INVARIABILITÉ DE L'AME ALLEMANDE PENDANT LA GUERRE
j; 1 . — Pourquoi lame allemande n'a pas évolué.
I.a menlalilt' do bien des pays, France, Angleterre el Russie, notamment, s'est profondément modillf^o sous l'influence de la guerre. Les manifestations de l'àme allcmandr, étudiées dans cet ouvrage, prouvent qu'elle n'a pas sensiblement évolué encore. La croyance mystit|ut' du {)euple allemand, persuadé t|u'il a été choisi par Dieu pour dominer le monde, -i restée intacte. Ses projets de domination univer- >elle persistent. Les illusions sur les causes du conllil irardent ItMir forrc.
Pourquoi la ^'urrre, «lui a transformé l'Ame de plusieurs peuples, exerra-t-elle si peu d'action sur la uicntaiité germani(iue? On ne saurait le découvrir,
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sans rappeler quels éléments l'ont orientée depuis un demi-siccle.
§ 2. — La stabilisation ^e Tâme allemande. L'Êtatisme et le rêve d'hégémonie.
La psychologie des Allemands modernes est, en partie, une création artificielle due à la conquête, par la Prusse, des ditTérents pays de l'Allemagne. Elle remonte à la fondation du royaume prussien, et surtout à celle de l'Empire allemand.
D'une éducation civile et militaire nouvelle est sortie une mentalité spéciale, des conceptions imprévues sur le droit, le mépris des traités, la prédominance de la force, etc.
Les grands stabilisateurs de la mentalité allemande furent l'école et la caserne. Elles apparaissent comme les créatrices d'une rigoureuse discipline tendant à faire de l'être individuel un être collectif, entièrement soumis aux volontés de ses chefs.
A défaut de la discipline héréditaire formée depuis longtemps par la monarchie prussienne, l'école et la caserne eussent suffi à modeler l'âme allemande sur le type précis rêvé par ses maîtres. L'école est, en Allemagne, le vestibule de la caserne.
Les principes de son éducation se rapprochent de ceux des anciens Jésuites : détruire les germes de volontés personnelles etimposerl habitude de l'obéissance, de façon à former des rouages dociles. L'élève se trouve vite enfermé dans un réseau étroit de pensées et d'habitudes. L'emploi de ses moindres minutes est réglé. Du haut en bas de Téchelle, il représente une unité, modeste ou importante, suivant
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SOS nfililihlos, niais toujours un sim[»le rouai,'0. A fioirx' cnirt^ «l.ifis la vii^, le jeune Allemand esl classé. Pins lanl, il jii^'era de la valeur diis lioiiimes d'après liMir classement. La vie sociale lui apfiarait sous loiriie d'une liste de grades et de règlements.
Avec une menlalilé semblable l'ôtalisme, si funeste à d'aulres [leujiles, était la seule organisation [lolilii|ue pO'Silde [lour les Allemands. Grâce à lui, une poussière d'individualités riiétJiocres a [lu devenir un bloc homogène, redoutable pour la paix du monde.
Cliez les [leuples très vigoureux et où chatpie individu compte uniiiuement sur lui-même, les éléments de l'édilice social n'ont pas besoin d'être agri'gés. Chez les [»eu|)les dont la docilité est grande et rinitiative faible, la constitution étatiste rcprésenle, au contraire, un facteur de [)uissance. L'individu isolé a conscience de sa médiocrité. Devenu [)artie intégrante de 1 Klat, il s'imagine participera soti pouvoir. CirAce à l'école et à la caserne, charpie sujft allemand est tellement idcnlillé avec l'Klat <|ue le moindre garçon de laboratoire, en rinçant ses llacons, considère (|u"il travaille à la prosj)érité de l'Kmpire et partici[»e à sa grandeur.
La puissance allemande s'appuie aujourd'hui ■sur des éléments redoutables : un souverain, inaili-e absolu des volontés de son peuple, une ri''od.iiiiéhéréditaire très forte, une orgaiiisalion itidusiilclle perreciionnéc, une armée immense assez di<ripliiiée par le ru le régime delà caserne [lourne reculer devant aucun ellort. Jamais peuple dans l'hisloire, y compris les Koniains. ric réunit [)ar('illes condilions de succès.
Le ren<lemerit île la machine mililaiie <-l ^ueiale allcmauJu csl fuiniiilatile. 11 a fallu l'alliance d'une
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grande partie des pays de l'Europe pour lutter contre la germanisation du monde dont l'Allemagne les menaçait.
A l'étatisme rigide qui plia si rigoureusement les Allemands, mais les rendit si forts, s'est superposé un nouvel élément de puissance : la croyance mystique du peuple dans la mission divine de conquérir l'Europe.
