‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 47 sur 78 · I .'ùlatt, ii-'J-IC · texte numérisé non relu

I .'ùlatt, ii-'J-IC

Les troubles vu .\iilriclie furent augmentés par des

iiHsures d'une férocité devant laquelle l'Allemagne

«•lU'-méine «'ùt retiilé. Tels des [irocès comme celui

qui aboutit a condamner à la pendaison plusieur>

' Iiutéslcliè<)iies el notamment le L)' Kramarz, ancien

-'-président du lleiehsratli à Vienne cl fort connu 1 ir sa modération. Le but principal de ces e.\é- . niions en masse était de terroriser les populaiM'US tentées «le se soulever, les Tchèques entre

.MlhfS.

.^1 l'Auliiclie lil pn'u\e delaplu> impitoyable durcie a l'égard de m'> propres sujets, on jteut deviner de «pielle façon t'Ilc traita ses ennemis. J'en ai dt-ja rapporlt'' di' sinistres exemples dans m«)n dernict livre, d'après des témoins.

Les u»' liera II \ .>«(' montrèrent aii>.>.i leroces que le»

• dal.N. 11 fallait eviilemiiient une meulalité de bar-

bare pour oser signer la proclamation lancée par un général en chef autrichien au Monténégro oîi oii lisait :

Si le général Vechovilch et ses deux frères ne se présentent volontairement dans le délai de cinq jours auprès de l'autorité militaire impériale et royale, leur père et leur quatrième frère que nous tenons seront pendus.

Ils le furent en effet. Jusqu'à présent, de très primitifs sauvages auraient seuls eu l'idée de pendre un père, parce que Ton croit avoir à se plaindre du tils. La guerre ramène vraiment certains peuples aux plus basses régressions de l'histoire.

§ 2. — La vie en Autriche pendant la guerre.

Pendant la lutte européenne l'Autriche a, comme les autres pays, vécu d'emprunts. Les vivres y ont été rationnés ainsi qu'en Allemagne. Les billets de banque perdirent jusqu'à 40 "/o de leur valeur.

Si l'Autriche et la Hongrie ne sortent pas totalement ruinées de cette guerre, c'est qu'elles sont des pays agricoles oîi 60 "/o des habitants s'occupent aux travaux des champs. La misère y eût été, d'ailleurs, moins grande si l'Allemagne, au début des hostilités, ne s'y fût pas approvisionnée abondamment en fourrages, céréales et bestiaux. La monarchie autrichienne, qui croyait à une guerre très courte, se laissa dépouiller et ne reconnut que trop tard son erreur. Une contrebande méthodique eontinua du reste à vider les greniers de l'Autriche au profit de ceux de l'Allemagne à mesure que les Roumains les remplissaient.

l'altriche pendant la guerbf. 1! *J

L'Autriche pnV><oiit.i durant la guerre un cou Iraste frappant d-ins la mentalité dos ilivcrses couches de sa population, suivant les perturbations qu'\ produisaient les (événements. Alors que les classes iiift-rieures subissaient une compWjte ruine, les grands propriétaires, les métallurgistes, les fabricants de sucre, les banquiers, s'enrichirent immensément.

Il est difficile île prévoir les répercussions de celte

situation :

Parmi Ips :.0 millions d'habitants de l'Autriciie-Hongrie, écrit nu lorrcsponilarU de la Heine dr Paris, la moitié au moins apfn'lienl do lours vœux sa défaite, »U les quatre cinquièmes verraient le plus grave danger Pt la plus rodoutabl»3 menace dans sa vi.liiire complète, et surtout dans celle de son avide et impérieuse alliée... Il est très vraisemblable que l'Allemagne, luin de rien faire pour diminuer les embarras do son alliée. s'em|iloicra au contraire à les grandir, et (jue l'airamement ei l'épuisement financier de rAutncbe-Mongric joinnl leur rôle dans ses grandes combinaisuns. Sans argent et sans pain, comment la monarchie soutiendrait-elle la faible résistance qu'elle oppose encore à son alisorption dans la pins grande Germanie .'

