‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 43 sur 78 · E Hf:VK I>'|IKc6M0N1E AiriMWOE 18J · texte numérisé non relu

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iii.iikIs surent toujours découvrir «les théori(!s pour jiislilicr les ainhilions successives de leur pouvernement. Ulilisaiil les conceptions dr Darw'ii, un [ten dt''|)assées aujourd'hui, ils affirmèrent (jue la concurrcnee vitale ri la sélection régissant le monde animal "lomiiMMil aussi la vie des peuples. Les espèces animales qui se sont succédé à la surface du glolte ont disparu pour faire [>lace à des espèces supérieures. I.cs peu[)les eux aussi traverseraient tour à tour la

• Mir du muiidc en y apportant une acquisition nouvelle cl, leur lùlc achevé, disparaîtraient devanl um* raee supérieure.

.NaturellemenI les Allemands re|U'ésenlenl mainleuant celte race supérieure destinf'c à dominer le monde. Klanl les plus forts, ils onl seuls le droit de survivre. Les faibles doivent être asservis ou iiicantis. Aucune raison n'e.xiste de les ménaf,'er.

Hn a dit avec beaucoup de justesse (pie cette pliilo- ■pliie simplisle de l'histoire, reposant sur des prin-

pes biologiques très ébranlés aujourd'hui et appliibles seulement au monde animal, étaient « le vernis intellectuel donnt' aux ap[)étits de la race » ou du moins d'un groupe de races d'origines diverses, momentaaément unillécs par les ambitions de rem[»ire allemand.

L histoire est i-ii rc'alité beaucoup plus complexe. I Ile nous iiioiilre que depuis la chute de l'empire romain aucun peuple ne réussit à asservir df'finitivemeiil les autres. De très petites nations, la Hollande par \em[)le, surent parfaitement prospérer. La faiblesse iiulialire d'un peuple n'est [)as [lour lui une cause de mine, car il arrive toujours à se créer des alliances. I lia(]ue fois i]u'un souverain tenta d'impos r son

hégémonie, comme Louis XiV et Napoléon, il vit se dresser contre lui tous les autres.

lionipre à son profit l'équilibre des nations, ainsi que l'Allemagne le tente aujourd'hui, est un rêve mystique irréalisable, mais capable tel autrefois l'islamisme, de bouleverser le monde.

La chimère allemande est redoutable parce qu'elle ne représente pas un simple plan de gouvernement comme aurait pu en concevoir Richelieu ou Bismarck, mais l'ambition nationale de tout un peuple, appuyée sur une formidable armée et une flotte non moins formidable.

Les explications qui précèdent montrent ce qu'était l'idée d'hégémonie avant la lutte européenne. Les citations qui vont suivre expliqueront comment elle se précisa au cours du conflit et devint un dogme.

I 2. — Le rêve d'héjémome pendant la guerre.

La guerre n'a fait qu'aiîermir les espoirs de domination universelle allemande reslés un peu vagues dans les livres de ses historiens et de ses philosophes.

Ses projets d'extension se sont manifestés au début des hostilités et pendant toute leur durée.

On sait — et il ne faudra jamais l'oublier — que dès les premiers mois de la guerre, les six grandes associations industrielles de l'Allemagne présentèrent au chancelier un mémoire sur les conditions de la paix à imposer aux vaincus.

La côte française jusqu'à îa Somme devait être annexée de façon à garder pour l'Allemagne Duukerque, Calais, Boulogne, Lille, Douai, Valenciennes,

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Toul. Venlun, Helforl cl, par coiisêqiieiil, toutes nos iniues de fer et do charbon. La Russie se verrait (lépouillf^e de ses relions agricoles.

Ces coïKjuôles seraient accompagnt'-es de l'expropriation et de l'expulsion des grands propriétaires, rcniplarf^s par des sujets gerinains. Tel est le sort • lu'eùt [•n'*paré à la France une victoire allemande.

De telles ambitions, quoique assez vastes, paraissaient eepetidant insuflisantes à quelques-uns. Le naïf Kolii hacli, pangermanisie estimé, assurait <léjà en octobre 1SM4 que l'Orient, la Chine et r.Xfricjuo ilcvaient être également soumis à l'inllucnce allemande.

Voici, à ce sujet, quchpies extraits de journaux allemands choisis [)armi beaucoup d'autres :

Il faut avant tout se pri-occiiper de la poljliqijo mondiale, du celle qui, np[iii\éc sur une siipérioritf^ militaire écrasante, doit donner à l'Kmpire agrandi une situation hors de pair et assurer partout aux produits allemands des debouch/'s avanta^'eux. Voilà la vraie polilique d'avenir pour rAllemagno, la seule capable de la faire triompher dans les luttes écononnques acharnées qui auront lieu après la guerre. (TagzeUuw/, 29-5-16.)

