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Premieres lettres sur le centenaire de Voltaire

C est & vous que j ai le triste honneur d aaress ces premieres lettres, et celles qui devront suivre, parce que c est vous qni avez donne la plus vive im pulsion au scandale qui se prepare.

Voici les faits :

Au commencement de 1 annee 1876, un journal, ee"lebre alors par la guerre acharnee qu il faisait a la religion en meme temps qu a Torclre social, les Droitsde I Homme, mettait en avautl idee de celebrer, pendant 1 Exposition universelle, le Centenaire de Voltaire etde Rousseau, etde provoquer a cette occa sion une grande manifestation contre les croyances religieuses.

6 PREMIERE LETTKES

Voltaire et Rousseau sont morts en eft et la meme annee, a quelques semaines 1 un cle 1 autre; Voltaire le 30 mai, Rousseau le 3 juillet 1778.

L idee, combattue par tous les joumaux quine voient aucun profit pour le pays a attaquer et desorganiser la religion en France, fut aecueillie au contraire sur-le-champ par les feuilles qui semblent vouloir identifier la Republique avec la guerre a 1 Eglise, le XIX* Siecle, le Rappel, le Bien Public, la Republique francaise, le Revdl, etc., et meme par quelques autres feuilles, politiques ou litteraires, que leur indifference en matiere de religion preparait a subir ici un entrainemenL regrettable.

Aussitol, un groupe compose de quelques Deputes et Senateurs de la gauche, et de journalisles, s occupa de realiser ce projet, et un Comite, appe!4 d abord Comite d initiative, puis Comite central, fut constitue. 11 se compose de plusieurs Senateurs, de nombreux Deputes, des 74 Conseillers municipaux de Paris, des delegues des arrondissements de Paris et de diverses societes (1).

Immediatement le Comite se mit a Tceuvre, pour preparer ce qu on appelie une apoth6ose. Et cette apotheose, on declara vouloir en faire une manifestation nationale; bien plus, une manifestation Internationale et europeenne.

En effet, a peine le Comite d initiative etait-il forme, que les Conseillers municipaux de Paris qui en faisaient alors partie MM. Boimel-Duverdier, Yves Guyot et Brisson etaient du nombre, pu-

(1) le Bien Public, 6 avril 1878.

lJi.1

EX-OBLATORUM.S.CAR;

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bliaient, dans les Droits de VFlomme et le Bien Public oujela trouve, une declaration qui annoncait les proportions extraordinaires et la signification antichretienne qu on voulait dormer a ce Centenaire :

Les soussignes, Conseillers municipaux de Paris, se sont constitutes en comite provisoire <? initiative In ternationale, pour etudier et realiser les voies et moyens de la celebration, en 1878, du Centenaire de Voltaire et de Rousseau (1).

Ce doit etre une manifestation nationale et meme Internationale ; nationale, c est 1 expression de votre Rapporteur, Messieurs ; et c est pour cela que le Comite a adresse des appels au Conseil general de la Seine, qui a repondu, au nouveau Conseil municipal de Paris, qui a repondu egalement. Non contents, en effet, Messieurs, de vous associer individuellement au Centenaire projete, vous avez voulu y prendre une part effective au nom de la ville de Paris, et, dans votre seance du 7 mars, une somme de 10,000 fr. aete votee par vous, pour etre versee entre les mains de la. personne qui sera designee par le Comite des finances de 1 oeuvre du Centenaire. Le memo appel a ete adresse a tous les Conseils muni cipaux de France, dont plusieurs, a votre exemple, ont aussi repondu ; et enfin a tous les Conseils ge neraux (1) : La manifestation du 30 mai, dit 1 appel

fl) Le Bien Public, 21 juin 1876.

(2) A Bordeaux, le Conseil general a vote pour le Centenaire, et un des principaux journaux du pays propose <i aux libres-penseurs du departement de se reunir, le 30 mai, sur 1 esplanade des Quinconces, et de partir de la, bannieres deployees et musique en tete, au chant patriotique du Depart; puis, de se dtriger vers le palais municipal, par le cours Tourny, le Chapeau- Rouge, les

du Comit6 aux Conseils gene>aux, sera une veritable manifestation nationale, et Tadhesion des 86 de"partements doit lui etre acquise (1).

On a fait appel en meme temps a un grand nombre de societes savantes.