> :{. Les projets de l'AlIemagDe sur 1 Autriche.

\ aiiicue par la Prusse à Sadowa, lAulriclie est progressivement devenue la vassale de l'Empire allemand. Kile fut son alliée pendant la guerre, mais une allie»» bien suballernist-e et i|ui. du conflit actuel, ne pourra. Miivaul tmite vraisemblance, retirer (]u'un assujellissement plus complet. Son seul moyen d'éviter la • Ii'sjigrégation a[très la paix sera de irraviter étroitement dans l'orbite allemand.

I/.\llemngne ne dissimule gu«re s»-.s projets de liilello à l'i'gard de lAutrii lie. Les écrivains germaniques Ic'^ ont fait connaître avec quelque cynisme.

200 PREMIÈHES CONSÉQLENCES DE LA GUERRE

<hi en peut juger j)ar les arliclcs où sont exposés les avantages que retirerait l'Aulriche en se laissant diriger, par suite des infériorités politiques et économiques qu'on lui attribue, au gré de l'Allemagne. Ne pouvant insister sur ce sujet, je me bornerai à reproduire ici un résumé, emprunté à une publication spéciale, de divers articles, ceux de Hotzsche, notamment. On essaie d'abord, niais sans s'y attarder beaucoup, de flatter l'Autriche :

Cette guerre manifeste le triomphe dans la monarchie dualiste de la force unifiante de TÉtat sur la force dissolvante des nationalités. L'État sent aujourd'hui qu'il peut compter sur ses nations, et les nations savent que l'Etat est leur abri suprême et sûr. Dans la tourmente, les individus prennent conscience de leur solidarité dans et avec l'Etat... la petite patrie, la nation leur resteront chères mais leur sont devenues étroites, la guerre leur a révélé la nécessité du rattachement à un grand corps politique... le sens politique s'éveille... le pouvoir central sort, malgré les défaillances, grandi de l'épreuve.

La situation de l'Autriche est fort difficile puisqu'elle oscillera toujours entre lu crainte d'être absorbée par l'Allemagne si elle accepte son ai. le et celle de disparaître si elle refuse son appui. <^u'elle s'appuie sur l'Allemagne ou qu'elle s'appuie sur la Hussie, l'Autriche sera toujours obligée de s'appuyer quelque part.

Mais en s'appuyant sur l'Allemagne c'est accepter les méthodes qui ont fait la force de la première et, par conséquent, se placer sous sa direction et accepter la mainmise des Allemands sur les finances, l'industrie et l'agriculture de l'Autriche qui sont dans un état peu prospère. Elle ne pourra pas faire autrement si elle veut entrer dans l'ère des grandes entreprises économistes et capitalistes.

§ 4. — L'opinion en Autriche sur la formation de l'Empire central.

Les projets d'annexion économique de l'Aulriche- Hongrie. des Etats balkaniques et de la Turquie par l'Allemagne, dont j'ai parlé plus haut, ont d'abord

i/aiiiuche pendant i,a glbhhb -01

»l(' favi)r.il)letii»;iil accueillis en Aiilrirlic, siirloul ilaiis lo monde iiidusliicl et commercial. Mais la rélloxinii ('laiil venue, les inconvt'uieiits ont apiiarn i'[ une o[»()ositit»n sérieuse linil par se former, priniipalement en Hoiiyrie.

.Sans doute les ll(»irt:rois seraient très satisfaits d'ouvrir à leurs produits agricoles les marchés de l'Alleinagne, mais la i nncurrence industrielle de cette dernii-re les inciuiète, et ils ne semblent aucunement dis{)Osés à se laisser absorher dans un bloc quelonque. .\pponyi déclarait à la Chambre qu'il fallait .illeindre dans tous les domaines ■< à l'autonomie complote de la nation hongroise ••. Le comte Tisza réclame la même autonomie.

I.o comte Arulrassy, germanophile (tourlant, affirmait que les Hongrois ne veulent pas « n'être (jue la traduction magyare d'un livre allemand; ils entendent rester une tinivre originale ». l'n grand nombre de Hongrois se montrent hostiles à l'union douanière parce que leur industrie. j)eu dt'velo[>|)ée, serait vile L'crasée sous la concurrence allemande.

