‹ Premieres lettres sur le centenaire de VoltaireChapitre 2 sur 17 · VOLTAIRE ET ROUSSEAU · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET ROUSSEAU

MESSIEURS

Vous avez eu d abord le dessein d associer dans la meme manifestation Rationale et la meme apoth^ose, n Voltaire et Rousseau. Mais y avez-vous bien pense? Ignorez-vous done ce que ces deux homines furent Tun pour 1 autre, ce qu ils ont dit Tun de 1 auire, ce qu ils ont fait pour se deshonorer Tun 1 autre. Jamais le me"pris et la haine n ont ete pousses plus loin. Jamais ennemi .furieux n epuisa a ce degre le vocabulaire des injures les plus odieuses et les plus atroces pour accabler un ennemi mortel.

Assuremeut, les plus 6tonnes de se trouver ains i rapproches et reunis dans une commune fete, ce seraient ces deux homines eux-memes.

Si le peuple etait eclaire sur ce que vous voulez faire, il trouverait avec raison dans son bon sens, et avec indignation dans son honneur, que vous iui preparez une derision amere, une moquerie qui passe

la permission. Mais je n en doute pas, vous ne connaissez bien ni Tun ni 1 autre de ces deux hommes; et si cette ignorance vous fait un certain bonneur, ce que, dans I entrainement de votre haine contre le Christianisme, vous-avez decide avec une legerete inconcevable, ne peut vous en faire aucun.

Jugez-en vous-memes ; et d abord ecoutez Rous seau sur Voltaire :

Vous me parlez de ce Voltaire, ecrit Rousseau a M. de Moultou. Pourquoi le nom de ce baladin souillet-il vos lettres?... JE LE HAIRAIS DAVANTAGE, si JE LE MEPRISAIS MOIN?.... Je ne vois dans ses grands ta lents qu un opprobre de plus qui le desbonore par Findigne usage qu il en fait... Ses talents ne lui servent, ainst queues richesses, qu a nourrir LA DEPRAVA TION DE SON CCEUR (1).

Je lui ai ecrit une fois que je le haissais, et je lui en ai dit les raisons. II ne m a pas ecrit la meme cbose, mais il me Ta fait viveinent sentir.

Et en effet, Voltaire lui-meme cite de Rousseau la lettre suivaute :

Je ne vous aime point, Monsieur; vous m avez fait les maux qui pourraient m etre les plus sensibles... Vous avez aliene de moi mes concitoyens... G est vous qui me rendez le sejour de mon pays insuppor table... C est vous qui me ferez mourir en terre e"trangere... Je vous HAIS enfin, parce que vous 1 avez voulu (2).

Jean-Jacques ha issait done et m6prisait Voltaire ; il meprisait L HOMME, le baladin, le cceur deprave ; ou, comme il dit encore, Thomme a I dme vile et basse.

(1) Correspondance, lettre du 29 Janvier 1760.

(2) Lettre du 17 juin 1760,

Ainsi done, la satire, le noir mensonge et les libelles sont devenus les armes de M. de Voltaire... Ce fanfar on d impiete, ce heau genie et CETTE AME BASSE ; cet homme si grand par ses talents et si VIL par leur usage, nous laissera de longs et cruels souvenirs de son sejour parmi nous. La mine des moeurs, la perte de la liberle, qui en est la suite inevitable, seront, chez nos neveux, les monuments de sa gloire et de notre reconnaissance. S il reste dans leur coeur quelque amour de la patrie, Us deiesteront sa memoire et il en sera plus maudit qu^ admire (1).

Et voici le portrait que Rousseau faisait de Voltaire & Stanislas, roi de Pologne, et comment il fletrissait ses hypocrisies et ses lachetes.

Couvrir sa mechancete du dangereux manteau de rhypocrisie, ce n est pas honorer la vertu, c est Foutrager en profanant ses enseignes ; c est ajouter la lachete et la fourberie a tonis les autres vices. II y a des caracteres eleves qui portent dans le crime je ne sais quoi de fier et de genereux, qui laissent voir au dedans encore quelque etincelle de ce feu celeste, fait pour ranimer les belles ames ; mais Fame vile et rampante de 1 hypocrite est semblable a un cadavre, ou 1 on ne trouve plus ni feu, ni chaleur, ni ressource a la vie (2).