Cette conception a fait, je l'ai déjà montré ailleurs, de la guerre actuelle une lutte comparable aux grandes crises religieuses de l'histoire. Ce n'est pas la première fois que l'univers se voit ravagé par des peuples s'imaginant choisis de Dieu pour régénérer les infidèles, en les pliant à leurs lois. Les Arabes au temps de Mahomet, les Turcs plus tard, obéirent aux mêmes illusions que les Allemands actuels.
Les croyances religieuses qui ont dévasté le monde furent toujours fort tenaces. La croyance mystique des Allemands dans leur misssion le s^ra plus encore parce que, contrairement à d'autres croyances, elle possède à sa base des conceptions d'origine rationnelle.
Les illusions mystiques des Allemands n 'eurent point, en etîet, comme tant d'autres religions, des hallucinés pour fondateurs, mais des historiens et des philosophes. Les plus célèbres, ceux qui exercèrent l'influence la plus effective sur les Universités allemandes, Treitscke et Lamprecht, notamment, ne cessèrent d'enseigner que le peuple germain est appelé par Dieu à régénérer le monde. Suivant Lamprecht, Guillaume II avait reçu de toute évidence la mission divine de reconstituer le Saint-Empire ger-
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maniqiie. La guerre, d'après lui, était voulue par Dieu.
Aux yeux do la plupart des écrivains allemands, les autres piMipIos n'oLil eu pour rù\e (pie de préparer la grandeur de rAllemagnc et l'accomplissenient de sa destinée providentielle. Elle ne peut la remplir, suivant eux, qu'en acquérant assez do force pour être la terreur des nations. Il faut obliger le inonde, sinon à devenir allemand, puiscju'il n'en est pas digne, au moins à subir l'hégémonie allemande. Toutes les races restant inférieures aux Germains, doivent être traitées par eux comme l'étaient jadis les nègres par les blancs.
Ces conceptions résultent directement de la formation scolaire cl militaire de la Prusse. J'ai eu l'occasion de montrer, dans mon dernier livre, que les plul()so[)hes allemands se mirent toujours au service de l'absululisme prussien. Ils devaient, naturellement, tenter de persuader à leurs compatriotes que la forme inférieure de civilisation représentée par l'étatisme est, au contraire, l'expression la plus haute de la culture, et que le peuple qui la pratique se trouve supérieur à tous les autres.
Pareilles notions, solidement ancrées dans l'esprit de cha<|ue Allemand, font comprendre pourquoi la mentalité germanique a si peu changé pendant la guerre. Quand l'àme d'un peuple est fortement stabilisée par son passé et surtout par ses croyances, les raisons les plus claires, les désastres militaires les plus ai centuéa ne la changent pas. Le temps seul et des expériences répétées peuvent agir.
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g 3. — Conséquences de l'incompatibilité entre .les conceptions allemandes et celles des autres peuples.
Le bref exposé que je viens de faire des origines de "la meritalité allemande montre que la guerre actuelle :synth(^lise une lutte d'idées et de croyances contradictoires et irréductibles. Le fait qu'elles sont incon- «ciliables prolongera la durée du conflit ou le renouvellera futalement.
Lorsque des peuples luttent pour des intérêts momentanés : conquête d'une colonie, ambitions dynastiques, etc., leurs dissentiments ne sont pas bien profonds ; les haines provisoires qui les divisent ne survivent pas à la paix.
11 en est tout autrement lorsque les nations aux prises sont séparées par des différences de mentalité et de croyances impliquant des conceptions totalement divergentes.
Les théories militaires et étatistes de l'Allemagne sont, en effets l'antithèse absolue des notions de liberté individuelle de la plupart des autres pays. 'Aux principes de liberté et de droits des citoyens, les écrivains allemands substituent l'absolutisme militaire et civil de l'Etat. Nos théories d'égalité et de liberté sont considérées par eux comme des bavardages de légistes. Ils qualifient volontiers de sociétés d'avocats les peuples qui les professent, et soutiennent que de tels peuples ne sauraient triompher d'une nation d'ingénieurs et de techniciens. Les indécisions des Alliés et des Etats-Unis, les dissertations des neutres, leur ont fait affirmer que la plupart des peufiles appartiennent au type avocat. A l'éducation latine qui ne
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formerait, suivant eux, que des rhéteurs, ils opposent loiir éduration technique, permettant de cantonner cliaque citoyen dans une cellule sociale d'où il ne doit jamais sortir.
Si les Allemands réussissaient à établir leur hégémonie sur le monde, ils lui imposeraient naturellement leur régime. Les Anglais et les Américains, qui ont réalisé tous leurs progrès par l'individualisme, préféreraient assurément la mort à un tel esclavage.
Nous verrons, dans un autre chapitre, que le grand |>roblème de l'avenir sera de savoir, non pas assurément si les Allemands «lomineront l'univers, mais dans quelles limites les peuples désireux de maintenir leur indépendance pourront se soustraire au militarisme et à rétatisni(> peut-être nécessaires comme moyen de défense.