I.A URNT\IITÉ PHANÇAISE APRt:S LA CtCnRF
déllnilir. Les formules violeiiles, si chères aux polilicieiis, sont géiu^ralemeiil erronj'-es, el de- \ieiuient redoulabics par leurs coiisiM|ucncc8 quand on pnUend les appliquer au maniement des peuples.
l'arnii les ék^nienls nouveaux (jue devra tludicr la jeunesse actuelle et que ne lui enseignèrent ni les professeurs, ni les livres, li;jurenl les grands facteurs psycl>ologii|iH's i|ui |iri'sideiil à la conduite des hommes.
Le rolr (it's t.icit'urs i-conomiques sera toujours ronsidérahie, mais celui des facteurs psyciiolo- -iques restera prépondérant. La psychologie ne
• instruit pas les navires et les usines, mais elle «'Pieute les hommes (jui les fahriqueut. Klle est
Icvenue la seule base possible du gouvernement des jM'uples.
^T). Mentalité féminine après la guerre
Pendant la guerre, l'homme retenu sur le front a ••lé remplac»' à la ferme. dan< les chanips. au bureau, à l'usine, en un mot un [teii partout, par des lemnies. Dans tous les ordres de l'activité, elles sont
• levenues indispensables. L'ex[»érience les a montrée^ tples à des travaux dont l'homme semblait seul capable.
Les nouvelles IhiuImmis rxfrcées, l'initiative et les .iTorts d(-velojq)és réagiront nécessairement sur leur mentalité. La guerre aura plus fait pour l'indépendance des femmes que toutes les élucubralions fénniiistes pendant cinquante ans. Klle entraînera probablement une extension de leurs droits politiques etciviU,
et aussi plus d'indépendance à lYgard de l'homme.
Il est bien certain, en tout cas que, dans la vie induslrielle et sociale, elles auront pris des places qu'elles garderont. L'homme voyant ces places définitivement perdues pour lui sera obligé, et on ne saurait y trouver d'inconvénients, de ne postuler que les emplois où ses facultés et sa force sont absolument indispensables.
La femme après la guerre sera donc fort difTé-
rente de la femme avant la guerre et il deviendra bien
difficile de la maintenir en tutelle.
Une femme, écrit M. M. Donnay, qui, pendant toute la durée de la guerre, aura organisé, administré, dirigé un hôpital, une œuvre, ou une maison de commerce, une usine, qui aura fait preuve d'initiative, d'intelligence, de résistance et de force, acceptera-t-elle, après la paix, de rentrer en tutelle dans le mariage, en infériorité dans le code? Elle aura conscience de sa valeur; surtout, elle aura été son maître, elle aura été indépendante. Grave question ! Tous les grands et justes mouvements qui se sont dessinés avant la guerre s'accentueront après la victoire; le mouvement féministe est parmi ceux-là.
J'ai parlé, plus haut, de l'égalisation créée par la guerre. Lors même qu'elle s'établirait entre les hommes ou encore entre les hommes et les femmes, je crois bien qu'elle ne pourra jamais s'établir entre les femmes.
Très autoritaires, elles sont peu soucieuses d'égalité. Alors que les divergences entre les hommes résultent surtout des divers niveaux d'instruction, celles qui divisent les femmes sont fondées sur trois éléments fort différents : la beauté, l'âge et le costume. Les difi"érences de costume, notamment, constituent entre elles d'infranchissables démarcations. Un judicieux observateur, Pierre Mille, l'a bien exprimé dans les termes suivants :
LA MENTALITÉ FnANÇAISB AI'HÈS LA ClEIlllE 119
La toilt-lle instiiiic entre vous une hi<^rarchie dont len rangs •ont infiuiicliissiibli's, p.ir «les si;;nes (|ue vi>us disiingui-z fort bien. Avniicz-le: (jnelli' que soit I iniullii,'Ciice, Ki ciillmo. la distinction d'une r<-iiiine, co sera pouriitiil par sa loili-iie que vous diii ideroz ipiclle est « de votre niouile », ou i|ii".lle n'en est point. Tant (|u il en ira dis la sorti-, il exislura il.-ins les fiassi'S iiifi'riiuros de la société fi-iiiiiiine des rancunes inoxpialiies, jusleiiient parce qu'on n'y pense pas de fa(.oii fort diiïérfiito, et tjue c'est sur ces marques exlf'tieures du rang social i|ue se porte lenvie. Donnez alors à ces envieuses une bnbc d autorité : elles vous la feront sentir. Ce sera, pour elles, une consolation.
§ i). — Rôle des livres et de la presse sur la formation de la mentalité après la guerre.
J'ai déjà maniiié ailleurs la minime innuerice de la plupart des li\res sur la menlalilé d'une épuqiie. Si ces livres érnanenl de professeurs, on sait d'avance qu'ils ne font que rcp(''ler des choses cenl fois dites. S'ils proviennent d'espriis originaux, ils agissent sur une i>elile élite, puissante par rintelligence mais faible [lar l'inlliiencc. Pour que des idées originales étrangères à ren>eigncinenl classique fassent leur clieiniii, il fanl an moins une IrenUiino d'aniK'CS.
