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L'ÉVOLUTION DU JAPON ET LA CONQUÊTE OE L'EXTRÊME-ORIENT

I 1. — L'histoire récente du japon.

Pendant que l'Europe se livrait aux massacres et, aux dévastations qui devaient la ruiner pour plusieurs générations, le Japon entreprenait, silencieusement et sans frais, la conquête d'un empire de quatre cents millions d'hommes et commençait ainsi la réalisation d'une des plus prodigieuses aventures de l'histoire.

Les Japonais n'extériorisent pas facilement leur àme, il serait donc difficile de parler de leur évolution mentale pendant la guerre. Un bref coup d'oeil sur la période que vient de traverser ce peuple, laisse cependant pressentir quel immense et légitime orgueil il peut éprouver.

Voici un demi-siècle à peine, le Japon n'avait pas dépassé notre période féodale du Moyen Age. L'armement de beaucoup de ses soldats se composait de sabres et de flèches.

Heureusement pour lui, il possédait des qualité^ précieuses, acquises par une longue hérédité, et utilifées quand l'adoption de la civilisation européenne devint nécessaire. Elles lui permirent de réaliser

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»»n quelque? années des progrès ayant demandé à l'autres peuples des siècles.

Ces proférés furent immenses : écoles techniques, usines, fabriques, arsenaux, surgirent du sul chaîne jour. Tous ces élablissementsa étaient d'abord 1,'t'rés [lar des Européens, mais en peu de ltMn(i> les ingénieurs japonais devinrent assez instruits pour les diriger eux-mêmes et se libérer de toute tutelle étrangère.

L'Europe envisageait les efforts du Japon avec une bienveillance un peu dédaigneuse et n'avait qu'une conliance restreinte dans la [)uissance militaire de ces nouveaux venus sur le théâtre de la civilisation.

Ce fut donc pour elle une véritable stupeur d'apprendre brnstiuement que le Ja[)on se jugeant traité avec trop de nu'f)ris par la Russie lui déclarait la guerre. Les criticjues militaires les plus autorisés assurèrent tjue la punition de l'insignifiant petit |)eu[)le ne demanderait au grand empire que quebiues jours.

Un sait le saisissant démenti apporté par les événements à ces pronostics. Battus dans toutes les batailles terrestres sans excei)lion, bien que [tossédant toujours l'avantage du nombre, les Russes se décidèrent à envoyer leur flotte au Japon. Après deux heures de combat, elle était entièrement anéantie par les bâtiments de l'amiral Togo. Le oidussal empire du tsar en fut réduit a solliciter la paix de son minuscule voisin.

L'Euroj)0, interdite en face de pareils succès, resta quelque temps sans comprendre. Elle n'y arriva qu'eu niéilitant la profonde parole de l'amiral Togo. Félicité sur sa victoire de Tsoushima, il répoudil :

« Ce sont mes ancêtres et non moi qni ont gagné la bataille ».

11 avait pleinement raison, le vaillant amiral. Les qualités acquises par les aïeux et fixées dans l'âme de leurs descendants valent pour un peuple toutes les richesses et tous les canons parce que, munis de ces qualités ils acquièrent la richesse et fabriquent des canons.

Telle fut la cause des rapides progrès du Japon. Il ne franchit pas brusquement plusieurs étapes de civilisation, comme on l'a bien à tort répété, mais appliqua simplement à l'assimilation d'une civilisation nouvelle, les qualités de patience, de ténacité, de discipline et de bravoure constituant le patrimoine ancestral do sa race.

De nos jours, le Japon est devenu une des plus i^M'andes puissances du monde. Il possède toutes les aptitudes militaires et industrielles des Allemands et de plus des qualités chevaleresques dont ces derniers ful'ent toujours dépourvus.

— Le Japon pendant la guerre.

Voyons maintenant comment le Japon utilisa ses capacités industrielles pendant la guerre. A un certain moment, il fut presque Tunique fournisseur d'armes de la Russie dont le sort se trouva ainsi entre ses mains. Un enrichissement considérable en résulta pour lui. Ses compagnies de navigation purent distribuer des dividendes colossaux. L'une d'elles en arriva à un rendement de 500 "/o.

L'aide du Japon à la Russie ne fut pas, naturellement, donnée sans compensations.