De son cote, le Grand-Orient est entre en campagne, et,pour donner au Gentenaire des deux grands ennemis de la Religion ce earactere de a manifesta tion nationale, il a fait egalement appel a toutes les loges de France, dont un grand nombre ont deja repondu (2).

La jeunesse des ecoles, naturellement, si j en crois son nouvel organe, s est precipit^e dansle mouvement. II importe, dit la Voix des Ecoles, que la participation des etudiants au Gentenaire de Vol te taireet de Rousseau soit aussi large, aussi complete que possible (3).

Bien plus, j ai dit que Ton veut donner a cette ma nifestation un earactere international et euro-

quais, les Fosses, la rue Duffour-Dubergier et la place Saint- Andre, en portant sur leurs epaules le buste de 1 homme de genie qui leur donna la Jiberte. A 1 hotel de ville, le maire, assiste de son conseil, recevrait des mains du peuple ce buste, personnification vivaute de la Revolution.

(1) Le Bien Public, 8 avril 1878.

(2) Le Monde Ma$onnique a meme essaye de tracer un pro gramme du Centenaire : Ge programme doitcomprendre 1 inauguration solennelle, sur une des grandes places de Paris, d une statue de Voltaire. Un concours pour 1 execution de cette statue est deja ouvert a cet effet. Le programme cornprendra, en outre, des representations des chefs-d osuvre dramatiques de 1 auteur de Brutus, de Mahomet, de Home sauvfe ; un musee ou seront rassembles ses statues, ses bustes, ses portraits, ses manuscrits, etc., etc.; des conferences faites par les illustrations de la poesie, de la philosophic, de la politique contemporaine; d autres fetes encore. Mars 1878.

(a) 4 avril 1878.

peen : c est pour cela que s e"tait forme le Comite appele, par la declaration citee plus haut, Comite d initiative Internationale; et je lis dans le journal le Bien Public :

Le Centenaire de Voltaire et de Rousseau ne doit pas etre I affaire d un homme ou d une petite chapelle. II doit etre organise par un vaste comite, forme de gloires Internationales; que ce Comite nomine ensuite un president, un secretaire et s organise comme il 1 entendra.

De plus, pour conserver au Centenaire de Vol taire et Rousseau son veritable caractere international, pour que nous, Francais, nous lassions largement les clioses et donnions reellement a cette fete un carac tere d hospitalite, nous croyons que la presidence du Comite devrait etre decernee a un etranger (1).

Voila, Messieurs, jusqu ou Ton va dans Fexaltation ou jette ce Contenaire.

Uu autre journal dit de son cote ;

Que la Suisse^ au nom de Rousseau, que TAllemagne, au nom de Voltaire, nous aident a feter ces grands citoyens du monde, je trouve cela juste, simple, naturel; etjecrois qu il faudrait, en meme temps qu on organisera des comites a Paris, en susciter d autres au-dela des frontieres.

CONVIONS TOUS LES PEUPLES A CELEBRER AVEC NOUS VOLTAIRE ET ROUSSEAU (2).

Aussi s est-on empresse d invitera ce Centenaire le plus furieux ennemi de 1 Eglise et du Pape, Gari baldi : lequel a eu le bon gout de s abstenir ; sa place,

(1) Le Bien, Public, cite par la Gazette de France, 18 mars 1878.

(2) La Vie litteraire, 21 mars 1878.

en effet, n e tait guere marquee dans cette France, si singulierement defendue par le soldat de la Re"publique universelle. II a repondu, cependant, qu il etait, depuis son enfance, un adorateur de Vol taire (1). )> En meme temps les loges maconniques italiennes n ont pas manque de r<pondre a 1 appel des loges franchises, et une depeche, re^ue de Rome par la Lanterne, annonce que des ceremonies auront lieu au Capitole, a 1 occasion du Centenaire de Voltaire, sur 1 invitation du Grand-Orient et de la Franc-Mac^onnerie d ltalie (2).

Mais ce qui me frappe plus encore, Messieurs, que les proportions demesurees qu on veut donner a cette apotheose, c est la pensee qui est la re"velee. On n en a pas fait mystere, on I a publie hautement : c est une grande manifestation contre la Religion.

Le pouvez-vous nier ? Lisez :

Les Droits de rHomme nous apprennent que cette idee de feter le Centenaire de Voltaire et de Rousseau leur est venue en se rappelant ce que fut Voltaire.

Voici leurs paroles :

Voltaire a manque de respect a toutes les choses etablics... II a ose regarder en face le Christ...

