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CHAPITRE V LES ÉTATS-UNIS ET LES NEUTRES

§ 1. — Le rôle des neutres dans la guerre européenne.

Le rôle des neutres durant le grand conflit européen resta effacé. Il aurait pu être prépondérant. Les nations non belligérantes tinrent, en effet, dans leurs mains la paix et la guerre, puisqu'elles seules possédaient les munitions, l'acier pour les Alliés, le coton pour les Allemands, nécessaires à la continuation de la lutte.

Leur influence dans les conflits de l'avenir soulève des questions importantes, que je n'examinerai pas maintenant. Du fait de la dépendance réciproque et croissante des peuples, la volonté des neutres détient peut-être le secret des futures orientations internationales. Je réserve leur étude à l'ouvrage où je compte approfondir quelques-uns des problèmes déterminés par la lutte actuelle. Si j'effleure maintenant cette question, c'est uniquement parce que l'histoire de l'Amérique pendant la guerre mit en lumière, à propos de la difficulté de fusionner des peuples différents, des principes psychologiques aux conséquences fort importantes.

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Le premier rosullat du conllil européen pour les neutres a été de les eurichir considérablement. En Suède, en Norvège, en Danemark, en Hollande, la

lerre fit couler un large pactole. Celte fortune ne est [las cependant étendue aux classes populaires, liés éprouvées au contraire par l'élévation du prix des vivres. Seuls, les industriels et les agences de transport ont réalisé d'immenses bénéfices. On peut •lire que les neutres se sont enrichis de l'appauvrissemeiil des belligérants. Ce sera peut-être la principale corisé(iuence d'une guerre entreprise pour des l'uts bien dilTérents.

L'Améri(jue, surtout, a trouvé dans les commandes des nations aux prises une source imprévue de pros- ,11'rité. Ainsi s'expliquent ses elTorls pour conserver une neutralité complète.

ii 2. — La neutralité américaine.

(I ne semble pas que dans l'avenir la neutralité des lUats-Unis puisse toujours durer. Les Américains

• Il doutent eux-mêmes, puisqu'ils ont fini par voter lies sommes énormes pour se constituer une armée et nue Hotte ca()ables détenir tète à des agressions qu'ils -t'iiteiit inévitables.

La formation de cette puissance militaire modifiera ireément la politicpii^ itjtérieure et aussi la politique

• xtérieurc de la grande république. N'ayant pu éehapl>er au militarisme, elle en subira nécessairement li's conséquences.

Ce sont ses discussions avec l'Allemagne qui firent comprendre aux États-Unis la nécessité d'être prêts à se (Iffendre. S'ils avaient possédé une armée et une

flotte suffisantes, les notes échangées avec l'Allemagne, à propos des torpillages, auraient pesé d'un bien autre poids. La diplomatie qui ne peut s'appuyer sur la force est toujours médiocre. On le vit nettement par la faible influence qu'obtinrent en Allemagne, pendant les pourparlers engagés, les timides menaces du président Wilson.

Le développement du militarisme aux États-Unis engendrera bientôt le développement du panaméricanisme, car dès qu'un peuple possède une forte armée, il cherche fatalement à l'utiliser. L'absorption de l'Amérique du Sud par celle du Nord constituera probablement une des conséquences des futurs armements.

La transformation des États-Unis en puissance militaire apparaît inévitable. L'ancien président Roosevelt a écrit, dans un livre remarquable, que le triomphe des doctrines pacifistes exposerait infailliblement son pays à périr. Il y rappelle quel douloureux tribut de sang et de larmes coûtèrent à la France les doctrines pacifistes de ses dirigeants. Il montre clairement aussi,, par l'exemple de la Belgique, à quelle destinée s'expose un peuple insuffisamment armé.

Ne nous lassons pas, écrit-il, de tenir les yeux fixés sur le cas de la Belgique ! Celle-ci a fidèlement observé ses obligations internationales. Elle a rempli ses devoirs dans un esprit de loyale impartialité. Elle n'a négligé aucune occasion d'affirmer le raamtien de sa neutralité et de l'imposer au respect des autres nations. La manière dont l'Allemagne s'est conduite envers elle a été une violation flagrante de la loi des' nations et un crime monstrueux contre l'humanité. On chercherait vainement dans toute l'histoire un spectacle plus odieux que celui des représailles exercées par les Allemands contre la Belgique pour lui faire expier sa courageuse défense des droits nationaux et des obligations internationales. Aucun des autres crimes accompjis

