L'illusion pacifiste
De toutes celles qui amenèrent la France au bord de l'abîme où elle faillit sombrer, la plus néfaste fut l'illusion pacifiste.
Ses progrès grandissaient chaque jour. Les socialistes qui prêchaient la lutte entre les classes prétendaient établir une paix éternelle entre les peuples.
La conflagration européenne a montré aux pacifistes les dangers de leurs erreurs, mais elle ne les a pas tous encore convertis. Un des plus émi-
LES ILl.tSIONS TACIMSTES 15
nenis, le [»rofesseiir Gh. Richet, n'hésitait pas a écrire : « Quand la victoire aura été obtenue, il fauilr.i reprendre les grandes pensées pacifiques de la France républicaine et démocratique ».
Avant la guerre, le pacifisme était surtout propa^'i' par les socialistes et des professeurs, plus familiers avec la logique livresque qu'avec les passions humaines.
Parmi les illusions pacifistes que les aveuglantes clartés de la guerre ont fait le plus vite s'évanouir, figure cette conception chère à tous les socialistes depuis Karl Marx, que ce n'est pas la patrie, mais l'identité de condition qui constitue le lien entre les hommes. Un ouvrier allemand et un ouvrier français sont des frères, alors qu'un ouvrier français se trouve, par le fait seul de sa profession, l'ennemi de son compatriote appartenant à la bourgeoisie, c'est-à-dire à une classe ditférente de la sienne.
Telle est la base de l'internationalisme ouvrier et do la lutte des classes. Les travailleurs de tous les pays doivent s'unir contre les capitalistes. La guerre entre les classes s'étant substituée à la guerre entre les peuples, l'antagonisme des nations se trouverait remplacé par l'entente universelle des prolétaires. Le concept de classes effacerait le concept de patrie.
Plus éloquente que les discours, l'expérience a [)rouvé que cette théorie était l'ondée sur une méconnaissance totale des lois de la psychologie. Avant d'appartenir à une profession, l'homme appartient d'abord à une race et la voix de cette race est autrement forte que celle des intérêts professionnels. (Ml cliango facilemoiit de profession, on ne change
16 PaKMlFîRES CONSÉQUENCES DE LA GUERRE
pas de race. C'est justement pourquoi, dès la déclaration des hostilités, les intérêts de la patrie ont primé les intérêts de classes et s'y sont immédiai'ement substitués.
L'enfantine idée de grève des travailleurs en cas de guerre s'est évanouie comme une vaine fumée. Chez aucune des nations belligérantes, on n'a vu un seul ouvrier songer aux intérêts de sa classe. Au premier appel et sans discussion, chacun s'est rangé sous la bannière de son pays, révélant ainsi la faiblesse <'e l'illusion internationaliste. La guerre a définitivement résolu en un jour des problèmes que nulle argumentation ne pouvait éclairer.
§ 3. — La lutte du pacifisme contre la notion de patrie.
D'après ses propagateurs, le pacifisme devait amener la fraternité des peuples et, comme conséquence nécessaire, la disparition de l'idée de patrie.
Cette fondamentale notion de patrie était très combattue par les socialistes auxquels se joignait une compacte cohorte d'universitaires. Il leur semblait tout à fait absurde qu'une frontière empêchât les hommes d'être des frères.
FJt ici apparaît une fois encore, le danger de vouloir juger avec la raison des forces indépendantes de son domaine. Oîi en serions-nous aujourd'hui si l'âme des foules n'avait pas vu plus juste que celle des rhéteurs?
Prétendre disséquer des concepts sociaux au nom de la logique rationnelle, sans tenir compte de leurs soutiens affectifs ou mystiques, est s'exposer à juger