Cet homme a manque totalement de respect ; eh bien ! cet homme-la a droit a notre respect. C est a lui que nous devons Temancipation de riiomme, de toute espece de domination dogmatique, 1 affranchissement de la conscience individuelle ; c est pour cela que nous avons propose son Centenaire (3).

(1) La Lanterne, 17 avril 1878.

(2) Le Bien Public, 5 avril 1878.

(3) Tout cela fat dit dans un banquet, oil le vosu avait eto forme et proclame tfasseoir SUR LES RUINES DES AUTELS ET DKS

Est-ce assez clair? Voici qui ne 1 est pas moins :

Le Centenaire de Voltaire litterateur n aurait rien signifie du tout. Le Centenaire de celui qui a dit : ECRASONS L INFAME ! sera,au contraire, en ce temps de jesuitisme et de papelardise, UNE ECLATANTE MANI FESTATION.

Ainsi parle le Bien Public, dans son numero du 11 avrii 1878.

Que dit de son cote la declaration des Conseillers municipaux de 1876,, constitues en comite provisoire d initiative Internationale ? Pourquoi ce centenaire? C est pour feter, disent-ils, ^emancipation de 1 esprit humain de TCTJS LES DOGMES, de TOUTES LES TRADI TIONS.

Ce n est pas qu au fond du Centenaira il n y ait aussi une pensee de manifestation demagogique; je lis en effet, dans la meme declaration, qu il faut faire ce centenaire parce que Voltaire a combattu la su perstition et le fanatisme qui etaient les bases de tout FEtat politique, religieux, civil, economique et moral de son temps.

J.-J. Rousseau embarrasse bien un peu ces Mes sieurs, parce que Rousseau n etait pas athee ni materialiste. Mais enfin, ils lui pardonnent, parce que c est a lui que la revolution doit sa flamme sombre, sa resolution implacable, son fanatisme de vertu et de courage, SOD exaltation continue, LA PAS SION qui consumait et soutenait a la fois LES HOMMES

TRONES la federation des peuples libres pour la consecration des droits de 1 homme. Banquet d anniversaire des Droits de I homme, fevrier 1877.

DE LA CONVENTION ; parce que u c est un des precurseurs du SOCIALISME MODERNE.

Ainsi le SOCIALISMS,, la CONVENTION, voila ce que les membres du Gonseil municipal de Paris veulent exalter dans le Cerrtenaire de Rousseau.

C est dans la meme penseeradicale et demagogique que le Reveil ecrivait :

L admirable expansion revolutionnaire de 1789 a 1792, 1 abolition de tous les privileges, la destruction des ordres monastiques, la secularisation des biensde 1 Eglise, precedent en ligne directe de Voltaire et de cette pleiade de philosophies qu il serait injuste de ne pas comprendre dans le meme hommage : les Diderot, les Palembert,les d Holbach. Mirabeau, Condorcet, Vergniaud, Camille Desmoulins, Anacliarsis Glootz, CHAUMETTE, DANTON poursuivent cette grande oeuvre du dix-huitieme siecle.

Mais, on le voit, dans ce texte meme, la pensee antireligieuse, antichretienne, perce et dornine tout.

En voulez-vous d autres preuves, Messieurs?

Je lis dans Tappel que le Gomite, encourage par votre vote, vient d adresser a tous les Conseils generaux de France, ces paroles : C est SURTOUT Voltaire,

EMANCIPATEUR DE LA PENSEE HUMAINE, c est-a-dirc :

Voltaire ADVERSAIRE DU CHRISTIANISME que le Comite Central veut feter. C est Voltaire proclamant qu il faut ECRASER L INFAME.

Le contestez-vous? Je continue ma citation :

Le Comite Central a prepare une edition populaire, resume des ceuvres de Voltaire. Or, Messieurs, est-ce dans un but litteraire que le Gomite a prepare

cette Edition populaire? Non; e est dans un but de propagaade impie. Eeoutez encore le Comite :

L intention du Comite c est d opposer a la propagande des livres religieux la propaganda Voltairienne.

Le but litteraire, vous venez de le dire, ne signifierait rien ici. II n y a ici que Voltaire ennemi du Christianisme, qui ait une eclatante signification.

Ainsi, Messieurs, le Centenaire, auquel vous avez vote 10,000 francs, est un Centenaire de propagande antiehretienne.