LF.S Kr\rS-l'NIS KT LES KKITHES >.)<

par rAllemagne depuis le comriiencenieiU dt> la gu«*rre eurnp'-piine n'a aussi profnmlènicnt atteint et blessé notre conr*>piii>ii de la loyanli- iiiU'rniilKjnale. Et aussi bien est-ce de c»pntiiicr acte d inipanluiMiable traîtrise que boni d»-rivées touli-n i'S infamies alieiiiiiniles ultérieures.

lout n^cernnienl encore une feuille officieuse de l?erlin, lu (i'izette de t'Allenuir/itr ilu Sunl, a reconnu avec une inipii- <l<-nce eiïarante ipn- l'Alienia^no tirait de la Lteli.'ique absolunietil tout le protll iprelle en pouvait tirer. •• L'inipùt (|ue nous exi- ^'•■•■ns aujourdlini d<- la lielgii|ue représente la limite extrême '!'■ la capacilé finiimière de ce pays, qui a eu déjà, naturelle iiienl. k nous didi>mmager de toutes les dépenses qu'.il nous ■ivail coûti-es. ••

r.i c'est pour le niainticu d'une oppression aussi monstrueuse «jue travaillent à présent nos lâches pacifistes, en s'elTorçanl (il- rendre inqtossible tout envoi d'armes et de munitions destinées aux Alliés.

I/arinemeiil iiitlispensable de rAmérit|ue montre, une fois de plus encore, ;i quel point .s'encliainent les tvéricinonls. Par l'envahissemenl de la Belgique, le massacre de ses habitants et la destruction de ses (liés, l'Allemagne espt^rait intimider les neutr<'s. Elle lit' rj'ussit qu'à leur dévoiler la nécessité de se militariser en [>rouvant aux plus obstinés paciiistes que le ilniil sans force ne constitue pas une défense. Nul |ii iiple n'était plus pacifique que la Belgique. Des traités leconiius par les gramles puissances semblaient la rendre inviolable. Klle fut cependant écrasée, mais en lécrasanl le kaiser ne se doutait pas qu'il délrui- >ait pour longtemps la confiance de l'univers dans I Allemairiie. Il arma le monde en lui révédant le )l,iiii:t>r r»'(liiiil.ili|c des dtirtrines |taeilisles.

^ 3. - Rôle des Allemands en Aménqna paadaut la guerre.

Les Allemands sont aux États-Unis plus de dix

nidlions dont les (rois quarts nés sur le sol améri-

cain. Pendant la première année de la guerre, grâce à leur propagande par les journaux dont un tiers leur appartient, ils réussirent à persuader beaucoup d'Américains que la France et l'Angleterre s'étaient concertées avec la Belgique pour attaquer l'Allemagne.

Les sept cents professeurs allemands des universités américaines participèrent activement à cette campagne. Les cinémas, les théâtres, les sermons dans les églises concoururent au même but.

Malgré cette si coûteuse propagande, son chef, l'ancien ministre Dernburg, reconnaissait à son retour d'Amérique que les Allemands n'y avaient pas gagné beaucoup d'amis.

Ayant échoué dans leurs tentatives de persuasion, ils essayèrent l'intimidation et organisèrent méthodiquement incendies, grèves et explosions d'usines. Ces procédés, dérivés de 'leurs erreurs psychologiques sur le rôle de la terreur, eurent pour conséquences : i° l'expulsion de plusieurs agents diplomatiques allemands; 2' une indignation générale; 3° la démonstration des dangers du germanisme ; 4° une réaction nationale dont tous les effets sont loin d'être déroulés encore.

Ce fut non seulement la conduite des Germains en Amérique qui souleva contre eux l'inimitié générale, mais aussi leurs violences en Europe. Lorsque, après bien des mois, la lumière se fit sur les massacres do femmes, de vieillards et d'enfants, l'incendie de Louvain, le bombardement de la cathédrale de Reims, etc.. la réprobation devint universelle. Elle s'accentua encore quand le torpillage du Lusitania atteignit directement les États-Unis en faisant périr des Ame-

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ricains. Ullr.i-pacifisle, le Président Wilson so borna à (le liniidos proleslalions auxquelles le cabinet de Borlin n'-pondait, avec une d(^daigneuse lonleur, par des noies dilatoires. M. Wilson ne devint un peu plus énorKÏque que sous la poussée d'indignation «pji suivit les conspirations ourdies sur le sol mémo de l'Américiue, contre la liberté du travail et de l'indiislric.

.< h. — Les illusions américaines sur l'absorption des Allemands par les États-Unis.