Les agrariens hongrois et autrichiens veulent bien rendre leurs jtroduils, mais ils con)tiioticont à s'a[)erevoir (|ue « lAulriche n'est pour l'Allemagne qu'un ^a8te territoire colorual ».

Les intérêts des diverses parties de IKinpire, ou inènje de ses diverses couches sociales, sont il'ailleurs t«'rt dilTérenls. Les grands propriétaires magyars pru- 'liiisant du bl«> en excès veulent naturellement I «couler, alors que les paysans n'en produisent pa>. Kn Turi|uic, en Roumanie et en Bulgarie, les indusiiiids autrichiens no tiennent nullement à rencontrer i concurrence des Allemands (jue l'.Xulricbe, mali^re

son rempart douanier très élevé, supporte difficilement déjà. La suppression de ces barrières douanières serait la ruine pour l'industrie autrichienne, beaucoup moins bien outillée que l'industrie allemande. Des difficultés presque insolubles se trouveront donc hérisser la fondation du Mitlel Europa,

C'est l'Allemagne surtout, on le conçoit facilement, qui s'y intéresse. Ses associés la suivent sans enthousiasme mais par nécessité. Pour l'Allemagne seule, en effet, cette confédération serait avantageuse.

SA\Çi représenterait surtout un bloc économique destiné à soutenir les luttes futures sur le terrain industriel et commercial. On prévoit déjà que, après la guerre, les marchés d'outre-mer peuvent se fermer aux puissances centrales par une immense union protectionniste de l'Empire britannique avec ses colonies. On sait aussi que le commerce allemand sera difficile dans les pays latins, slaves' et anglosaxons.

Un accord économique entre l'Allemagne et l'Autriche semble aujourd'hui aux Allemands le seul moyen de rivaliser avec les puissances de l'Entente. Ils trouveraient en Autriche et en Orient des compensations aux marchés perdus en Europe. Sans doute l'Autriche absorbait seulement le dixième des exportations allemandes, mais en lui imposant l'organisation germanique on espère accroître sa faculté d'absorption.

Pour permettre aux industries autrichiennes et surtout hongroises de n'être pas trop écrasées par la concurrence allemande et rendre ainsi moins amère la pilule de l'hégémonie germanique, plusieurs économistes allemands ont proposé de permettre à

l'aUTRICHK fBNDANT LA UL'BRItK ^03

l'Autriche l'établissement provisoire <le barriùres douanières enlrr elle et ses alliés.

bivers congrès ont déjà été réunis pour résoudre le [troblème de la Tondalion de l'Europe centrale, mais sans [)()uvuir aboutir à aucune conclusion acrcplée par tous les futurs associés du futur grand em|iire.

Au congrès organisé à Munich, les 4 et 5 juin 1016, par les [»rinrif)ales associations économiques germanoaiistro-bongroises, où ont été étuiliées les (|n('sliuns économiques de l'après-guerre, la constitution de {'Europe centrale fut longuement disculée. Aux problèmes posés, chacun répDUtlit par des sohiliiins conformes à ses intérêts. Ur, ces intérêts étaient si visiblement contradictoires qu'aucune proposition ne [)ut èire adoptée.

A ce CDULTès furent émises, du moins, des vérités éconi)mi(jues judicieuses, telles, par excm[)le, leik formulée contre le ()rolectionnisme par Slolrer : ■■ (»etits marchés, gnins élevés, tloù faible consommalion, d'où prodiiclion coûteuse, d'où petit marché. On ne sort pas de ce cercle vicieux »>.

L'enltMile éconouiiqno du bloc Europe centrale, destiné à combattre les .\lliés après la [)ai\ sur d'autres terrains, se heurte donc chez ses partisans mêmes à la résistance d'intérêts absolument inconciliables.

Dans la phase d'évolution où le nnonde est entré anjoiinriuii, les firojcts des pen[»les et îles rois ^ont condilioiiiiés par des lois économiques supérieures à toutes leurs volontés.

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