépens de la valeur individuelle et le développement de l'individualisme, qui rend possibles tous les progrès, mais n'assure pas la puissance collective.

I 5. — Gomment les progrès de la science pourraient

espacer les guerres.

Doit-on conclure de ce qui précède que les peuples ruinés par la guerre devront cependant, sous peine d'une ruine plus complète encore, se condamner à multiplier leurs armements? Faut-il considérer de nouvelles hécatombes comme inévitables? Les casernes devront-elles continuer à se remplir aux dépens des a.teliers, les hommes à se ruiner de plus en plus en armements et transformer en canons tout ce qui pourrait èlre dépensé pour leur bien-être?

J*ai dit les raisons qui permettent d'espérer que l'interdépendance progressive des peuples et l'inutilité démontrée des guerres finiront un jour par empêcher les conflits. Mais ces espérances ne sont applicables qu'à un avenir peut-être assez lointain et nous devons nous occuper des temps prochains. Il faut donc chercher d'autres raisons plus immédiates d'espérance.

Les seuls motifs d'espoir, en dehors de ceux assez faibles énoncés au cours de ce chapitre, résident dans l'évolution industrielle de l'armement moderne que nous voyons s'effectuer sous nos yeux. Elle pourra rendre les guerres si dangereuses qu'aucun conquérant ne trouvera d'avantages à les entreprendre.

Dès à présent les munitions tendent à se substituer aux combattants et on entrevoit le moment où la machine à tuer remplacera le guerrier, comme la

houille a jadis remplacé l'esclave. Ce jour-là, aux immenses armées actuelles se substitueraient de petites équipes de spécialistes capables de manier des engins destructeurs formidables.

Supposons pour fixer les idées qu'un peuple possède vingt mille avions perfectionnés, capables de traverser sans difficulté l'Europe, ce qui d'ailleurs est presque réalisé actuellement. Il suffirait pour les manier de quelques milliers de spécialistes et non plus de millions d'hommes. Les conditions de la guerre seraient alors du même coup entièrement changées.

L'agresseur supposé saurait que, dès la déclaration des hostilités, ces vingt mille avions, et non plus quelques douzaines comme aujourd'hui, arriveraient en quelques heures au-dessus de sa capitale pour l'incendier et tuer ses habitants. Certes l'ennemi pourrait en faire autant, mais l'idée du danger de destruction immédiate dont seraient menacés les villes et les habitants rendrait une guerre d'agression si dangereuse que l'agresseur hésiterait fort à l'entreprendre.

On objectera sans doute que les avions sont peu dangereux aujourd'hui, bien que leur action sur Carlsruhe ait été assez destructive, mais les progrès réalisés en moins de deux ans permettent de pressentir le pouvoir de destruction dont ils seront susceptibles bientôt. L'hypothèse précédente n'a donc rien de chimérique.

Étant donnée la mentalité actuelle de certains peuples et surtout celle de leurs gouvernants, le seul moyen d'éviter leur agression est de les amener à considérer une guerre comme si dangereuse pour eux qu'ils n'osent l'entreprendre.

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