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CFIAPITRE VI LES PEUPLES POURRONT-ILS ÉVITER LE MILITARISME

§ 1 — Les principes de civilisations en lutte

l»;iiis la phase (i'évolution où le monde est entré, les actions des [tcuj)les sont souvent indépendantes de leurs désirs. Ils peuvent, par exemple, souhaiter la paix et le désarmement, mais comment pourraient-ils réaliser de tel> vduiv devant les menaces d'atrres- «sion?

Le mililarismr représente [tour beaucouj), et non -aiis raison, une rétjression vers des Ages barbares. Il apparaît synonyme d'asservissement, de ruines et de misère. Pourrons-nous l'éviter? Il importe de le r"«liercher.

ijuand les peuples hitlent pour des intérêts circonscrits : possession d'une ville, ehanirement d'une dynastie, etc., la lulle est généralement brève et vite oubliée. Quand ils combattent pour des croyances religieuses ou soeiales, la lutte est. au ciontraire. longue et féroce. Les guerres relii:ieuses en fournis- Kent des exemples.

Aujourd'hui ce ne sont pas des reiiginns <|u'ou Voit aux prises, mais deux idéals sociaux ayant l'inleusité des croyances religieuses et entre lesquels

aucune conciliation n'est possible. L'individualisme et la liberté se dressent contre le militarisme et l'étatisme auxquels TAllemagne prétend soumettre l'Europe.

Des écrivains neutres ont cherché à établir une comparaison entre les événements actuels et ceux qui se terminèrent en 1815, c'est-à-dire il y a un siècle. Bien que vaincue, la France avait alors imposé à l'Europe un idéal d'égalité des droits civils et politiques contraire à l'ancienne conception féodale. Cet idéal était évidemment fort puissant, puisque après avoir survécu à la défaite de la France, il devint le fondement de la plupart des institutions politiques de l'Europe.

A cet idéal, l'Allemagne oppose sa foi nouvelle. Le prestige du succès étant tout-puissant sur la majorité des esprits, les écrivains dont je parlais à l'instant se demandent si cette foi ne serait pas appelée à remplacer l'idéal d'égalité et de liberté.

Il est donc intéressant de montrer encore comment les Allemands formulent l'idéal qu'ils admirent au point de vouloir l'imposer à l'Europe. Ses fondements sont très bien exposés dans le célèbre ouvrage de Naumann, Mittel Furopn, dont j'ai déjà parlé et qui représente clairement les aspirations des dirigeants allemands.

Pour justifier d'abord la conception germanique avec les projets d'absorption qui en sont la suite l'auteur affirme que la période des petits Etats indépendants est close. Ils seraient condamnés à se voir englobés dans les grands États, en vertu d'une loi historique du même ordre que celle qui amena l'absorption de toutes les petites industries dans les

LIS l'IUPLBS roURUUNT-lLS bVlTBR LK UILITARISUE ? -Ml

::^rande8 et des petites banques duiiyi d'importantes sociétés de crédit.

^e plus considérable de ces futurs groupements serait nalurellenient forme par rAllemagtie. K!lr! absorberait n()n souleuM'ut l'Autriche, mais aussi la Belgique, la Hollande, la Suisse, la Suède, la Turquie et les l^lats balkanii]ues.

Tous ces pays conserveraiont une in(lé[)endance nominale, mais comme ils sont incaf)ables de réaliser par eux-mêmes l'idéal germanique, ou les placerait, au [loinl de vue industriel et économi(|ue, sous la diroc.liun de fonctionnaires alleman<ls chargés d'enseigner aux ouvriers ia technique colloctivo après un dressage nnHhodi<iue à la caserne. Grand bienfait pour eux, assurément, puisque l'organisation germanique est supposée supérieure à. toutes les autres. En agissant ainsi l'Allemagne ne ferait donc que se dévouer à l'inlérôt général!

Les écrivains convaincus de la supériorité de l'organisation allemande, au point de vouloir l'imposera l'Europe par la force, n'ont jamais eu l'idée de se demander si l'organisation individualiste de lAinérique, qui faisait une si rude concurrence à l'Allemagne, ne valait pas la leur.

