CHAPITRE IV
LE GOUVERNEMENT IMPÉRIAL SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE L'ALLEMAGNE - ^ENDANT LA GUERRE
I 1. — Le gouvernement impérial
Jugées uniquement d'après les livres qui les exposent, les diverses institutions des peuples sont parlaites et d'ailleurs très voisines. C'est donc uniquement la façon dont elles se trouvent appliquées q-i'il importe de connaître.
L'Allemagne ayant un parlement, on s'imagine parlois qu'elle possède un gouvernement constitutionnel. Rien de moins exact. Le parlement est une fiction. Les députés n'y jouissent d'aucune autorité et n'exercent d'autres fonctions que voter le budget et certaines lois.
Le gouvernementu ne se considère nullement obligé de tenir compte de leur vote. Les ministres, nommés directement par l'empereur, ne sont presque jamais recrutés dans le parlement et ne peuvent être renversés par des votes dont ils se soucient très peu.
Sans doute M. de Biilow, en 1909, donna sa démission à la suite du refus d'un projet d'impôt sur les iiuccessious par le parlement, mais ce l'ut un simple
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prétexte pour juslifier un (k^parl uniquement dû à ses «Jissenliinents avec l'empereur.
En dehors do ces cas tout à fait exceptionnels, les luinislres ne se préoccupent aucunement des votes 'lu parlomcrjl et saisissent volontiers l'occasion de lui rappeler qu'ils en sont indépendants.
On le vit nettement le jour où M. de Bethmannllollwep, à l;i suite d'observations dt''[)laisanles de certains députés, n'hésita pas à déclarer à la tribune iju'il se considérait simplement comme l'exécuteur des ordres de l'empereur. Ce même chancelier n'a [>as caché depuis combien le sulTrage universel et la démocratie lui étaient antipathiques. Il a même affirmé que « la démocratisation du parlointMitarisme ;i. dans tous les pays, amené un abaissiîinenl des MKi'urs [xilitiques ».
Si pendant la guerre le [)arlement allemand a semblé jouer un rôle moins elTacé qu'auparavant, c'est uniquement parce qu'il servit de tribune au chancelier pour ses justifications et aussi à ses adversaires pour leurs attaques. Les socialistes y ont trouve é^'alenient la seule tribune d'où ils pouvaifut formuler leurs revendications.
La situation fort secondaire du parlement allemand s'explitjue très bien (juaud on se souvient (jue l'empereur est convaincu qu'il doit son troue uni(}U(.'moni a la grâce de Dieu. Comment dès lors pourrait-il admettre un [jouvoir indépendant du sien?
Il fait (loue aussi peu de cas (jue ses ministres des M>te> du parlement. Lorsque le Keichstag so déclara hostile à l'expropriation des Polonais, par une majorité de deux cent treize voix contre (jualre-viniçt-dix-seiil, l'empereur no se gêna aucunement pour iwtsser outre.
Nombreux sont les exemples du même ordre. En i913, à la suite des événements de Saverne où des officiers allemands avaient fait jeter dans une cave des habitants, parmi lesquels figurait un juge allemand, le blâme voté par la grande majorité des députés n'exerça pas la moindre influence sur la politique du chancelier. II se borna à déclarer que, dépendant de l'empereur et nullement du Reichstag, aucun vote de méfiance ne pouvait l'atteindre.
Les ministres n'étant pas recrutés au sein du parlement, un député allemand reste toujours un assez mince personnage. Ce n'est qu'en entrant dans l'administration qu'on peut espérer arriver à conquérir un portefeuille.
Simples fonctionnaires ayant parcouru tous les échelons d'une carrière, les ministres possèdent l'expérience des affaires et une compétence technique fort utile à l'État.
Bien qu'indépendant des parlements, le gouvernement prussien n'est pas cependant une monarchie tout à fait absolue. Si puissant que soit l'empereur, il doit tenir compte non seulement de l'influence des États confédérés de l'empire, mais aussi des intérêts de la caste militaire et de la noblesse agrarienne, vraies colonnes de son pouvoir. Ce sont elles surtout qui l'ont poussé à la guerre.
