LE RÊVE D'HÉGÉMONIE ALLEMANDE AVANT ET PENDANT LA GUERRE
I 1er — L0 rêye d'hégémonie avant la guerre.
On se ferait de grandes illusions sur la durée possible de la lulte avec l'Allemagne, en supposant que la paix terminera le conflit d'une façon définitive.
Vaincre l'Allemagne n'est pas détruire ses idées. Or, une paix durable ne deviendra possible, je le répète encore, que quand le rêve d'hégémonie allemande sera anéanti pour toujours.
Il suffit de lire les discussions des journaux de l'Allemagne pendant la guerre, sur ses projets d'extension en Orient et en Occident, pour être convaincu qu'une paix, si victorieuse qu'on la suppose, ne saurait détruire l'orgueilleuse chimère germanique.
Elle a revêtu la forme d'une crojvince religieuse d'anlanl [tlus forte qu'elle a pour défenseur.^ non seulement une foule aveugle, mais encore des 'économistes, des pr(>fcss(»urs, des savants, en un mol, toute l'élite intellectuelle de l'Allemagne.
Sans doute, la l'russe de jadis rêvait déjà de
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8*agnnHir et, dès 1815, elle réclamait les territoires «|ue rt^clamont ses hommes d'Etat actuels comme cou'litions de paix.
Mais, à cette époque lointaine, il s'agissait simplement d'aspirations dynasti(iues <lonl le peuple allemand se désintéressait entièrement.
L'idée d'hégémonie, contre laquelle le monde lutte aujourd'hui, a une sourCe plus moderne, hllle ne remonte môme pas à la fondation de I Empire allemand, il y a cinquante ans. Bismarck ne fut pas pangormaniste. Ses origines datent du jour où l'industrie et le commerce d'outre-Hhin prenant une extension croissante, naquit l'idée d'agrandir l'AlIcmai,'nc en fondant des colonies.
Bismarck était opposé à cette conception. Pour lui, des groupements allemands dans les pays étrangers valaient mieux que des colonies.
Ses successeurs Unirent par penser diiïéremment. l'ne vue, d'ailleurs assez inexacte, leur laissait croire que les possessions lointaines pouvaient constituer d'uliles débouchés commerciaux. J'ai montré, dans les Ensrif/neinenls psijchologiqui^s de lu fjuerre, qu'aucune colonie ne serait pour l'Allemagne un marché commercial aussi fructueux que l'étaient les grands pays européens.
Malgré l'insuccès des premières tentatives coloniales, l'idée de colonisation se répandit rapidement.
Le gouvernement l'adopta, les sociétés de propagande la répandirent et, vers 1907, c'est-à-dire précisément à l'époque où l'industrie allemande avait «Iteint un prand essor, elle était devenue (io|iiilaire.
.Mais, sur tous les chemins de la colonisation.
1S4 PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE LA CUERRi»
l'Allemagne rencontrait le même concurrent loulpuissant, l'Angleterre. C'est ainsi que naquit et se propagea l'idée de la combattre.
Convaincue de cette future nécessité, l'Allemagne accroissait rapidement son armée et sa flotte.
Se considérant comme la première des nations par son industrie et son armement, elle entrevoyait la possibilité d'imposer son hégémonie au monde. Pourquoi l'Allemagne n'obtiendrait-elle pas à son tour, comme jadis les Romains et un peu de nos jours les Anglais, la tutelle économique de l'univers? Il lui semblait surtout fort réalisable de former un vaste Empire d'Orient, comprenant les États balkaniques, la Turquie et toutes les régions qui environnent le golfe Persique.
L'Angleterre seule paraissant pouvoir s'opposer à de telles ambitions, il faudrait probablement la combattre. La lutte, pensaient les Germains, serait assez facile, car la Russie demi-barbare ne comptait pas et la France ayant perdu son ancienne influence semblait renoncer à son rang de puissance mondiale.
Si d'ailleurs cette dernière intervenait, on en profiterait pour lui enlever des colonies qu'elle ne savait 5pas exploiter et ce serait justice car, d'après les théoriciens allemands, chaque peuple ne doit avoir qu'une étendue de colonies proportionnée aux besoins économiques qu'il se suppose et à sa [)opulation.
En raison de ces principes, les petits pays : Belgique, Hollande, Portugal seraient dépouillés de leurs .colonies et mis en tutelle.
i»{ous avons déjà montré que les philosophas aile-