Et si Rousseau execrait et meprisait a ce point rkomme dans Voltaire, il ne meprisait pas moins le philosophe,lisez, Messieurs, ce passage des Confessions :

Frappe de voir ce pauvre homme, accable, pour ainsi dire, de prosperiteset de gloire, declamer toutefois amerement centre les miseres de cette vie, et

(1) Lettre an pasteur Vernet, du 29 novembre 1760. ( 2) Reponse au roi de Pologne,

trouvor ton jours que tout etait. mal, je formai V intense projet de de faire renfrer en lai-meme et cle iui pmuver que tout ctait b:en. VnHaire, ^n paraissant toujours croire en Dieu, n a reellerneut jamai* cm qu au diablv puisque son Dieu pretend u n est qu uu etre malfaisant qui, selen Iui, ne prend de plaisir qu a nuire. L absurdit6 cle cette doctrine, qui saute aux y ux, est surtout revoltante dans nil hornme comble des hiens rle toute espece, qui, du sein du bonheur, cberche a desesperer ses semblables par i image affreuse et cruelle de toutes les calamites dont il est exempt. Autorise pins que Iui a compter et peser tous les maux de la vie humaine, j en fis l equital)le examen et je Jui prouvai gue de tous ces maux il n y en avait pas un dont la Providence ne flit disculpee et qui n*eut sa source dans Tabus que 1 homme a fait de ses facultes plus que dans la nature elle-merue (1).

Pour toute reponse a Tecrit de Jean-Jacques, Vol taire ricana :

Vous etes surpris que ma lettre sur la Providence n ait pas empeche Candide de naitre. C est elle,, au contraire, qui Iui a donne naissance ; Candide en est la reponse. L auteur m en fit une de plus de deux pages dans laquelle il battait la campagne, et Candide parut sixmois apres. JE VOULAIS PHILOSOPHER avec Iui, en reponse il m a PERSIFFLE.

Rousseau continue et nous apprend que tout ce que pouvait Voltaire pour desbonorer Rousseau, il le faisait :

... Voltaire a fait imprimer et traduire ici(Londres) par ses amis une lettre adressee a moi, ou I arrogance et la brutalite sont portees a leur comble et ou il s ap-

(l)Liv. IX,

plique, avecune noirceur infernale, a m attirer la haine de Ja nation. Heureusement la sienne est si maladroite, il a trouve le secret d oter si bien tout credit a ce qu H peut dire, que cet ecrit ne sert qu a augmeoter le mepris que Ton a ici pour lui. La sotte hau teur que ce pauvre homme affecte est un ridicule qui va toujours augmentant .

IL CROIT FAIRE LE PRINCE, ET NE FAIT QUE LE CROCHE- TEUR. iL EST SI BETE Qu lL NE FAIT QU APPRENDRE A TOUT LE MONDE COMBIEN IL SE TOURMENTE DE MOI (1).

Ainsi done, selon Jean-Jacques, Voltaire n est qu un baladin, une dme dcpravee, une dme basse, un polichinelle (2) ; un corrompu et un corrupteur, un homme vil par 1 u sage qu il a fait de ses talents; Idche et fourbe, couvrant sa mechancete du dangereux manleau de I hypocnsie ; un triste philosophe qui persiffle uu lieu de philosopher ; aussi Jean-Jacques le deteste et le meprise ; et il declare que ses compatriotes doivent detester sa memoir e et LE MAUDIRE.

Et il disait a Brossette :

Quant a ce qu il vous plait de mettre M. de Vol taire et moi SUR LE MEME TRdNE. je vous avoue que je sens quelque peine a DESGENDRE si BAS (3).

Voila, Messieurs, ce que Rousseau pensait de Voltaire.

Voyons maintenant comment Voltaire jugeait Jean- Jacques :

Je voudrais que Rousseau ne fut pas tout a lait fou,

(1) Lettre a M. d lvernois, 31 mai 1766.

(2) Lettre a la Marechale de Luxembourg, 21 juillet 1762.