Propagande immense, puisque ce livre, dit le Bien Public, doit etre tire a des centaines de mille d exemplaires... Et propagande aussi antichretienne que possible, puisque, dit tonjours le meme journal : Quand il y aura un Voltaire dans chaque famille, les eglises se videront (1).

Telle est donc^ Messieurs, lagraade pensee duGentenaire : VIDER LES EGLISES.

Pouvait-on avouer plus clairement la pensee de guerre et de propagande impie cachee dans le Gentenaire ?

Le meme aveu echappe , dans la joie que lui cause votre vote, a 1 organe le plus accredite et le plus antichretien delaMacounerie francaise^/e Monde Maconnique :Deja^ dit-il,un Iivreaet6 prepare ; il sera repanduti desmilher set des milliers d exemplaires, et portera lalumiere jusque dans les hour g tides ecartees, encore en proie a la superstition. En d autres termes : les eglises

(i) Le Bien public, 18 fevrier 1878*

se videront partout> comme disait le Bien Public; toules les BOURGADES, toutes les FAMILIES franchises deviendront Voltairiennes.

Et voila, Messieurs, la belle ceuvre a laquelle vous croyez pouvoir employer les fonds de la ville de Paris 1

Au reste, le Monde Maconnique parle ici comme le Comite central, et comme le Bien Public, et comme les Droits de FHomme. Les Droits de I Homme affirment que Voltaire ayant ose regarder en face le Christ, et lui faire la guerre, c est pour cela que 1 idee est venue de eelebrer son Centenaire ; le Bien public declare que ce n est pas Tbomme de lettres qu on veat eelebrer, mais celui qui a dit : tlcrasons 1 in fame! Le Comite central dit : Celui que nous glorifions, c est surtout Femancipateur de la pensee humaine. Le Monde Maconnique dit de meme :

a C est i apotre de la libre pensee. La libre pensee, pour le dire en passant, expression singuliere, Messieurs, car, les ve>ites religieuses, sachez-le, ne sont pas plus un obstacle a la pensee que les ve"rites scientifiques ; autrement il s ensuivrait que plus on est eclaire, moins on est libre. Mais ce que vous nommez la libre pensee est, dans votre langage, Tantitbese des croyances religieuses. Votre immense solennite n est done qu un immense defi, une odieuse provocation ; votre Centenaire apporte, au milieu des fetes pacifiques de 1 Exposition, un acte de guerre, et vous vous etes cru le droit, vous, Messieurs, d employer a cette guerre les finances municipales !

LaVoix des E coles, comme ilest naturel a desjeunes gens, parle avec une egale franchise :

Comme nous le disait V. Hugo, le Centenaire doit etre la glorification du xvui c siecle par le xix% et ce sera le devoir de la jeunesse qui pense hbrement et qui travaille, da s y associer. II est bon que cette jeu nesse des E coles laiques qui a son centre au Panthe"on, fasse cette manifestation de ses sentiments etde ses aspirations (1).

Votre Centenaire est si bien un acte de guerre antichretienne, que la Maconnerie, je vous le disais, s y est pr6cipite"e ; et qu a 1 exemple des loges franchises, les loges italiennes veulent, dans Rome, au Capitole, en face du Vatican, feteraussi a leur facon le grand ennemi du Christianisrne : Voltaire, Tintatigable chef de la grande croisade entreprise au xvme siecle centre la PapautS, disait ces joars-ci meme, le Dovere (27 aprile) ; Voltaire, auquel les macons italiens proposaient deja, en 1867, d elever une statue sur la place du Vatican, comme au Pontife de la raison et de la libre pensee (2).

Nous apprenons d ailleurs par le Leipziger Zeitung, qu*a Leipzig aussi, le Centenaire de Rousseau et de Voltaire sera celebre. Le discours principal sera prononce par M. le professeur Semmig.

La proposition elle-meme, vote par vous, quels en sont les considerants? Ce n est pas seulement a le nom de Voltaire que vous voulez glorifier, c est son

(1) 4 avril 1878.

(2) Lettre de M.

iiafonnique, citee par

J) Lettre de M. Felpo, venerable de la loge Pytagora au Monde fonnique, citee par I Unita Cattolica du fc mai t878.

ceuvre, dites-vous. Mais cette ceuvre, quelle est-elle, et qui rignore? C est la guerre au Christianisme. Et voila pourquoi vous voulez donner a ce Centenaire des proportions colossales, et en faire, comme dit k Monde Maconnigue, une immense solennite, et, selon ^expression merrie du rapporteur de la proposition votee par vous, une manifestation nationale ; et enfm une apotheose...