A l'aristocratie terrienne il faut ajouter encore l'oligarchie commerciale et industrielle qui, en raison du développement énorme de l'industrie, rêvait la conquête économique du monde.
Pour des motifs divers les castes entre lesquelles est divisée la société allemande ne cessèrent de propager les idées d'hégémonie et utilisèrent dans ce
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but les théories dos professeurs et des historiens. Quand l'immense troupeau germanique fut suffisamincnl halluciné, il incircha joyeuscmenl à la mort.
Depuis l'ouverture des lioslililt-s, la direcliori des armées api)artient ù l'Empereur. La destruction de Louvain, le bombardement de la catlu'drale de Reims, les massacres do j)opulatioiis inolTensives, lo torpillage du iMsitania, etc., résultèrent uniquement de ses ordres. Jamais un chef allemand n'aurait osé prendre l'initiative de telles mesures.
§ 2- — La direction de l'opinion pendant la guerre.
J'ai déjà rappelé que pendant la guerre, le gouvernomoiil allomand avait fait de. grandes dépenses |)Our se concilier l'opinion dans les pays étrangers, et notamment en Amérique.
En Allemagne, la tâche était facile, la presse ne pouvant dire que ce qu'on lui pernieltait de dire. Kilo a gardé un complet silence sur la bataille de la Marne et vingt fois annoncé la fin prochaine des hostilités. Les lUisses étaient délinilivcment repoussés. L'Angleterre, paralysée par la révolte de l'Irlande, ne pouvait plus participer à la guerre, etc. Ce n'est que sur les (jneslions à l'égard desquelles le gouvernemont hésitait et voulait tàlor l'opinion, la guerre sous-marine, par exeni{ile, qu'il laissa quelque liberté kux journaux '.
1. A Oxrrplion lie deux ou iiOiS feuilles ^oci■li»tr». tous les jourmui tll« inanJ» sont dans les uiains du (iotiv*mem>-nt. Les plus im|iorlani.<t : lierhner Tageblnll, Lokal Anzfiyer, Tay VotMtârhr Zrilung. Frankfurter /fiiung <'i-« drmltr le plus r«f>andu de lous), a (kirticnnent É des juifs. roi*<'<lini |ps io miai, les Ih^âires et les plus itn|«ntnt.-) btoques. Us eiarctai uiia iaUu*u«« direct* ou occulta coosideraÙt eu Alleniayn*.
Le gouvernement essaya d'agir, par ses publications et ses agents, non seulement sur les neutres, mais encore sur les Alliés. En Russie, il accumula des efforts considérables pour obtenir une paix séparée. Dans l'espoir d'affaiblir le moral des soldats, il faisait jeter sur les tranchées, par des avions, en mars 1916, des proclamations écrites en russe, et qui indiquent quelques progrès de la part des Allemands dans la connaissance, si rare chez eux, de la psychologie des peuples. En voici quelques extraits :
De nouveau une malheureuse guerre, de nouveau, contrairement à la loi et à la parole divines, le frère lue le frère, des gens qui ont reçu le baptême se frappent à mort. Combien cela est triste, combien cela est affreux et terrible !
Le Sauveur pleure !
Russes et Allemands vivions tranquillement ensemble. Nous nous respections, nous nous aidions. Souvenez-vous, frères, de la campagne du Japon ! Qui vous est venu en aide, sauf les Allemands? Vos alliés, les Français, n'ont pas bougé le petit doigt pour vous aider 1
L'Angleterre a aidé les Japonais, des gens qui n'ont pas reçu le baptême, qui vous ont volé Port-Arthur, qui vous ont dépouillé en Extrême-Orient, qui ont tué et massacré des milliers de milliers de Russes !
Et c'est d'accord avec ces mécréants que la Russie a entrepris la guerre contre les Allemands baptisés! Comme c'est affreux! comm.e c'est triste!...
L'Anglais fut toujours l'ennemi de la Russie, c'est lui qui a envoyé les Japonais contre vous. 11 vous a toujours délestés. Et c'est lui qui, en commerçant rusé, a préparé celle guerre seulement pour son avantage particulier ! Croyez-nous : sans cesse il s'est servi des autres les faisant se battre pour lui.
