‹ Premieres lettres sur le centenaire de VoltaireChapitre 8 sur 17 · DE LA POLISSONNERIE · texte numérisé non relu

DE LA POLISSONNERIE

(1) Correspondance.

(2) Chateaubriand, Melanges iitte raires, edit. Pourrat, t. VIII, p. 223.

(3) Retue des Deux Mondes, l er mai 1864; i r novembre 1865. Preface du livre publi^ par le D Kuenen.

Xemoignage de M. TAITOE s

M. Taine, dans un livre (Tune etude tres-approfondie sur la Revolution, et au milieu de la plus brillante appreciation de Voltaire, ne peut s empecher d en ecrire:

... Magicien impatient qui, en un clin d oeil, fait le tonr du monde, et qui, enehevetrant coup snr coup 1 lristoire, la fable, la verite, la fantaisie, le temps present, le temps passe, encartre son oeuvre tan tot dans une parade aussi saugrenue que eel les de la foirc, tantot dans une feerie plus magnifique que toutes celles de TOpera. Amuser, s amuser... voila son premier instinct.

A chaque pas-e, tantot avec un mouvement rude de naturaliste hardi. tantot avec un geste preste DE SINGE POLISSON, Voltaire ecarte la draperie serieuse ou solennelle, et nous montre Fhomme, pauvre bimane, dansquelles attitudes (1) !

T6moignage de M. HE^IRI MARTIM.

Apres avoir demontre sa pauvrcte scientifique, M. Henri Martin, analysant, dans son Histoire de France, les ecrits philosophiques de Voltaire, et mettant en relief ce double signe d un esprit absolument antipailosophique, la confusion des idees et Tadmission simultanee d idees contradictoires, exciusives les unes des autres, s exprime aiosi sur la pauvrete philosophique de cet homme :

Voltaire etait encore moins propre a devenir un grand metaphysicien qu un grand physiciea... II

(1) Le? Origines de la France contemnoraine. par H. Taine, p. 345 et 347.

s enfonce de plus en plus dans les inconsequences d un systeme foztordquiassocieillogiquement le materialisms au deisme.

Le meme critique signale encore dans Voltaire :

Des a pen pres eblouissants, des improprietes sonores... Tabus de la periphrase deguisant mai le relachement de la pensee et du style ;

En philosophic, des propositions dangereuses a donner le vertige, et plus incomprehensibles que les mysteres les plus estranges d aucune religion posi tive.

Et surtout, ce que M. Henri Martin appelle son honteux chef-d oeuvre et la tache vraiment ineff arable de sa vie, dans cet abominable poe me, ou il Taccuse d avoir joue avec ce qu il y a de plus sacre, avec / ideal vivant de la nationalite.

Etenfin, pour son Essai sur les Mceurs, M. Henri Martin eleve coiitreluMa plus grave des accusations; car il ecrit : C EST L AME DES CHOSES, si Ton peut dire,

QU lL MECONNAIT (1).

Temoignage de M. Ed.

II fallait qu au xvin e siecle, le mepris du passe fut pousse bien loin pour que Voltaire put prendre pour heroine d un poe me infame Jeanne d Arc, avec Tinten tion de la deshonorer...

Supposez qu aujourd hui on osat s attaquer a une vertu aussi pure, fut-on le plus grand poete de France, on tomberait sous le m6pris public (2).

(1) Tome XV, pages 371, 382, 388, 391, 403.

(2) Cours professe au College de France, d<cembre 1866 (Revue des court litteraires, t, XV, p. 36),

Temoignage de M. SAIHIXE-BEUVE

Ce n etait pas un DEMOCRATE que Voltaire, et il n est pas mauvais de le rappeler a ceux QUI, DE LOIN ET POURLE BESOIN DE LEURS SYSTEMEs,veulent nous donner un Voltaire accommode a la Jean-Jacques. Quand on aime a eludier les hommes et a les voir tels qu ils sont, on ne saurait s accoutumer a ces STATUES SYM- BOLIQUES dont on menace de faire les IDOLES DE L AVENIR...

Voltaire s est peint a nous:

Toujours un pied dans le cercueil, De 1 autre faisant des gambades.

Cette bouffonnerie, qui ira en angmentant aveo 1 age, degenere vite en laideur (1)...

LA YIE DE VOLTAIRE EST UNE COMEDIE : La correspondance avec d Alembert nous en fait voir les coulisses et le fond .

... Toute cette correspondence est LAIDE ; die sent la secle et lecomplot, la confrerieet la societe secrete.

De quelque point de vue qu on 1 envisage, ELLE NE FAIT POINT HONNEUR a des hommes qui erigent LE MENSONGE EN PRINCIPE, et qui partent du mepris de leurs semblables comme de la premiere condition pour les eclairer : Eclairez et meprisez le genre humain! Triste mot d ordre. Marchez toujoars ricanant, mes Freres, dans le chemin de la verite : c est le refrain perpetuel...

Jamais esprit ne s est transforme plus habilement et ne s est retournc plus vite, a vue d osil SELON SON

Page 1