Les Américains so sont fait lontrlcmps de grandes illusions sur leur facilité d'absorber certains éléments étrangers. Ils méconnaissaient ainsi des lois psychologiques (pii no se laissent pas transgresser.

Sans l'action des croisements répétés, l'assimilafion d'un peuple par un autre n'est (ju'apparenlc et porte seulement sur dos élômetils très superliciels. Od ne change pas de race en changeant de milieu. Si los vivants peuvent fondre leurs langues et leur» mœurs, l'àme des morts qu'ils portent en eux reslo rebelle à de semblables fusions.

La conduite des Allemands on Amérique pondant la guerre, môme de ceux qui l'habitaient depuis [)lusiours générations, ajuslilié uno fois encore ce principe fondamental. J'ai rappelé plus haut comment ds s'employèrent, par tous les moyens possibles, i\ ^(•rvir lours compatriotes européens, ne reculant même pas devant des explosions d'usines qui entrai liaient la mort de nombreux ouvriers inoITensifs.

Los Américains, persuadés (|uo les Allemands

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vivant chez eux s'étaient américanisés furent fort surpris de leur erreur. On peut juger de cette déception par un message du Président Wilson, en décembre 1915, dont voici quelques extraits :

Si graves qu'aient été certains différends dans nos relations politiques et si graves qu'ils puissent être encore, j'ai le regret de dire que les menaces les plus graves pour notre paix et notre sécurité nationales sont parties de l'intérieur du pays même. Ce sont des citoyens des Étals-Unis, je rougis de l'avouer, nés à l'étranger mais largement accueillis par nos lois libérales comme libres citoyens américains, qui ont répandu le poison de l'infidélité dans les artères de notre vie nationale et se sont ellorcés d'exposer au mépris l'autorité et le bon renom de notre gouvernement, ' de détruire nos industries, pour autant qu'ils considéraient cela comme utile à leurs buts haineux, et d'abaisser notre politique en la mettant au service d'intrigues étrangères... « L'Amérique n'a jamais été témoin de faits pareils. Elle n'a jamais pensé qu'il fût possible que des gens ayant juré fidélité à leur propre pays, des gens qui, descendant des grandes nations libérales, ont produit les meilleurs éléments de ce petit peuple héroïque, lequel, dans les grands jours du passé, a consacré toute sa vie à se libérer des liens entravant les nations plus anciennes et qui a planté ici un nouveau drapeau, que des gens d'une telle origine et aussi libres puissent adopter une altitude aussi hostile à l'égard du gouvernement et du peuple auprès desqu-els ils ont été les bienvenus et qui les ont nourris, et aient cherché à transformer ce fier pays en foyer des passions européennes.

Ces créatures de passion, d'infidélité et d'anarchie doivent être éloignées. Elles ont organisé des complots pour détruire la propriété; elles ont ourdi des conjurations contre la neutralité du gouvernement et ont cherché à connaître les résultats des délibérations secrètes du gouvernement afin de servir des intérêts étrangers. Contre de tels faits, on doit agir énergiquement.

Comme conclusion de ce paragraphe, je me permettrai de reproduire une page de la préface que j'écrivis récemment pour la 12^ édition de mon livre, Les lois psychologiques de l'Evolution des peuples.

Sur les antagonismes de races, le temps n'agit qu'avec une extrême lenteur. Si parfois un peuple

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-l'tnblechangJT, des circonstances imprévues liiiisseiit par n^xï'ler quo ces changemenls n'étaient (]ii'a[)[iartiits et portaient uniquement sur les côtés acces-

'ires de la personnalité. La guerre a confirmé cett»l'»i. L'.\inérii|iie se croyait tr«'S sûre <juf les n)illion> «rAlleinaiids vivant dans son sein étaient assimilés et l'ossédaient une âme américaine. Il n'en était rien. I>t's que l'AlIfMiiatnie fut monacéo. l'ànie irermariiqur .mcienne domina enlièrt'ment l'ànH' américaine apparente. Les nouveaux citoyens considérés comme assimilés n'Iiésilért'til pas à se drosser hostiles drvanl leur |>alrie d'adrqilion et à fomenter contre «die di' i«'doutal)les complots. Les moins violents se borrirrent à une furirusr campairno, au moyen de journaux et de coiirt'reiitt's on laveur de leur véritable pairie.

(l'est qu'en ellel ni les changemenls de milieu ni le^ conquêtes ne suffisent à modifier l'Ame d'un peuple. Sa transformalion n'est possible qu'au moyen de croisements réj»élés. Le sol, les institutions, la religion même ne changent pas l'âme «l'une race.

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