Ils aurai«'iit eu d'autant plus raison de se le demander qu'ils sont bien obligés de confesser (jue le régime d'esclavage à peine déguisé auquel l'Allemagne m>udrait soumettre une (>artie de l'Europe rendrait l'existence des hommes fort dure. Naumann le recounail dans les termes suivants : « La classe ouvrière orgauit<ée, étroitement liée à nos employeurs scienliiiqueinent stylés, à tios directeurs de syndicats, à nos roii>eiliers privés et nos ufliciers, formerait une société qui

n'est pas assurément la plus aimable, ni la plus séduisante qu'on puisse trouver, mais elle constituerait )e machinisme humain le plus efficace, le plus précis, le plus durable. »

L'auteur ajoute, et cette fois avec plus de raison encore, que ce système « est l'incarnation historique du caractère national de l'Allemagne » , mais il aurait pu se demander si cet effrayant système, rappelant à la fois le servage antique et la pesante réalisation du rêve socialiste, conviendrait également à des peuples n'ayant pas subi le dressageàla caserne et pour lesquels l'idéal de l'homme sur la terre n'est pas d'être simplement ce que l'auteur appelle « un machinisme humain efficace ».

Il est donc infiniment probable que l'idéal latin et l'idéal germanique subsisteront sans jamais se pénétrer. Il nous reste à rechercher comment on pourra empêcher le premier de se substituer par la force au second.

§ 2. — L'extension probable du militarisme.

Les idées ne se combattant qu'avec des idées les canons agissent peu sur elles. Tant que persisteront les conceptions qui mènent aujourd'hui les dirigeants allemands, leur rêve d'hégémonie se maintiendra et ils chercheront à le réaliser. Appuyé par une légion de professeurs, de politiciens et d'écrivains, ce rove restera fort tenace.

J'ai montré dans un précédent chapitre comment des expériences répétées finiront par enseigner aux peuples l'inutilité des guerres, mais nous n'en sommes pas encore là. On le voit facilement par la lecture

LES l'Bi l'I.KS Pni HR0NT-IL8 ÉVITER 1 K Mil II ^RISHR? ;il3

•les itulilicutions allt'ni.'iiides, depuis les journaux <|uolulitMi< jusqu'aux livres des ôcuiioiuisles les plus connus. (Juelques extraits choisis au hasard indiqueront la îiientalilt'" qui continiic à régner en Alleniagiic.

On remarquera d'ahord (jue les Allemands se font du militarisme une conception fort dilTérentede la nôtre.

(tn a donné «lu mililnrisin*', i-cril riiii 'ItMix, une id*^e fausse ••Il (lisant que c'était rasstiji'ttissem<;nl «les coriis et des Âmes; non, c'est une méthode d'éducation, un moyen de développer la conscienre du devoir iialional, devoir accepté et voulu par des hommes libres.

Ces hommes libres acce[»tant volontairement les Coups de bâton à la caserne ont évidemment une conception spéciale de la libert»'. F^our la con»- [ireiidre il faut se souvenir que les mêmes termes peuvent revêtir chez dilTérents peuples des sens souvent très dilTéreuts.

A quel point les écrivains allemands sont pénétrés de la nécessité du militarisme et convaincus de son extension ressort clairement des passages ijui suivent :

C'est il une rivalité nouvelle dans les armements que noai allons assister. Et, demandcra-t-on, quelle en sera la coaaéquence'.' Un danger de guerre plus grand pour l'avenir. L'n fardeau colossal d'impôts. {Bremer Burger Zeitung du 30 déeemlire 1915.)

L'Kunq)e sortira de la présente guerre plus militaire encore qu'elle n'y est entrée. Et c'est de ce fait précis «ju'il faut tirer des conséquences politiques. Les Allemands vont sans douta se trouver à l'Ouest en face d'un groupement >U' puissances plus dangereux <]iie l'alliance franco-russe ne le fut jamais. (Sosiar lislitche Moniits/irfte, 20 janvier 1916 l

Dans un article : l(i Mission mondiale du mi7i/a« ristne. blié par le 7'ng du 1?1 juillet 1910, Heieltenau écrit :

L'on est fondé à prévoir qu'il se produira dans les armements, à la suite des événements d'aujourd'hui, une augmentation sans précédent historique. Au cours de la guerre, chacun des belligérants a déjà augmenté ses armements dans la mesure de ses moyens, avec le regret certain de n'être pas entré en campagne dans l'état d'amélioration actuel. La leçon de cette guerre est trop grave, en tout cas, pour être oubliable et pour que ne subsiste pas le désir de faire mieux dans l'avenir.

Horreur, terreur! Rien n'y fera! Il faut accepter et se soumettre à cette inéluctable loi naturelle. Le peuple qui se laissera diriger par la puissante main d'une bonne organisation militariste sera en bonne voie. Mais malheur à lui s'il rejette cet appui !

