L'ENFMT CONTENT DE SON SORT
Le petit Jacques faisait paître ses moutons le long d'un chemin.
Un monsieur vient à passer, monté sur un beau cheval. Le monsieur, apercevant une fleur rare, arrêta son cheval et en descendit pour cueillir la fleur.
Le monsieur descendu, le cheval s'échappa et partit
1S2 PREMIÈRES LEGTUBES.
au galop. Rapide comme la flèche, Jacques poursuit le cheval; il Tatteint, saute à la bride, Tarrête, le ramène à son maître.
Le monsieur regarde avec étonnement le petit berger, et mettant la main à sa poche : ** Tu es un brave et courageux garçon ; tiens, voilà un franc pour ta peine.''
Jacques lui répondit: *^Je n'ai besoin de rien, merci, monsieur."
Le Monsieur. ^^ Comment, tu n'as besoin de rien!"
Jacques, *' Monsieur, j'ai à la maison tout ce qu'il me faut."
Le Monsieur. ^'Tant mieux, mon garçon. Il y a peu d'enfants qui diraient comme toi.
^* Dis-moi, te plais-tu à garder ainsi les moutons?"
Jacques, '' Oui, beaucoup lorsque le temps n'est pas mauvais."
Le Monsieur, '' N'aimerais-tu pas mieux jouer ?"
Jacques. ^' J'aime à jouer, mais j'aime aussi à garder mes moutons."
Le Monsieur. '' Qui t'envoie aux champs?"
Jacques, *' C'est Thomas le fermier."
Le Monsieur, '' Est-il bon pour toi ?"
Jacques. "' Il me gronde, il me corrige quelquefois ; mais je ne me plains pas. Je deviendrais trop méchant, si l'on ne me corrigeait pas."
Le Monsieur. ** Depuis quelle heure es-tu ici?"
PBEMÏÈBES LEGTUBES, 123
Jacques, ^'Depuis six heures du matin. moLsieur."
Le Monsieur. '^ N'as-tu pas faim V^
Jacques. *' J'ai faim ; mais je ne tarderai pas à m'en retourner pour dîner. ^'
Le Monsieur. "' Si, au lieu d'un franc, je te donnais cinq francs, qu'en ferais-tu ?"
Jacques. '' Je n'en sais rien. Jamais de ma vie je n'ai eu seulement cinquante centimes."
Le Monsieur. ^' As-tu des joujous ?"
Jacques. ^' Des joujous? Qu'est-ce que cela?"
Le Monsieur. ''Hé bien! un cheval de bois, une petite voiture."
Jacques. "Une petite voiture? Nous avons de grandes voitures.
*'Un cheval de bois? Je puis trotter et galoper tous les jours sur des chevaux aussi grands que le vôtre.
"Du reste, je n'ai guère le temps de jouer.
" Quand je ne suis pas aux champs, je suis à l'école ;
"Et le dimanche, après l'Eglise, je vais voir mon père et ma mère qui sont bien contents que je reste toute la journée auprès d'eux."
Le Monsieur. "Ne voudrais-tu pas un beau couteau?"
Jacques. "Un couteau?. J'en ai un. Le voilà. D'un seul coup, avec mon couteau, je coupe la plus grosse baguette."
Le Monsieur. " Tes souliers sont pleins de trous !"
Jacques. ^^ C'est vrai ; mais j'en ai à la maison une autre paire/'
Le Monsieur. ^' Ceux-ci prennent l'eau."
Jacques. '' Je ne m'en inquiète pas. Je ne suis pas plus mal avec ces souliers que si j'étais nu-pieds.'^
Le Monsieur. " Ton chapeau est abîmé."
Jacques. ^'Ah ! il est encore bon. Et pui^ j'aimerais autant être nu-tête."
Le Monsieur. ^' Tu es vraiment un petit philosophe, mon garçon.
'' Sais- tu ce que c'est qu'un philosophe ?"
Jacques. *^ Non, Monsieur. Ce n'est pas une injure, j'espère."
Le Monsieur, riant. ^'Non, non.
*^ Hé bien! une dernière question. N'aimerais-tu pas avoir quelques livres ou un peu d'argent à donner aux pauvres ?"
Jacques. ^^ Pour cela, c'est vrai.
^' Oh ! si je portais cinq francs tout d'une pièce à la pauvre Jaqueline !"
Le Monsieur. *' Tiens, porte-lui ces cinq francs tout d'une pièce."
Jacques. '* Merci, Monsieur, merci pour elle. Que le bon Dieu vous bénisse.. Adieu."
LE GRILLOK
Un pauvre petit grillon.
Caché dans l'herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs, L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes : Jeune, beau, petit-maitre, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
" Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure, Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas,
Autant vaudrait n'exister pas."
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courants, Après ce papillon, dont ils ont tous envie Chapeaux, mouchoirs, bonnets servent à l'attraper,
n devient leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ; Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
" Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis point fâché ; n en coûte trop cher pour briller dans le monde ; Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour être heureux, vivons caché."
12« PBEMlilBES LEOTUBES.