L'armée allemande est partout victorieuse! La Belgique, alliée de l'Angleterre, est occupée par nous.
Les Français reculent, ils sont vaincus! Notre armée est déjà près de Paris. L'armée anglaise est en retraite, elle est vaincue!
Mais, nous ne voulons pas verser votre sang!
Cessez la lutte ! rendez-vous et passez de notre côté. Chez nous on nourrit bien les prisonniers, on a pitié des malheureux ! ou bien rentrez chez vous ! Ce n'est pas la peine que ni vous ni nous fassions la guerre !
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Uuoiijue t'orlcineut muselée par la censure, la presse
alleiiiaiide put parfois, surtout dans les royaumes
confédérés, faire entendre ses plaintes. En voici quel-
([ues-uncs, extraites de divers journaux allemands :
La ceosuro employée sans modération a fait renaître tous le» maux de l'absolulismc : les comniérages, les allusions obs cui'es ou in(juiélanlcs, les manœuvres sournoises et perOdes, les exagérations, l'empoisonnenitMit de l'esprit public. (Munchener Seuesle Nachrichten, 19-3-10.)
Un peuple intelligent et discipliné, écrit M. Bernliard, a le droit de savoir d'après quels points de vue il est gouverné et vers i|uels bnls il marche. C>r, d'un coté on n'apprend rien et de l'autre on ne peut même pas poser des questions... (Vosaùchr Zeituwj, i;{-3-lG.)
Les membres du Reichslag, au moment de se réunir, sentent peser comme un cauchemar sur leur esprit. (KOluische Volksztg, Ij-3-16.)
Le gouvernement a pris l'habiludo commode d'enlever le droit de parler à tous ceux qui le gênent; il n'y a j>lus de liberté d'opinion. Le mensonge empoisonne la vie politique de la nation, (kreuzztg, 17-3-16.)
Pendant les premiers temps de la guerre, les journaux allemands Iriomplièrent bruyamment des succès germaniques, sans jamais parler de leurs revers. Les plans de l'état-major étaient infaillibles et l'Allemagne marchait vers une paix rapide.
Mai.s, de même que les diplomates allemand* n'avaient pas prévu l'intervention de l'Angleterre et la défense de la Belgique, l'état-niajor n avait pas supjiosé que les Alliés pourraient arriver, eu créant des armées et des munitions, à se défendre d'abord, puis à attaquer.
Ce fut pour lui une surprise, partagée par beaucoup de journaux neutres qu'inlluençaient les publications allemandes. Voici comment s'ex|irinKiil l'un d'eux :
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Qui aurait dit, il y a deux ans, qu'en outre des armées connues, estimi^es à leur valeur potentielle par les stratèges des empires centraux, il en surgirait une autre complètomenl nouvelle, capable d'altérer tout jugement sur les facteurs militaires prévus? La présente guerre est une guerre de surprises et de miracles. La France se sauva à la Marne alors que personne ne pouvait l'espérer. La Russie se sauva sur la Dvina, (piand on croyait unanimement qu'elle allait succomber. La Seihif^ s'est sauvée à Corfou, qiand les plus optimistes cu'f-memcs n'i'spépéraient pas que ses divisions dispersées pussent éi-happer à lu misère et à l'ennemi. {Correspond, de Espana, 23 juin 1916.)
Ce que le journaliste qualifie de miracle est le résultat de la ténacité des Alliés, et au?si du défaut de sens politique que le prince de Biilow repro( hait justement à §es compatriotes, en rapftelanl le mot de Ooêthe : « Capable dans le détail, l'Allemand est piteux dans l'ensemble. »
Raillant un peu l'enseignement des sciences politiques en Allemagne, Tancien chancelier ajoutait :
H faudra longtemps avant que nous sentions les effets de cette érudition sur la pratique politique : il coulera beaucoup d'eau sous nos ponts jusqu'à ce que la faiblesse cl les défauts innés de notre tempérament politique disparaissent par ce procédé.
§ 3. — Situation économique et sociale de TAllemagna pendant la guerre.
