‹ Premières méditations poétiquesChapitre 84 sur 109 · LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE

Avançons. Aucun bruit n'a frappé mon oreille;

Le parvis frémit seul sous mes pas mesurés:

Du sanctuaire enfin j'ai franchi les degrés.

Murs sacrés, saints autels! je suis seul, et mon âme

Peut verser devant vous ses douleurs et sa flamme,

Et confier au ciel des accents ignorés.

Que lui seul connaîtra, que vous seuls entendrez.

Mais quoi! de ces autels j'ose approcher sans crainte!

J'ose apporter, grand Dieu, dans cette auguste enceinte

Un cœur encor brûlant de douleur et d'amour!

Et je ne tremble pas que ta majesté sainte

Ne venge le respect qu'on doit à son séjour!

Non, je n« rougis plus du feu qui me consume:

L'amour est innocent quand la vertu l'allume.

Aussi pur que l'objet à qui je l'ai juré.

Le mien brûle mon cœur, mais c'est d'un feu sacré;

La constance l'honore et le malheur l'épure.

Je l'ai dit à la terre, à toute la nature;

Devant tes saints autels je l'ai dit sans effroi:

J'oserais, Dieu puissant, la nommer devant toi.

Oui, malgré la terreur que ton temple m'inspire,

Ma bouche a murmuré tout bas le nom d'Elvire;

Et ce nom répété de tombeaux en tombeaux.

Comme l'accent plaintif d'une ombre qui soupire,

De l'enceinte funèbre a troublé le repos.

Adieu, froids monuments! adieu, saintes demeures! Deux fois l'écho nocturne a répété les heures. Depuis que devant vous mes larihes ont coulé: Le ciel a vu ces pleurs, et je sors consolé.

Peut-être au même instant, sur un autre rivage, Elvire veille aussi, seule avec mon image, Et dans un temple obscur, les yeux baignés de pleurs, Vient aux autels déserts confier ses douleurs.

COMMENTAIRE

Cette méditation n'est qu'un cri de l'âme jeté devant Dieu dans une petite église de village, où j'aperçus un soir la lueur d'une lampe, et oîi j'entrai, plem de !a pensée qui me poursuivait paitout. Une image se plaçait toujours entre Dieu et moi: j'éprouvai le besoin de la consacrer. En sortant de ce recueillement dans ces murs humides de soupirs, j'écrivis cette méditation. Elle était beaucoup plus longue: j'en retranchai la moitié à l'impression. La piété amoureuse a deux pudeurs: celle de l'amour et celle de la religion. Je n'osai pas les profaner.

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