Les faits actuellement observés chez tous les peuples tendent malheureusement à justifier ces assertions. Les nations jadis les plus pacifistes : Suède, Hollande, Suisse, etc., se hâtent d'augmenter leurs armements. Les États-Unis eux-mêmes ont voté plusieurs milliards pour se constituer une armée et une flotte suffisantes à les protéger. On sent partout que le seul droit respecté dans l'avenir sera celui qu'appuieront des canons.

§ 3. — Pourquoi la paix pourrait durer quelque temps.

Les précédentes observations portent de trop visibles enseignements pour qu'il soit utile d'y insister. Sans doute les dirigeants des peuples alliés ne cessent de répéter qu'ils se proposent de détruire le militarisme; mais quel moyen pourrait obtenir un tel résultat? Même complètement vaincue l'Allemagne ne songerait qu'à préparer une revanche.

A moins donc d'admettre une hégémonie qui serait simplement de l'esclavage, l'Europe semble

LhS I'BL>>'LES POIHHONT-ILS bVilfcR I.K UIMl ARlBUb ? -il'')

rornlamn»^e au militarisme jusqu'à re que les idées acluelk'S dos pouiiles aient cliang*^.

On peut cependant espérer qu'après les désastre? financiers arcumulos [lar la ^uorro et les riiillion«i d'hommes qu'(dle a fait misérablement périr dans i.i boue des trancliées, les peuples rédéchiront un peu. Dans les cervelles teutonnes les |>lus asservies, naîtra peut-être cette conviction que toutes les souffrance* subies ne pouvaient profiler qu'à une féodalité militaire, industrielle et financière fort <lure et que l'iminens<« majorité du peujde n'a qu'à perdre dans ces "-anguinaires aventures. .\vec cette conviction, les multitudes i^ormaniquos marcheraient peut-être njoins docilement vers les tueries (ju'elles ne le firent pendant la guerre actuelle.

Parmi les causes qui contribueront encore à em- [lècher l'Allemagne de renouveler trop vite ses agressions figureront aussi les mécom[ites dont cette guerre a été surchargée pour elle. Mécomptes militaires dans le présent et mécomptes économiques dans l'avenir.

h]n obligeant ses ennemis à remédier aux insulfi- «^ances de leur industrie, l'Allemagne aura perdu dimportants clients, il est certain fgalement qu>' jamais dans l'avenir aucun pays no laissera b- \llemands prendre' dans ses banques, ses entreprises iniluslrielles, ses magasins, ses conseils d'a<lmiiiislration, etc., la place ((u'ils y occupaient autrefois. L'Allemagne découvrira alors que la guerre fut pour elle un véritable désastre industriel, économique et moral. Il est mémo étonnant que dans cet immense empire ne se soit pas trouvé, avant la •uerre, un seul homme d'Klal capable de prévoir que.

même en cas de succès, l'Allemagne perdrait une hégémonie industrielle qui grandissait dans la paix et se serait imposée de plus en plus.

Aucun de ses philosophes, de ses écrivains, de ses diplomates ne s'en est aperçu. Nous avons déjà montré dans notre précédent volume combien furent nombreuses les fautes de psychologie accumulées par eux avant et pendant la guerre. La lutte européenne a prouvé une fois encore que la psychologie est régie, comme la physique, par des lois qu'on ne saurait impunément violer i.

1. Il faut bien reconiiaîlre que la psychologie qui devrait être la base de la politique reste si théorique dans les livres classiques qu'on ne saurait en tirer aucune application. Un protesseur à l'Ecole des sciences politiques h qui je demandais pourquoi la psychologie n'était pas enseignée dans cette école me répondit que le conseil des professeurs n'en avait pas vu l'utilité.

L'étude de la psychologie appliquée à la conduite des hommes constitue nn« science qui naît à peine Son intérêt est prouvé par le succès des bien rire» ouvrages lui ayant été consacrés. C'est ainsi que d'éminenls ofliciers, les généraux Bonnal et de Maud'huy, ont enseigné à l'Ecole de guerre les principes -que j'avais posés dans divers livres, principalement dans lu Psychologie des Foules, et les Lois Psychologiques de l'Evolution des peuples. Ce dernier Hvre, publié pour la première fois il y a vingt ans, a été traduit dans bien des langues, notamment en arabe par Falhy Pacha, minisire de la Justice au ■Caire, en japonais par le baron Motono, ambassadeur du Japon à Saint-Pétersbourg, etc. L'ancien Président des Etats-Unis, M. Roosevelt, a souvent répété que ce petit volume ne l'avait pas quitté durant sa présidence et qu'il ne s'en iéparait jamais dans ses voyages. Je donne ces détails simplement pour montrer que les ouvrages de psychologie appliquée sont certains d'avoir des lecteurs et engager dans celle étude les jeunes professeurs capables d'observer la •«ie autrement qu'à travers leurs livres.