Connue moteurs très aclils de l'upinion puMiqne, on ne [teiil guère citer que les grands joiirnan.x ipiolidiens. siirtonl ceu.x, bien rares anjoiird liiii, qui n'appailii nni lit pas a des politiciens ou à des gmiipenieiils liiiMinieis, pliis désireux de llailer les giMils de la m;is<e que de les orienter. La presse est devenue, qu'elle gni liî l'opinion ou la suive, une des ri)n-e> «le l'âge muilenie. l'eiulanl la gtierrc, les Allemand^. i>ii| dép«'M.>é dans l(>s pa\s neutres de nombreux millions pour la conquérir.
Son rôle en l'ijuce n'a pas été très cITcclif, mais
non pas nul cependant. Le directeur d'un grand journal a marqué son rôle dans les termes suivants :
Il n'est pas exagéré de dire que la presse sortira, de cette guerre, renforcée et ennol)lie. En regardant en arrière, elle apercevra les dangers qu'elle a courus jadis, et comment, à certaines heures, elle a failli se déconsidérer par l'industrialisme et la violence; puis comment elle s'est ressaisie et a conquis de la moralité, de la culture, du sérieux.
La guerre de 1914 aura été pour elle l'épreuve suprême. Loin d'y avoir sombré elle a pris, en devenant l'interprète du sentiment national, des accents incomparables. Elle s'est retrempée à sa vraie source, et elle a vu de quoi elle éla^t capable quand elle défendait la cause de la Patrie.
Son rôle pendant la guerre aura été la magnifique préface de son rôle après la guerre, lorsqu'il s'agira de reconstituer le pays et de remettre la France sur la vraie ligne de son histoire.
Souhaitons que ces prédictions se réalisent, mais ne l'espérons pas trop. Avec la presse se referait l'âme d'un pays, si les journaux n'étaient pas en immense majorité dans les mains de politiciens et de financiers plus soucieux de leurs intérêts que de ceux de leur patrie.
I 7. — Formation de sentiments pouvant maintenir l'union française après la paix.
La guerre a créé entre les Français une union indissoluble. Survivra-t-elle à la guerre?
Ici des doutes peuvent naître. Un adage latin rappelle que l'évanouissement des causes entraîne celle des effets. Vraie en général, cette assertion ne l'est pas cependant toujours.
J'ai indiqué, dans les Enseignements de la Guerre, qu'en vertu de certaines lois psychologiques des états affectifs intenses effacent les états affectifs moins forts.
LA MENTALITÉ FRANÇALSE APRES LA GUBRRB 121
Des sentiments intenses seront nécessaires pour maintenir l'union des partis après la guerre. Il en est lieux — et ici l'inlluente du livre et de la presse [(ourrait se montrer précieuse — que l'on devra entretenir soi^'iieusemcnt dans les âmes. Le premier sera la conviction que les Allemands profiteraient de nos défaillances pour recommencer leur entreprise. Le second une antipathie irréductible à l'égard du peu[tle germani(iue. Ce sentiment nou^ facilitera les futures luttes sur le terrain commercial, mais en outre, par suitr de la loi psyehologi(|ue rappelée plus haut, des inimitiés profondes au dehors diminueront les animosités à l'intérieur du pays.
Comme moyen de maintenir cette antipathie chez un peuple qui a l'oubli facile, j'avais préconisé dans mon dernier livre « que toutes les atrocités constatées soient, après vérilication complète, réunies dans un livre spécial devant toujours faire partie de l'enseignement primaire ».
J'ai été heureux de voir un observateur aussi judicieux que M. Maurice Donnay arriver aux mêmes conclusions. Il les justille par les rédexon^ suivantes :
En vérité nous avons besoin d'être réveillés, et nous nous tialtiluoiis trop facilenu-nl. Déjà beaucoup de Français, par fxomple, ont oublié ces almcilés allemandes, dont on parlait mut jadis, à l'aulomne de Util! Derniéri-ment, j'ai eu l'occasion lit' remémorer, à plusieurs personnes assemblées, quelquesiines de ces atrocités classées, classiques, lili bieo, j'ai eu l'air lie les leur apprendre; elles avaient oublié; ça ne les avait paa frappées.
Happeler à des Français, cha(]ue fois que rucc&sion s ea présente, les atrocités allemandes, leur rappeler la cruauté organisée, la férocité dogmatique, c'est remplir le plus sacré
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devoir. Il faut relire sans cosse, jusqu'à les savoir p.ir coeur, les enquêtes et les rapports établis sur les foiiaits periieirés par oos ennemis.
Ce qu'il faut rappeler surtout, et je l'ai r6[)élé plusieurs fois, c'estqu'aiicniie culture n\'ITace les iiisliiicts ancestraux. Les Germains sont aiijuiirdluii ce <|ii'ils furent jadis, ce qu'ils seront toujours. Kn ne l'oubliant jamais nous pourrons nous préserver d'eux.
CIIAriTP.E VII