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On sail dans quel désordre était tombée la (ihiin; i la suite de la conspiration qui renversa son antiquo dynastie. Le président de la République instituée essaya l)ient<')t de se faire nomintr iMUftereiir, mais il mourut mystérieusement'.

Les circonstances étaient excelb-ules pour le Japon. Il sut en profiter. Des conventions eiiln* ce pays et la Chine, acceptées d'ailleurs par l'Anirlelerre, éta- Itlireiil la prt'dominance du JajtDU en Exlrème- <»iit iii. 1,1's anciens efforts de l'Angleterre pour limiter re\l«;iisit)n «lu Japon «'u Chine se trouvèrent par l.i rnlièremenl annulés.

Le traité du Japon avec la Russie, borné* en apparence à la concessiofi aii.t' Jaj»onais de toute la Mairdehourie méridionale au sud de Kharbiii»', leur livrait Il n-alit*' la Chine et mettait lin à la suprématie uropéenne en Kxtrème-Orienl.

L'absorption de la Chine par le Japon ne revêtît pas I aspect d'une brusque et rapide conquête, mais celui ■ l'un protectorat. Ses bases sont déllnilivement posées. On ne ptMit re[)rocher à la Russie, [las plus qu'à I Vritrleterre, d'abandonner presijue conifdètemenl la ' liine à riniluence du Japon. Seule pen*iant longin[)S, celte dernière puissaiu:e s'est trouvée en mesure de fournir les Husses en munitions. Sans une telle assistance qu'il fallait bien r«'compcnser l.i itualion cle la Russie désarmée eût été fort critique.

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Le Japon manque un peu de charbon, puisqu'il n'en extrait annuellement que 21 millions de tonnes, mais la Chine convenablement exploitée lui en procure»'» et bien d'autres produits encore.

Une des grandes forces du Japon et qui empêchera aucun peuple de pouvoir lutter commercialement contre lui est sa capacité de travail et le bas prix de la main-d'œuvre. Un journal américain le marque dans les termes suivants :

Le Japon a récemment mis en vigueur une nouvelle loi réglementant le travail dans les fabriques. Cette loi, applicable à partir du 1**^ septembre, intéresse particulièrement les Etats- Unis depuis l'établissement de la nouvelle ligne maritime japonaise. La journée de quatorze heures demeure la journée type <lu travailleur japonais. Les journées des femmes et des enfanta n'ont pas été réduites. Pour ses quatorze heures de travail, l'ouvrier japonais touche un tiers du salaire que reçoit l'ouvrier américain pour une journée de huit heures. Le Japon, d'autre part, transportant lui-même ses marchandises en Amérique à des taux très réduits, rend la concurrence impossible. (Washington Post, 2-9-16.)

Par ses capacités techniques, le Japon tend déjà à égaler l'Allemagne. Quand il aura entièrement civilisé la Chine avec ses 400 millions d'habitants, il pourra se considérer comme une des premières puissances du monde. Les États-Unis seuls seront à même de rivaliser avec lui.

L'absorption de la Chine par le Japon, a passé presque inaperçue en Europe pendant la guerre, mais les générations de l'avenir comprendront que cette pacifique conquête fut par ses conséquences un des plus grands événements de l'histoire.

Ses répercussions commenceront à se dévoiler seulement après la paix. Elles atteindront surtout les peuples vivant de trafics comme les Allemands.

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Avant le conflit européen, l'Allemagne, arrivée à un grand excès do produclion, voyait di'jà ses débou chés se restreindre. Les autres nations s'alTranchipsant économi(Hiement d'elle et se protégeant par dch barrières douanières, la (Ihinc semblait le futur grand territoire d'exploitation. Lorsque, après la guerre, les Allemands voudront, pour compenser leurs perles, chercher à s'ouvrir des marchés en Chine, ils y rencontreront non seulement des Anglais, des Américains et «les Russes, mais surtout des Japonais qui, grâce à des conventions économicjues établies au cours même de la conflagration, pourront parler eu maîtres et obliger la Chine à fermer ses [)orles pour tel ou tel produit. Ce sont là des consé- (piences que les auteurs de cette guerre n'avaient [las f)révues. La victoire môme ne saurait leur rouvrir les débouchés perdus. Les Allemamls auront l)ouleversé l'univers pour atteindre un résultat exactement contraire à celui qu'ils poursuivaient.

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