Je renverrai le lecteur qu'intéresserait l'étude de la psychologie appliquée, aux ouvrages que j'ai publiés en dehors de ceux cités à l'instant : Psychologie molitique. Opinions et Croyances, la Vie des Vérités, la Révolution

'rançaise et la Psychologie des Révolutions, Psychologie de l'Éducation.

al couverture de l'i^dilion russe de .ce dernier livre, porte que sa traduciitri a été faite par l'ordre du grand-duc Constantin, Présideni de l'Académie di*» •ciences de Russie.

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§ 4- — Difficultés d'un désarmemtnt.

Les arguments qui viennent «l'être invoqués, en ;;iveur (1(> la probabilité d'iinr [laix durable appar- 'icnnent inalbeurousemenl à la ramilie de ces dé- :iionstrations ralioriiu'Iles (jui ont fort i)eu d'inlluence sur la conduite des bonimos. Il ne faut donc pas trop se lier à leur action.

I/Alleinai,'!!»' coniplcra toujours comme i)arlisans (le nouvelles guerres la caste militaire, qui raisonne peu et celle des professeurs qui, en dehors de leur spécialitt', ne raisonnent pas davantage et ne renoncent jamais à un |iririci[)e adopté. Les Turcs savent lie source sur»* qn Un infidèle est « un chien ». Le professeur germanique sait de source non moins si'ire que le mélang»; de métis, dont esl formé le peuple allemand actuel, constitue une race supérieure destinée par Dieu à dominer le monde. La force [tourra bien obliger les LitTinains à abandt»niier momenlané-ment leur rêve mystique, mais ils l'auront toujours jirésent à l'esprit et. dès que l'occasion s'en présentera, une nouvelle croisade sera entreprise pour sa réalisation. Le pédant, dominé par une idée fausse, uest pas susceptible de conversion. Dans des contlitii»ns pareilles comment désarmer?

Le désarmement est encore rendu impossible par Il démonstration expérimentale (ju'aussitôt que l'armement «l'un peu|)le lléchissait, les Allemands songeaient à lattatjuer. (l'est notre faiblesse seule qui poussa l'Allemagne à nous déclarer la guerre. Toutes les fois qu'elle nous voyait faiblir, elle «levenait menaçante.

Quand en 1905 nous avons voté la loi de deux ans, écrivait le Temps en février 1914, l'Allemagne est venue nous provoquer au Maroc et nous imposer « l'humiliation sans précédent» dont M. Clemenceau parlait jadis à la tribune.

Quand, en 1908, nous avons désorganisé l'instruction des réserves, l'Allemagne a monté contre nous l'incident provocateur des déserteurs de Casablanca.

Quand l'antimilitarisme révolutionnaire a retrouvé, grâce au « bloc », accès dans les conseils du gouvernement avec 1rs ministères Monis et Caillaux de 1911, nous avons eu Agadir.

On peut ajouter qu'au moment où la guerre fut déclarée, l'armée et la marine restaient désorganisées en Russie depuis ses défaites de 1905. L'Angleterre, dominée par les radicaux pacifistes, n'avait pas -augmenté son armée etréduisait ses constructions navale?. Sans le pacifisme de la Russie, de l'Angleterre et d<; la France, l'Europe n'aurait probablement pas été en guerre.

L'Allemagne, qui savait toutes ces faiblesses et ne pouvait prévoir le formidable effort dont se montreraient capables les Alliés, devait croire que jamais pareille occasion ne s'offrirait à elle d'établir sa domination. Une courte campagne suffirait sûrement pour vaincre ses pacifiques adversaires. Sa victoire semblait si assurée qu'aucun pays neutre n'en doutait. En Espagne, notamment, notre triomphe paraissait complètement invraisemblable.