Soyez sinceres, Messieurs, s il s agissait d un genie tel que Bossuet, Gorneille on Racine, donneriez-vous a son Centenaire ces proportions inusitees? Non, sans aucun doute.

Le but du Comite auquel vous avez vot6 10,000 francs, votre but a vous, Messieurs, le but de tous les ennemis declares de la religion, bruyamment rallies a cette ceuvre, est done clair : c est une manifestation antichretienne que vous voulez : de la. ces proportions exceptionnelles, de la cette audace du Comite qui, encourage par votre vote, n apas craint de provoquer tous les Conseih generaux et municipaux de France.

Eh bien ! Messieurs, c est precisement parce qu on veut donner a ce Centenaire un tel caractere que. comme Conseillers municipaux de Paris, vous deviez vous abstenir; je vous le demontrerai.

Mais, ce n est pas tout, et vous me forcez a une autre demonstration. Oui,, puisque vous voulez faire au grand ennemi de la religion et de Jesus-Christ une apotheose, puisque, au pied de cette idole, vous pretendez amener la France entiere, vous me contraignez a le dire, votre idole est mal choisie. Oui, par trop de cotes, Thomme vous a fait ici defaut ; et si

1 ecrivain reste eelebre, les hontes mieux connues de I homme Tout trop deshonore devant la conscience et devant le patriotisme, pour qu une telle glorification soil possible.

On manque son but, Messieurs, quand on le de"passe. Non, Voltaire ne merite pas que vous trainiez Paris et la France a ses pieds. Ce que vous voulez faire depasse la mesure.

Et veuillez ne pas prendre ici ni donner le change. Ce n est pas moi qui vous attaque. G est vous qui nous provoquez, et nous ne faisons que nous defendre. Im possible que la bonne foi ne le reconnaisse pas : nous sommes ici dans le droit et le devoir d une legitime defense. Et si, pour moatrer jusqu ou s egare un enthousiasme emporte manifestement par i esprit sectaire, je suis oblige de dechirer les voiles et de inettre a nu votre idole, certes, le talent de 1 ecrivain, ce n est pas moi qui pour cela le mettrai en cause et blesserai en rien dejustes admirations. Mais il s agit moins de ses dons que de Fusage qu ii en a fait. Nous ne sommes plus, grace a Dieu, au xvm e siecle, et sa triste legerete n est pas la notre. Quels que soient les reproches que merite notre epoque, il y a une justice qu on peut en attendre; car le sens moral a grandi chez nous, la conscience publique s est elevee : c est a la conscience et au sens moral que je m adresse.

Eh bien 1 done, toutes les fascinations de 1 esprit mises a part, il s agit de savoir, au vrai, quel homme e" tait Voltaire, et s il merite cette apotheose, ou si la conscience publique n a pas ici a faire entendre contre lui des reprobations severes. II s agit d exa-

miner si son oeuvre et le caractere impie et provoca teur de ce Gentenaire ne devaient pas vous interdire a vous, Messieurs, de remettre Fargent de vos coneitoyens a un Comite qui a imagine cette insulte publique a la foi religieuse de la France.

Ce qui explique, je ne dis pas ce qui excuse votre conduite, mais ce qui Fex^lique, c est ce qu ecrivait un litterateur, partisan d ailleurs. a un autre point de vue, de votro manifestation, dans un certain article, ou parl ant de Voltaire et de Rousseau : Ces e"crivaius, disait-il, sont tres-celebres, mais TRES-INCONNUS DANS LEUR PROPRE PAYS, oil Ton admire de confiance, et ou I ignorance, jusqu ici, a toujours et6 si obligatoire et si couteuse.

La Vie Litteraire a raison : non, Messieurs, vous ne connaissez bien ni Rousseau, ni Voltaire. Je vais vous les faire mieux connaitre, c est mon premier devoir. Mais d abord, ils vont se faire connaitre eux-memes, et vous les connaitrez avant tout 1 un par Fautre.

Veuillez bienl entendre, Messieurs : il ne s agit ici, en aucune fa^on, de politique ; ce que je fais, sous tons les regimes je le ferais. Vous outragez la reli gion et les cbretiens : je suis eveque, je les defends.

Veuillez agrger, Messieurs, Fhommage des senti ments que j ai Fhonneur de vous offrir.

f F., Eveque d Orleans.

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