XXVIII DES DESTINÉES
visions, il n'est plus là pour recevoir le démenti de la destinée, il est couché dans sa nuit et dans son silence, il dort son sommeil; et d'autres générations écrivent sur sa poussière d'autres rêves aussi vains, aussi fugitifs que les siens! Religion, politique, philosophie, systèmes, l'homme a prononcé sur tout, il s'est trompé sur tout; il a cru tout définitif, et tout s'est modifié; tout immortel, et tout a péri; tout véritable, et tout a menti! — Mais ne parlons que de poésie.
Je me sou\iens qu'à mon entrée dans le monde il n'y avait qu'une voix sur l'irrémédiable décadence, sur la mort accomplie et déjà froide de cette mystérieuse faculté de l'esprit humain. C'était l'époque de l'Empire; c'était l'heure de l'incarnation de la philosophie matérialiste du dix-huitième siècle dans le gouvernement et dans les mœurs. Tous ces hommes géométriques qui seuls avaient alors la parole et qui nous écrasaient, nous autres jeunes hommes, sous l'insolente tyrannie de leur triomphe, croyaient avoir desséché pour toujours en nous ce qu'ils étaient parvenus en effet à flétrir et à tuer en eux, toute lajartie. morale, divine, mélodieuse, de la pensée humaine. Rien ne peut peindre, à ceux qui ne l'ont pas subie, l'orgueilleuse stérilité de cette époque. C'était le sourire satanique d'un génie infernal quand il est parvenu à dégrader une génération tout entière, à déraciner tout un enthousiasme national, à tuer une vertu dans le monde; ces hommes avaient le même sentiment de triomphante impuissance dans le cœur et sur les lèvres, quand ils nous disaient: « Amour, philosophie, religion, enthousiasme, liberté, poésie; néant que tout cela! Calcul et force, chiffre et sabre, tout est là. Nous ne croyons que ce qui se prouve, nous ne sentons que ce qui se touche ; la