Pourquoi d'ailleurs et comment en eût-il pu être autrement? écrivait un grand journal. En face de l'Allemagne, alliée de l'Autriche, de l'Italie et de la Turquie, tendant vers la guerre toutes ses ressources depuis cinquante ans, en face de l'Allemagne victorieuse, il y avait la France vaincue en 1870 et en apparence détachée de tout idéal militaire, la Russie battue en 1904 et désorganisée par la défaite, l'Angleterre déplorablement pacifiste et sans armée. Dans cette Europe d'avant-guerre, où les plateaux de la balance étaient si inégalement chargés, comment des puissances secondaires n'eussent-elles pas cédé au prestige de la force, du succès et de l'arrogance?

ISS 1>RI l'LE.S rOLRRONT-ILS ÉVITER I K Mil ITARISUI? -W*

La guerre européenoc, aussi bien tTailleurs ijii>rexpf^riencedetous les siècles, a suffisamment [ircuv- (juc le pacidsmo était un gënôraleur certain d. guerres de conquôtes. N'étant pas reilouté, le peuple pacifiste attire fatalement la guerre sur lui, alors qu'une n.ition bien armée est rarement menacée.

Plus d'un écrivain, et moi-même l'avaient répété avant la guerre et montré à quel (loint nous étions menacés. Ces prévisions furent sans effet. Nous -avons ce (ju'il en coûta à la France df ne pas Ips ivoir partagées.

Il est de toute évidence qu'une pai.x armée sera ruineuse, dangereuse et môme absurde. Théoriquement on peut souscrire aux déclarations suivantes d'un fiomme d'Hltat hollandais, M. de Beaufurt :

Vn retour à la paix armén iumme elle exislail avant qu'éclalAl !<■ conflit mon<lial iiii-sl plus possible. Le dt-sarniement géni-rnl ■loit <^tre la juste loj^iquc de cette lutte insensée. Peut-on croii< (lie les représentants, élus par des hommes ayant vécu a . milieu de toute l'Iiurreur de la guerre moderne, oseront recom- Micnrcr à paver la vieille route, (jui, infailliblement et sous peu, conduirait à de nouvelles conflagrations .'

A ces assertions ou est bien obligé de répondr.' encore qu'on ne voit, en dehors des armements, aucun moyen d'empêcher d«;s agressions dont l'expérienria montré le danger. Tant que les idées germaniquen'auront pas changé, il faudra bien rester armé, tout • Il pr<'voyant ce (ju'il en coiUera.

nuoi(pie les analogies historicjues soient toujours incomplètes, on pourrait peut-ôtre rapprocher de la guern» actuelle la guerre de Trente .\ns, qui fut à la fois une lutte religieuse et [toliticjue contre les prétentions germaniques «^ l'hégémonie. De telles guerres «ont toujours longues, nuMirtrit''re>^ cl mineuses. Ce

que la guerre de Trente ans coûta est relaté par M. Boutroux de la façon suivante :

En Bohême, sur 35.000 villages, il en restait 6.000. En Saxe, le nombre des habitants était tombé de 3 millions à 800.000. Dans l'ensemble de l'Empire, la population, diminuée presque des deux tiers, était de 6 millions au lieu de 16. Partout le bouleversement, la ruine, le désert. Plus d'agriculture, plus d'industrie, plus de commerce, plus de finances. La décadence morale n'était pas moindre. L'esprit, les mœurs, les croyances, remarquablement cultivés aux xv* et xvi« siècles, étaient retombés dans la barbarie.

Un des côtés véritablement désastreux du militarisme est qu'il comporte comme conséquence nécessaire l'absorption de l'individu par l'État. Cette absorption, que Rome connut à certaines époques et que la Grèce ne connut jamais, donne à un peuple une grande puissance militaire, avec une faible valeur individuelle. Si les Grecs avaient possédé l'unité nationale des Romains, ils n'auraient pas sans doute été conquis par eux, mais peut-être aussi n'auraientils pas été ce peuple de lettrés, de savants et de philosophes qui, bien que vaincus p^ir les armes, conquit le monde par sa pensée et continua cette conquête après avoir disparu de l'histoire.

Evidemment il est avantageux, au point de vue matériel, pour un Etat de posséder des sujets coulés dans le même moule, pensant de la même façon et prêts à se faire tuer pour assurer une conquête, alors même qu'ils en ignorent le but. La question est de savoir si une telle supériorité collective n'a pas comme conséquence nécessaire, plus ou moins lointaine, une décadence individuelle profonde. Le choix se posera peut-être un jour pour tous les peuples, entre le militarisme allemand, qui permet la puissance collective

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iiix dépens de la vaUnir individuelle et le développeiiieiil (le l'individualisme, qui rend possibles tous les piotrrès, mais n'assure pas la puissance collective.

