‹ Premières méditations poétiquesChapitre 48 sur 109 · LX DES DESTINÉES · texte numérisé non relu

LX DES DESTINÉES

que j'ai entendu chanter souvent aux femmes d'Amalfi en revenant de la fontaine. Je l'ai traduit autrefois en vers, et ces vers me semblent s'appliquer si bien au sujet que je traite, que je ne puis me refuser à les insérer ici. C'est une femme qui parle:

Quand, assise à douze ans à l'angle du verger, Sous les citrons en fleur ou les amandiers roses, Le souffle du printemps sortait de toutes choses, Et faisait sur mon cou mes boucles voltiger, Une voix me parlait, si douce au fond de l'âme, Qu'un frisson de plaisir en courait sur ma peau. Ce n'était pas le vent, la cloche, le pipeau, Ce n'était nulle voix d'enfant, d'homme ou de femme.

C'était vous, c'était vous, ô mon Ange gardien, C'était vous dont le cœur déjà parlait au mien!

Quand, plus tard, mon fiancé venait de me quitter,

Après des soirs d'amour au pied du sycomore.

Quand son dernier baiser retentissait encore

Au cœur qui sous sa main venait de palpiter,

La même voix tintait longtemps dans mes oreilles,

Et sortant de mon cœur m'entretenait tout bas.

Ce n'était pas sa voix ni le bruit de ses pas.

Ni l'écho des amants qui chantaient sous les treilles:

C'était vous, c'était vous, ô mon Ange gardien. C'était vous dont le cœur parlait encore au mien!

Quand, jeune et déjà mère, autour de mon foyer J'assemblais tous les biens que le ciel nous prodigue. Qu'à ma porte un figuier laissait tomber sa figue Aux mains de mes garçons qui le faisaient ployer, Une voix s'élevait de mon sein tendre et vague. Ce n'était pas le chant du coq ou de l'oiseau, Ni des souffles d'enfants dormant dans leur berceau. Ni la voix des pêcheurs qui chantaient sur la vague;

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