‹ Premières méditations poétiquesChapitre 85 sur 109 · FRAGMENT D'ÉGLOGUE MARINE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'ÉGLOGUE MARINE

C'était l'heure chantante où, plus doux que l'aurore, Le jour en expirant semble sourire encore Et laisse le zéphyr dormant sous les rameaux En descendre avec l'ombre et flotter sur les eaux: La cloche dans la tour, lentement ébranlée. Roulait ses longs soupirs de vallée en vallée, Comme une voix du soir qui, mourant sur les flots. Rappelle avant la nuit la nature au repos. Les villageois, épars autour de leurs chaumières, Cadençaient à ses sons leurs rustiques prières. Rallumaient en chantant la flamme des foyers, Suspendaient les filets aux troncs des peupliers. Ou, déliant le joug de leurs taureaux superbes, Répandaient devant eux l'or savoureux des gerbes; Puis, assis en silence au seuil de leurs séjours, Attendaient le sommeil, ce doux prix de leurs jours. Deux enfants du hameau, l'un pasteur du bocage. L'autre jeune pêcheur de l'orageuse plage. Consacrant à l'amour l'heure oisive du soir, A l'ombre du même arbre étaient venus s'asseoir;

Là, pour goûter le frais au pied du sycomore,

Chacun avait conduit la vierge qu'il adore:

Néaere et Nseala, deux jeunes sœurs, deux lis

Que sur la même tige un seul souffle a cueillis.

Les deux amants, couchés aux genoux des bergères,

Les regardaient tresser les tiges des fougères.

Un tertre de gazon, d'anémones semé.

Étendait sous la pente un tapis parfumé;

La mer le caressait de ses vagues plaintives;

Douze chênes, courbant leurs vieux troncs sur ses rives,

Ne laissaient sous leur feuille entrevoir qu'à demi

Le bleu du firmament dans son flot endormi.

Un arbre dont la vigne enlaçait le feuillage

Leur versait la fraîcheur de son mobile ombrage;

Et non loin derrière eux, dans un champ déjà mûr,

Où le pampre et l'érable entrelaçaient leur mur,

Ils entendaient le bruit de la brise inégale

Tomber, se relever, gémir par intervalle,

Et, ranimant les airs par le jour assoupis,

Glisser en bruissant entre l'or des épis.

Ils disputaient entre eux des doux soins de leur vie; Chacun trouvait son sort le plus digne d'envie: L'humble berger vantait les doux soins des troupeaux, Le pêcheur sa nacelle et le charme des eaux; Quand un vieillard leur dit, avec un doux sourire: < Chantez ce que les champs ou l'onde vous inspire! Chantez! Celui des deux dont la touchante voix Saura mieux faire aimer les vagues ou les bois. Des mains de la maîtresse à qui sa voix est chère Recevra le doux prix de ses accords: Néaere,

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