Dans le livre consacré aux Enspignemenh pxj/chologiques de la guerre, j'ai montré la i-rospérité croissante de l'Allemagne avant le déclanchement du conflit, et précisé ses causes.
Cette prospérité était surtout matérielle. L'Allemagne couvrait le monde de ses représentants et de ses industries, mais elle ne l'envahissait [dus a\ec ses pensées. L'ère des grands philosophes, des littérateurs
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illiislrcs, dos arlistes éminents, élait close depuis la con(|iit''le prussieniu'. La <'asf»rneet l't-cole avaient rapidriiirnl nivolé les àmcs. Le joug des rôglonienls. ulile aux esprits médiocres, ne favorise pas le dévelop[>otncnl (les ftufssants cerveaux.
L'AlleniaRiie on était encore à la jthase où l'Elalisme crée la [)rospérilé d'un peuple avant d'engendror sa (ltWa<lonce. La guerre a ébranlé celle [)rospôrité pour longtenifis. Un pays industriel et exporlafonr ne perd pas impunément ses clients. Or, on t'.)l;i, les importations de l'Allemagno atteignaient environ 12 milliards cl ses exportations II millianls.
Les ressources de l'Allemagne, pendant la lutte européenne ont été constituées avec des emprunts et «les bons «lu Trésor. Grâce à ses réserves à l'étranger, elle est loin d'être entièrement ruinée. Son commerce lui permettait des |)lacemenls considérable^ rjui lui furent fort utiles.
Voici comment nn journal nenire expose cette situation :
l.e portefeuille nlieniand en valeurs américaines est esiimi- a s<'|il milliards <lo inarkH, celui en valeurs nrgonlines h qualnniillianlg. les autres titres à environ trois milliards <le marks, haiis corlaiiis milieux on recommande la crt-alion d'une r> servinationale au moyen de ces valeurs, (|ui, alors, no seraient pas vendues, mais (tantntiraient les achats et impoHatioiis alle- Miniides après la paix. 1H4 m. liions de niarivs de litres roumains. >>nt (-té alTeclés à l'achat île .Soo OOO tonnes de blé en Ruumaoie.
-Vu début de la guerre, le commerce de l'AllemaRne avec les autres pays fut gêné, mais non supprime.
Le blocus de l'Angleterre Unit cependant, par le réduire à peu do chose. D'après les derniers chilTroii publiés et (]iii, naturellement, ne sauraient être bien ^lUs. le commerce avec les Elat5-Uni(i j»'»»$t restreint
progressivement de 94 pour cent, avec l'Italie de 96 pour cent, avec le Brésil de 98 pour cent. Inutile d'ajouter qu'avec la France, l'Angleterre et le Japon, c'est-à-dire avec ses plus importants clients, le commerce de l'Allemagne est devenu nul.
Il ne faut pas oublier, pour comprendre l'importance de tels chiffres, que l'Allemagne vit surtout de ses exportations et ne saurait pour cette raison prolonger indéfiniment la lutte. On pourrait même soutenir que l'Angleterre, par la seule présence de ses cuirassés, empêchant les navires d'entrer en Allemagne ou d'en sortir, ruinerait l'Allemagne dans l'espace de quelques années sans tirer un seul coup de canon, et la forcerait à solliciter la paix.
L'obligation pour les Allemands de vivre sur leurs propres ressources eut certainement quelques avantages pour eux. Ils affirment que les milliards dépensés pour le matériel , de guerre restant en Allemagne, le blocus a constitué une économie. L'assertion est évidemment peu exacte, mais il ne semble pas exagéré de dire que la privation d'une foule de produits nécessaires stimula beaucoup les recherches des spécialistes allemands et les amena à créer des industries nouvelles. C'est ainsi, par exemple, qu'ils arrivèrent à remplacer huit cent mille tonnes d'engrais, venues autrefois d'Amérique, par des nitrates fabriqués avec l'azote de l'air.
Suivant plusieurs théoriciens allemands, un pays en guerre doit pouvoir vivre sur lui-même et l'Allemagne aurait presque réalisé cette conception. Ils font remarquer que les nations ayant vécu d'importations pendant le conflit se sont appauvries par la sortie de leur ov et parce que ces importations entraînaient une
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élévation des prix de transport résultant de l'iiisiifiisance dos navires et des dangers auxquels les exposaient les st)us-:narins.
