I A FORMATION DE PERSONNALITES NOL'VELLBS
rement modifiée pour les raisons mêmes que je mentionnais au début de ce chapitre.
La tenue de la population civile en France, pendant la guerre, fut parfailc. Klle accepta avec résignation ce lléau inéluctable, et supporta toutes les privalions sans murmurer.
Il eut été intéressant de connaître, dès les débuts (lu conflit, l'opinion desclasses populaires si durement frappées par le départ d'un grand nombre des soutiens de famille. Mais cette opinion ne se dégageait pas facilement. La guerre survint brusquement sans que la foule eût à sa disposition les stocks de formules dont elle fait habituellement usage. Faute de traduction verbale facile, sa pensée resta longtemps muette comme elle l'est habituellement devant un cataclysme inattendu.
L'n répertoire finit cependant par se former dans les journaux, mais il resta bien abstrait. Dire par I e.xemple que nous combattions au nom du droit et de la justice, constituait pour l'esprit des masses, et aussi un peu pour celui des créateurs de ces formules, quelque chose d'assez imprécis.
I.e pou[tle se montra toujours optimiste et confiant d.'ins la victoire. Progressivement il s'habitua à l'idée !: que la guerre serait longue et comprit qu'il s'agissait d'une nécessité historique inéluctable, dont la responsabilité ne pouvait incomber a»i gouvernement.
Les réflexions recueillies dans les endroits populaires frappaient souvent par leur bon sens. J'ai entendu un ouvrier socialiste ox[»liquer à ses camarades qu'il s'était trompé en supposant la guerre impossible et que c'était la faute du peuple, si nous n'étions pas prêts, puisqu'il volait pour les députés
j)ron[ieUant la réduction du budget de la guerre.
Aucune analogie entre la mentalité populaire de 1870 et celle de 1914. En 1870, il s'agissait d'armées de métier obtenues par la conscription et un peu étrangères au reste de la nation. En 1914, la nation tout entière combattait. Il n'est guère une famille, des plus riches aux plus pauvres, qui ne compte quelqu'un des si'^ns sur le champ de bataille.
En 1870 l'esprit général était aussi bien différent de celui d'aujourd'hui. Nous n'avions guère que des victoires derrière nous. Celles de la Révolution et de Napoléon P", puis, sous Napoléon III, nos succès de Sébastopol et d'Italie. Sans doute, le premier Empire s'était terminé par la défaite et l'invasion, mais tant de triomphes avaient précédé ces catastrophes qu'elles ne pouvaient engendrer aucun sentiment d'immiiiation.
En 1914, ce n'était plus la victoire, mais la défaite que nous avions derrière nous. Et une défaite qui. pendant quarante-quatre ans, avait pesé lourdement sur notre existence. Chacun sentit que nous étions en présence d'une volonté ennemie décidée à détruire la France et qu'un nouvel échec serait la fin de la patrie, l'esclavage définitif sous le pied de l'étranger. Du plus petit au plus grand, tous le comprirent •et cette claire notion créa une mentalité imprévue.
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