LA PERSISTANCE DES ILLUSIONS ALLEMANDES SUR •ES ORIGINES DE LA GUERRE
§ 1. — Les idées générales en Allemagne sur les causes de la guerre.
Lorsque les psychologues voudront prouver le faible rôle de la raison dans la genèse des croyances, ils n'auront pas de meilleur exemple à citer que la persistance des illusions allemandes sur les origines de la guerre.
On aurait pu supposer que l'évidence des documents diplomatiques publiés depuis les commencements du conflit éclairerait les Germains sur ses véritables causes.
Leurs illusions sont, cependant, à cet égard demeurées intactes. L'Allemand ayant une foi absolue dans les assertions de son gouvernement ne les conteste jamais. Les affirmations officielles furent d'autant plus facilement acceptées qu'elles s'appuyaient sur des passions très fortes, la haine et l'ambition, notamment, créatrices, elles aussi, de croyances.
Les opinions courantes en Allemagne au début de la guerre, que j'ai reproduites dans mon dernier
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livro, se sont donc peu modifiées. On ne croit plus à l'histoire vraiment trop absurde, et démentie d'ailleurs par les autorités allemandes locales elles-mêmes, «l'une f^Tierre déclarée à la France parce que celte tlernière avait fait boml)arder Nuremberg au moyen
• l'avions, mais l'idée d'un conflit provoqué par l'Anirleterre est restée générale. Cette conviction se trouve assez bien exprimée par l'extrait suivant du journal Deutsclw 7'cigesztg, 20-6-1910.
C'est l'Anglelerrc qui a poussé les peuples européens Jcs uns
onlre les autres afin do les anéantir les uns par les autres et
13 pfnlier on eau trouble (l'est l'Angleterre qui, depuis dix ans,
répète sans se lasser : u Germania delenda est. » C'est l'Anude-
terre i^ui inventa contre nous la polititjuo d'encercleinenl et qui
• utraiua l'Italie à la félonie. C'est l'Angleterre qui nous lenna i nier du Nord et essaya de nous interdire toute issue vers
i Orient. C'est l'Angleterre qui entama avec nous des pourparlers concernant les colonies belges et portugaises, pour nous com- |)roinetlre aux yeux des Portugais et des lielges. C'est elle qui. I»ar ses conventions militaires avec la Belgique, a violé la neuiralité de ce pay.s. C'est l'Angleterre qui a lancé contre nous la légende des « atrocités allemandes ». L'Angleterre est l'ennemie tiérédilaire do l'Europe. C'est l'Angleterre qui a déchaîné la -uerre mondiale
Nouvelles explicationi allemaDdet sur les causes de la guerre.
Les rares Allemands que n'aveuglait pas entièrement la haine ol qui se sont résignés à lire les docuuienls tliploinali(jues, y ont vu les elTorts désespérés laits par l'Angleterre pour éviter une guerre dont •-Ile ne voulait à aucun prix.
Le pacifisme plutôt exagéré de la France à celle '•|i<ique ne pouvait laisser non plus aucun doute. Juanl à la Russie, les événementi; ont sura- .>ondaniment prouvé qu'elle était militairement
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trop mal préparée pour vouloir songer à la lutte.
De telles évidences montraient que les Alliés ne souhaitaient nullement la guerre et n'avaient aucun intérêt à la déclarer. Certains Allemands éclairés avouent aujourd'hui que l'Allemagne en eut l'initiative, mais uniquement, prétendent-ils, pour prévenir une future attaque des Alliés.
Cette opinion, répandue seulement parmi les classes éclairées, a été très bieh exposée par le pasteur Bolliger dans un mémoire écrit en réponse à une demande de ses collègues français. En voici quelques passages -d'après le journal allemand, Za Gazette des Ardennes, du 28-1-16. Le fait seul que la censure n'a pas supprimé cet article permet d'en déduire qu'il représente assez bien l'opinion des gouvernants.
Après avoir longuement insisté sur les prétendues intrigues du ministre Delcassé « qui travaillait, dit-il, à encercler l'Allemagne » essayait de détacher l'Italie de la Triple Alliance, négociait à Saint-Pétersbourg, intriguait à Constantinople et s'arrangeait pour que l'Allemagne étant isolée, l'Angleterre, appuyée par la France, pût tenter de l'écraser, l'auteur écrit :
Certainement la France et la Russie ne voulaient pas la guerre le 'l»"" août 1914, mais elles travaillaient de toute leur àme à la rendre inévitable. Preuves : la Triple Entente et tout ce qui a rapport avec elle. Mais il va de soi qu'elles voulaient la guerre au moment choisi par elles, peut-être en 1916 ou 1917, après avoir complètement aclievé leurs armements. Et elles furent très irritées du fait que l'adversaire ne leur laissât pas le choix du moment. Tout ceci est clair et simple comme l'alphabet.
L'auteur reconnaît que l'empereur d'Allemagne pouvait éviter la guerre en engageant l'empereur