^ f). - Comment les progrès de la science pourraient espacer les guerres

l»uil-on conclure de ce (jui [)récode que les peujjles ruinés par la guerre devront ce[>eiidant, sous peine

• l'iiin' ruine plus complt-tti eiicor(\ se (tondamner à iiiiilti|)lier leurs armements? Faut-il considérer de nouvelles hécatombes comme inévitables? Les casernes devront-elles continuer à se remplir aux dépens des ateliers, les hommes à se ruiner de [)lus en plus en armements et transformer en canons tout ce qui piturrail être dé[)ensé pour leur bien-être?

J'ai dit les raisons tjui [)ermettent d'espérer que rinlerdépendance progressive des peuples et l'inutilité démontrée des guerres finiront un jour par eml>éch«'r les conllits. Mais ces espérances ne sont ;i|q)licables qu'à un avenir [»eut-ètre assez lointain et muis devons nous orrujter des temps prochains. Il faut donc chercher d'autres raisons [»liis immédiates

• l'espérance.

Les seuls motifs d'espoir, en dehors de ceux assez faillies énoncés au cours de ce chapitre, résident dans livolution industrielle de l'armement moderne que i;«ius voyons s'ellecluer sous nos yeux. Klle pourra rendre les guerres si dangereuses qu'aucun conquérant ne trouvera d'avantages à les entre[)reiidre.

I)ès à présent les munitions tendent à se substituer aux combatlanls et on entrevoit le moment où la machine à tuer remplacera le guerrier, comme U

houille a jadis remplacé l'esclave. Ce jour-là, aux immenses armées actuelles se substitueraient de petites équipes de spécialistes capables de manier des engins destructeurs formidables.

Supposons pour fixer les idées qu'un peuple possède vingt mille avions perfectionnés, capables de traverser sans difficulté l'Europe, ce qui d'ailleurs est presque réalisé actuellement. Il suffirait pour les manier de quelques milliçrs de spécialistes et non plus de millions d'hommes. Les conditions de la guerre seraient alors du même coup entièrement changées.

L'agresseur supposé saurait que, dès la déclaration des hostilités, ces vingt mille avions, et non plus quelques douzaines comme aujourd'hui, arriveraient en quelques heures au-dessus de sa capitale pour l'incendier et tuer ses habitants. Certes l'ennemi pourrait en faire autant, mais l'idée du danger de destruction immédiate dont seraient menacés les villes et les habitants rendrait une guerre d'agression si dangereuse que l'agresseur hésiterait fort à l'entreprendre.

On objectera sans doute que les avions sont peu dangereux aujourd'hui, bien que leur action sur Carlsruhe ait été assez destructive, mais les progrès réalisés en moins de deux ans permettent de pressentir le pouvoir de destruction dont ils seront susceptibles bientôt. L'hypothèse précédente n'^a donc rien de chimérique.

Étant donnée la mentalité actuelle de certains peuples et surtout celle de leurs gouvernants, le seul moyen d'éviter leur agression est de les amener à considérer une guerre comme si dangereuse pour eux qu'ils n'osent l'entreprendre.

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Ainsi, la science, à force d'autrinenlcr la puissance des engins de destruction arrivera, peut-être, à rendre les guerres sinon iinf)ossibles, du moins fort difficiles.

Cet espoir est médiocre, je le confesse, mais, dans l'entât actuel du monde il serait difficile d'en invocjuer un autre. Personne ne songerait aujourd'hui à remplacer les armements [)ar de nouvelles conventions internationales analogues à celles de La Haye, si complètement violées au cours de la présente guerre, malgré leur acceptation par tous les peuples.

Les écrivains allemands considèrent que les auteurs de ces conventions firent preuve d'une crédulité un peu excessive. Les juristes qui les élaborèrent otjt pour e-xcuse leur hormôteté naïve et une ignorance parfaite de la psychologie des peuples. Ils avaient tomplèlenient oublié (ju'on ne connaît pas d'e.\em[)le au cours de l'histoire de législateurs ayant eu l'idée de créer des codes dépourvus de sanctions. Avant de songer à édifier des lois internationales, il faudrait d'abord découvrir les moyens d'établir une gendarmerie assez forte pour les faire respecter. Une telle découverte n'est pas impossible peut-être mais nul oe l'a réalisée encore.

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