LE GOLFE DE BAIA
Le sein des fleurs demi-fermées S'ouvre, et de vapeurs embaumées En ce moment remplit les airs; Et du soir la brise légère Des plus doux parfums de la terre A son tour embaume les mers.
Quels chants sur ces flots retentissent? Quels chants éclatent sur ces bords?
De ces doux concerts qui s'unissent L'écho prolonge les accords.
N'osant se fier aux étoiles, Le pêcheur, repliant ses voiles, Salue, en chantant, son séjour; Tandis qu'une folle jeunesse Pousse au ciel des cris d'allégresse, Et fête son heureux retour.
Mais déjà l'ombre plus épaisse Tombe, et brunit les vastes mers; Le bord s'efface, le bruit cesse, Le silence occupe les airs.
C'est l'heure où la Mélancolie S'assied pensive et recueillie Aux bords silencieux des mers.
Et, méditant sur les ruines, Contemple au penchant des collines Ce palais, ces temples déserts.
0 de la liberté vieille et sainte patrie! Terre autrefois féconde en sublimes vertus,
Sous d'indignes Césars^ maintenant asservie, Ton empire est tombé, tes héros ne sont plus!
Mais dans ton sein l'âme agrandie Croit sur leurs monuments respirer leur génie, Comme on respire encor dans un temple aboli La majesté du dieu dont il était rempli. Mais n'interrogeons pas vos cendres généreuses. Vieux Romains, fiers Gâtons, mânes des deux Brutus! Allons redemander à ces murs abattus Des souvenirs plus doux, des ombres plus heureuses.
Horace, dans ce frais séjour,
Dans une retraite embellie
Par le plaisir et le génie,
Fuyait les pompes de la cour;
Properce y visitait Cyntliie,
Et sous les regards de Délie Tibulle y modulait les soupirs de l'amour. Plus loin, voici l'asile oii vint chanter le Tasse, Quand, victime à la fois du génie et du sort, Errant dans l'univers, sans refuge et sans port, La pitié recueillit son illustre disgrâce. Non loin des mêmes bords, plus tard il vint mourir; La gloire l'appelait, il arrive, il succombe: La palme qui l'attend devant lui semble fuir, Et son laurier tardif n'ombrage que sa tombe.
Colline de Baïa! poétique séjour!
Voluptueux vallon qu'habita tour à tour
^ Ceci était écrit en 1813.