Il faut que l'Allemagne s'assure une situation qui lui permcU« de déployer partout sa force économique. L'Allemagne de l'avenir ne tloit pas se contenter du rAli> de puissance <lircctrice sur le continent europi-i-n Klle cloit, unie à r.\utriche, devenir umpuissance mondiale (Voaaischi' ZcHunrj, 9-4-1 (».)

1. orner divise le monde en six domaines, voit l'Allemagne donnner plus ou moins ouvertement ilans quatre d'entre eux. df sorte que, seuls, l'Kmpire anglais et l'Amérique du Nonl échapperaient à son emprise. (Grcnzbolen, 24-5-16.)

Ilagcn dit (|u'il est temps cpie le peuple allemand prenne constHMice de son inconiparable valeur «-t do sa mission .sans limit.'s L'Kniente. par l'éii-ndue géographique et sa |>opiUnlion, dépassait li-llement les puissances centrales que le triomphe àc celles-ci démontre chez elles une immense supériorité morale et cultUDdIe (Dos Grotsrrr Detilchaland, 27-6-16.)

<Jiiant à la Belgiciue. les plans proposés ont varié

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entre l'annexion définitive et une sorte de protectorat. Le programme le plus général est celui que formulait îa revue Das Grossere Dentschland (3-7-16) : démembrement de la Belgique, rattachement des Flamands au germanisme avec une indépendance relative, expulsion des Wallons et colonisation allemande de leur sol. Reventlow, dans la Deutsche Tageszeilung du 28-1-16, écrit à ce sujet :

La Belgique indépendante serait un instrument entre les mains de la France et de l'Angleterre. C'est une imbécillité que de parler de « conquêtes morales » et de se figurer que l'on pourra gagner le bon vouloir des Belges. Les Wallons, tout au' moins, sont irréductibles : Un État belge serait en tout temps et sous tous les rapports un centre de haine et d'intrigue contre l'empire allemand.

L'idée d'expulser les Wallons de la Belgique a fait l'objet d'une brochure spéciale parue sous la signature du comte Ila^nsbrœck. C'est le procédé proposé également pour l'Alsace et, nous l'avons dit plus haut, pour les propriétaires du nord de la France.

Dans un ouvrage intitulé la Réorganisation de VEiirope, le D' Ariller assure que l'Allemagne doit s'emparer du nord de la France jusqu'à l'embouchure de la Somme, annexorla Belgique, la Vénétie, la Turquie d'Asie, la Perse, le Congo, etc. Prévoyant quelques difficultés pour la conquête d'aussi vastes territoires, le publiciste berlinois déclare nécessaire de continuer la guerre mondiale pendant une dizaine d'années.

Ces prétentions ne doivent pas être considérées comme des rêveries isolées d'écrivains sans autorité. L'ancien chancelier de l'Allemagne, le prince de Bulow, ayant réédité en mai 1916 un travail intitulé VAllentagne sovs Guillaume //, y ajouta une

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préface oii il rOrlainail les annexions comme con- (lilion (le paix. « Nous devons, dil-il, garder des ' irantics [)oui- notre avenir, «les sûretés réelles t (les (ItHlomniagt'tnents pour les peines et les -(luffranees que nous avons endurées. »

Les Allemands, dt^puis qu'ils parlent de paix, n'ont |ias toujours nionlri' la niétnt' franchise. Il est bon [)our les Alliés de ne pas ignorer leurs véritables intentions.

Aujourd'hui IimiIc la jeunesse des universités a pour idéal un i,Mand empire UKjndial gouverné |)ar des Allemands. Les petits peuples, Belgique, Hollande, Pologne, etc.. doivent être germanisés les premiers.

On conçoit l'antipathie que de tels projets ont inspirée en Europe. On conçoit moins l'étonnemenl .jirouvé i)ar les Allemands en la constatant. N'oici rc t)u'écrivait un de leurs journaux :

A Verdun nous lulluus non seulement contre la France, mais c intHî l'industrie, contre lu richesse et contre la liainc de lu moitié de l'univers. I'oun|uoi nous hait-on ? Parce que nous ne bomnics pus comme les autres. .Mais co que nous sommes est ■ ur nous le vrai et le juste et ce sans quoi nous ne pouvons vre. Nous luttons ici pour notre fui, pour notre <^tre intime, I '>ur notre àmo allemande. (Sorddeulsche, 1D-7-1C )

Pas de coutilialion possible évidemment.

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