I.V MENTALITÉ FRANÇAISE Al'RÈS LA GUEnHK
§ '.]. — Mentalité future des anciens combattants.
L'identité <iu but jioursnivi tliirant des aimi-cs. I;i in(*'mc exislonoo soumise à la môme discifdirio luront donné aux combattants certains caractères ( nmmuns dont quelques-uns subsisteront sans doute après la paix. Ils n'apiiréciorunt plus les choses «If la môme façon qu'avant la iruerre et l(;ur reirai-d mental sera changé.
Ils ne seront peut-(^lre pas toujours d'un inanicincnt fcicilt-.
lit M. Maurice Donnny. Snpportcronl-ils, ces poilus, d'être
■ inniandés par des gens ijui ne se seront pas battus? Kn tnul
is, ils voudront être bien commandés. Là encore il faudra
jMe la bour^'onisie soit à la hauteur. Et si elle demande à ers
Imuinies, qui auront défendu ses propriétés et ses biens, de
1 sobriété, du travail et des vertus, il faudra qu'elle dimm-
•xemple. En revanche, ces anciens soldats qui auront appris
juger les hommes, camarades et chefs, sauront faire h-
■ pari entre les natîorneurs du peuple et ses véritables amis
Repérons qu'ils se dérieroul des socialistes ploulocnites; mais
iK sauront rcconnaitre ceux (|ui vont vers le peuple pour lui
apporter l'iuslruction sans billevesées et le t)ien-eirt.' sans niopic
.le ne safs pas s'ils reviendront au socialisme, mais ji* doute fort qu'ils reviennent aux socialistes dont les doctrines pacilistes et révolutionnaires coiitribuèrcnl trtntà désagréger nos moyens de ilélense nationale.
Actuellement, les hommes du front ne sont f)as tendres dans leurs propos à l't'gard des dangereux parleurs (jui n'avaient rien fait, rien prévu pour nous préparer à la guerre.
Beaucoup de conibattants ont pris en horreur ces ^nuvernenienls faibles et é|)lienières, à lu merci de majorités de hasard, et «loiit les chefs ne son-
■aient qu'à satisfaire les exigences île (lelits cornilës ' lectoraux.
La fraternité d'armes des anciens soldats ne s'étendra pas, naturellement, à la population civile et, pendant une génération au moins, le « poilu » se considérera comme un peu distinct du reste des citoyens. Il est donc bien improbable qu'on le voie accorder ses suffrages aux hommes politiques actuels, sauf au tout petit nombre de ceux qui n'ayant pas voulu se retrancher derrière leur qualité de parlementaires, sont partis au front.
Obtenir que l'ancien combattant ne se place pas trop au-dessus de la loi pourra être parfois difficile. C'est une démocratie assez nouvelle que nous verrons naître.
Les socialistes qui, sûrement, une fois la paix signée, tenteront de regagner leur prestige en exagérant encore les promesses et les surenchères, auront donc peu de chances d'être écoutés de leur ancienne clientèle, éclairée par les leçons de la guerre.
Il ne faut pas oublier, cependant, que si, sous la poussée socialiste, les combattants de la grande guerre voulaient faire des révolutions, ils le pourraient sans difficultés puisqu'on n'aurait pas d'armée à leur opposer. Ce serait alors une ère de pronunciamientos sans fin et un avenir comparable à celui du Mexique ou des petites républiques hispano-américaines. Un tel danger est improbable, mais sa possibilité ne doit pas être ignorée.
§ 4. — Mentalité de la bourgeoisie et de la jeunesse actuelle.
Après la guerre se formeront, sans doute, dans le sein de l'ancienne bourgeoisie, deux classes bien
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distinrtos : 1' celle qui, voyant ses rcvoniis rt^ilnils coiisiiliralili'tnciil, sera obligée de vivre (liiis siinpleniL'iil; 2° celle des nouveaux riches (|iii, après avoir fait forlime en servant d'iiili.'rrnédiaue.s dans les fournitures militaires, voudront jouir de l'argent gngné.
Comme sous le Directoire, ces derniers constitueront une société arlillcielle, bruyante et un peu néfaslo.
Celte division s'est déjà établie, an cours même de la guerre. Les modes exceniriques, les thés, les réceptions brillantes, les restaurants à la mode, les réunions mondaines, ont été le fait des nouveaux riches. Leurs allures de parvenus tranchaient ^ur la vie calme d'une population laborieuse et d'une bourgeoisie modeste, occupées de travail et d "œuvres de charité.
A cùlé de la bourgeoisie ancienne et des nouveaux riches, fe trouvera la jeunesse qui a quitté les bancs des universités pour la tranchée, et |)énctrera ensuite d'emblée dans la vie sociale. (Juels ^ertmt ses senliments, ses conceptions, sa conduite?
Je crois (|u'on n'en peut rien dire à l'heure actuelle, car les idées de celte génération sont en voie de formation, mais non constiUn'es encore.
Quelipies symplômcs un peu vagues, d'ailleurs, -lîmbleraient inili(juer que les prétentions de la nouvelle jiMincsse ne se montreront pas toujours motlesles.
Un député, M. J. Ilennessy, (jui, sans doute, croit représenter leurs tendances, écrivait dans un journal :
M La Jeunesse se presse aujourd'hui en criant : «< Place à nos idées », et criera demain : -> IMace aux « jeunes. «»
Je crains bien que l'auteur de ces lignes ne Jsoit victime d'une catégorie d'illusions fréquentes à toutes les époqu-es. D'idées nouvelles, la jeunesse n'en a formulé et n'en pouvait formuler aucune. Où les aurait-elle prises? Ses anciens maîtres de l'Université se sont trop lourdement trompés sur les événements actuels, pour n'avoir pas perdu toute autorité. La vanité de certaines théories, enseignées solennellement comme vérités éternelles, lui a été révélée par la leçon des réalités.
Sans doute, la mentalité des jeunes combattants s'est transformée par la guerre. Une nouvelle hiérarchie des êtres et des choses s'établit à leurs yeux. Mais, si le danger les a orientés, il ne pouvait guère les munir d'idées philosophiques pour remplacer celles dénuées maintenant de prestige.
Prendre le contrepied des idées abandonnées ou revenir aux conceptions "passées serait simplement changer d'erreurs. Les idées sont des joyaux rares, de formation difficile. Cinq ou six à peine illuminent chaque génération, et le plus souvent elles sont élaborées avec d'anciennes idées, dont l'aspect seul a changé.
Les problèmes consécutifs à la guerre seront si hérissés de difficultés, qu'on ne pourra les étudier et les solutionner rapidement. Le cri de demain ne sera pas, comme le prétend l'auteur cité plus haut : « Place aux jeunes », mais bien : « Place aux ca pables. »
Avant de nous imposer ses idées, la jeunesse actuelle devra donc commencer jiar en acquérir. Elle devra surtout apprendre (jue, dans la vie sociale, pas plus que dans la nalure, rien n'est simple ni