Lindiislrie allemande, celle surtout consacrée aux fournitures mililaires, a grandement prospéré pendant la guerre. Le chancelier do I Empire allemand a pu dire à la tribune du Ileiolislag : « Sans notre industrie, nous aurions depuis longtemps perdu la iruerre ».
Assertion très juste. L'élément le plus redoutable jiour nos armées ne fut [)as le soldat, mais les [»roduits «le l'industrie allemande : obus et canons.
Ce fait dont l'exactitude devient de plus en plus ••vidoiiti' cliariue jour crée un nouvel aspect aux liatailles modernes. Les véritables adversaires sont les industriels qui. du fiuid de leurs usines, forgent inlassablement les e\pb>-<ifs cl les masses d'acier « outre lesquels les plus vaillants couraij;es restent impuissants.
Les industriels allt-mands travaillant aux fournitures <U' guerre se sont immensémcnl enrichis. L'usine Krup|) a pu prélever vingt-cin(} millions sur ses bénélices d'une année pour secours aux familles des >oldats. Ses gains en 1915 dépassèrent, d'après le \'urii'aerts, cent millions. Dans l'état actuel de la civilisation, aucune industrie n'enrichit aussi vite (jue la fabrication de machines destinées à tuer ou estropier les hommes avec célérité.
Avant la guerre l'.MIemagne (jui devenait de plus
Il plus une nation industrielle, n'avait pas cessé,
■ pendant, de rester en partie un i>ays d'agriculture
• I d'élevage. Sicile avait comme l'.Xngleterre remplacé
presque entièrement ses champs de blé par des
usines une famine complète, consécutive au blocui,, l'eût absolument empêchée de prolonger la guerre.
Grâce à son agriculture et à son élevage, l'Allemagne put continuer à vivre simplement en se rationnant un peu, beaucoup moins d'ailleurs que ne lé firent les Parisiens à la fin du siège de 1871. Les cartes d'aliments, les jours sans viande et sans beurre, etc., ont bien provoqué quelques émeutes, mais doués d'une extrême docilité les Allemands acceptèrent les privations sans beaucoup de plaintes.
11 faut remarquer aussi que malgré le blocus l'Allemagne a été un peu ravitaillée par les neutres. Dano"''^ Suédois, Roumains, etc., contribuèrent ;'i l'alimenter, malgré la surveillance de l'Angleterre. Ils le firent surtout dans les premiers temps de la guerre, mais des statistiques américaines, établies d'ailleurs dans un tout autre but, le révélèrent vite.
On sut ainsi que les exportations de l'Amérique pour le Danemark, qui en novembre 1913, étaient de 6 millions de francs s'élevèrent, en novembre 19i 4, à 65 millions. L'exportation pour la Norvège passa de 3 millions à 80 millions; pour la Suède, de 6 millions à 37 millions, pour Tltalie, de 37 millions à 85 millions. Comme la consommalion intérieure de ces divers pays n'avait pu subir de pareilles augmentations il c'ait bien certain qje les marchandises no. faisaient que les traverser pour passer ensuite on Allemagne.
Ce fut cette alimentation indirecte de l'Allemagne que l'Angleterre réussit à entraver par diverses mesures, mais sans y réussir complètement.
Le résultat final de l'intervention des neutres se traduisit, d'un côté, par la prolongation des hostilités
LE (;OUVEnNKMENT IMl'ÉIUAL !*•">
< l (le l'autre par le considérable enrichissement Hi' CCS neutres. Aucune guerre de conquête, si heureuse qu'on la suppose, \^o I<>ureiU jamais rapporté dételles richesses.
Plus l'Europe sera ruinée, plus les neutres vivront dans l'abotidance. L'expérience leur aura ainsi fait découvrir la justesse de cette proposition, encore assoz, neuve pour les peuples et leurs gouvernements, que dans l'état actuel de la civilisation, le commerce peut enrichir un peuple alors que les guerres le ruinent rapidement.