(3) La Harpe : Cows de literature, 3 e partie, t. I, sect, n,

mais il Test. II m a e"crit une lettre pour Jaquelle il faut I* baigner, et lui donner des bouillons rafraichissants (1).

Votre petit ecervele de Jean- Jacques... Le pauvre diable nst petri d orgueil, d envie, d inconsequences, de contradictions et de rnisere (2).

Mon cher frere avail hi en raison de me dire que Jeau-J.icqups... e"tait Fopprobre du parti. Je prie mem cher frere de me mand^r s ll a regu le paquet du medecin anglais. Le medecin aur.iit du faire I operation de la Irai.sfiision a Jean-Jacques, et lui mettre d autre sanj< dans les veines; CELUT QU IL A EST COMPOS^ DE VI TRIOL ET D ARSENIC. Je le crois un des plus malheureux honimes qui soient au monde, parce quil est un des plus me" chunts (3)...

Ailleurs il 1 appelle UN MAGOT AMBULANT;., boursoutle d orgueil, UN IGNOBLE BABOUIN.

Jean-Jac.quess est bien fait voirce qu il est, un fou, et un viiain fou, dangereux et mediant, ne croyant a la vertu de person ne, parce qu ii n en trouve [>as le sentiment au fond de son cceur; sentiment que Voltaire trouvait sans doute, au fond du sien malgre ie beau pathos avec lequel il en fait sonner le nom; ingrat, et, qui pis est, ha issaut ?es bienfaiteurs (c est de quoi il est convenu plusieurs fois lui-meme), et ne cherchant qu uu pretexte pour se brouiller avec eux, atin d etre dispense de la reconnaissance (4).

Tous les honnetes gens de Geneve reg ardent Jean- Jacques comme un monstre; pour moi, je ne le regarde que comme un fou ; je le crois malkeureux a proportion

(1) Lettre a d Alembert, 23 juin 1760.

(2) Aumeme, 16 juillet 1764.

(3) Lettre a Damilaville, 31 decembre 1764

(4) Lettre a d Alembert, 11 aout 1766.

de son orgueil, c est-a-dire qu il est I homme du monde le plus a plaindre (1).

Rousseau n est qu un fou et im plat monstre d orgueil (2).

On a pitie d un fou, dit-il ensnite, en parlant de Jean-Jacques, mais quand la demence devient fureur, on le lie...

Uoe folie qui blaspheme, pent-elle avoir d autre medecin que la meoie main qui a fait justice de ses autres scandales (3)...

Est-ce un savant qui dispute contre des savants? Non, c est Tauteur d un opera et de deux comedies sifflees! Est-ce un homme de bien, qni, trompe par un faux zele, fait des reproches indireots a des hommes vertueux? Nous avouons avec douleur et en rougissant que c est un homme qui porte encore les marques funestes de ses debauches, et qui, dpguise en saltimbanque, traine avec lui de village en village, et de inontagne en montagne, LA MALHEUREUSE DONT il fit mourir la mere, et dont il a expose les enfants a la porte d un hopital, en rejetant les soins qu une personne charitable voulait avoir d eux, et en abjurant tous les sentiments de la nature, comine il depouille ceux de riiormeur et de la religion (4).

GET INFAME JEAN-JACQUES EST LE JUDAS DE LA CON- FRERIE PHILOSOPHIQUE...

Quand on a donne des eloges a ce polisson, c est alors qu on offrait une chandelleau diable (5).

Le polissou, le polisson, s il vient au pays, je le

(1) Lettre a Damilaville, il fevrier 1765.

(2) Lettre a d Alembert, 7 aout 1766.

(3) Sentiments des citoyens, p. 77, t. LXfl, edition Beuchot.

(4) Ibid., p. 81.

(5) A d Alembert, 28 aout 1765.

ierai inettre dans un tonneau avec la moitie" d un manteau sur son vilain petit corps a bonnes for tunes (1).

Ah ! le faquin ! ah! le petit polissonl ah! le petit singe ! il me payera c,a si je retrouve ce charlatan, ce tonneau de vinaigre, oil se trouve a peine melange un filet d esprit de vin.

C est UN PETIT STNGE fort bon a enchainer ET A MON-

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