‹ Premières notions d'ethnographie généraleChapitre 3 sur 22 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

IAI80HNEI1VE FRfiBES ii CH. LECIEBC, ÉDITEUR

LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ d'CTHNOGRAPRIE 25, QUAI VOLTAIRE, 25

CONSIDÉRATIOINS PRÉLIMINAIRES

O L'Ethnographie est l'étude des Sociétés hutnaines et de la Civilisation.

Les sociétés humaines, considérées dans leur ensemble, constituent V Humanité.

L'humanité se transforme sans cesse ; elle passe de Tétat inculte à Tétat policé ; sa marche ascendante et civilisatrice s'appelle le Progrès.

D'un ordre essentiellement généralisateur, l'Ethnographie prétend, comme le faisait naguère la philosophie, résulter delà synthèse

Eth.nOjRAphie généiule M O^OOft ^

2 CONSIDERATIONS PEKLIMINAIHES

de toutes les sciences qui ont pour but de rechercher la mission de l'homme et ses destinées.

L'humanité peut être considérée : 1" dans ses rapports avec Tunivers ; 2° dans ses éléments, dontletyperudimentaireestrindividu; 3" dans ses divers groupements et dans son ensemble.

L'humanité existe en face de l'univers dont elle fait partie. L'ethnographie examine, en conséquence, les découvertes cosmologiques de nature à projeter quelque lumière sur la place qu'occupe celte humanité dans le sein de la création.

L'humanité a, pour formule analytique, r//omme considéré isolément. L'ethnographie étudie, en conséquence, l'homme individuel, dans ses deux manifestations constitutives et essentielles : la manifestation matérielle ou somatologique [Anthropologie)^ et la manifestation morale et intellectuelle [Psychologie). L'étude du langage [Linguistique), qui re,vèle à la fois l'homme par une des productions les plus importantes de son intelligence et par un des effets les plus remarquables de son organisme , sert de trait d'union entre son étude anatomique et son étude psycologique.

L'humanité a pour formule synthétique Tensemble des Sociétés humaines. L^Ethnographie recherche, en conséquence, les analogies et les dissemblances qui se remarquent entre les divers groupes d'hommes, et se préoccupe des variétés à' aptitudes qui résultent des conditions de vie et des climats sous lesquels les circonstances les ont amenés à s'établir. Ces conditions s'appellent conditions de milieux. L'influence des milieux modifie plus ou moins profondément les caractères des sociétés humaines; cette influence est l'objet d'une étude spéciale [Ethnologie),

Sous l'influence des milieux où elles se sont développées, les Sociétés humaine^ s'organisent d'une façon plus ou moins parfaite, plus ou moins raffinée, suivant la puissance civilisatrice qu'elles ont su acquérir, et se constituent successivement en hordes, en tribus, en peuples, en nations et en nationalités. Elles arrivent, de la sorte, à présenter des caractères distinctifs qu'il est utile d'enregistrer [Ethnographie descriptive).

L'ethnographe est naturellement porté à rechercher quelle a été l'origine de chacun des groupes de l'humanité [Ethnogénie), Il essaie, en conséquence, de déterminer quelles ont été les conditions premières d'existence de

4 CONSIDKRATIONS PRFXIMINAIRES

ces groupes de rhumanité ; et, en s'appuyant sur les révélations des sciences préhistoriques [Paléontologie et Archéologie)^ il cherche à esquisser la condition originaire des différentes sociétés humaines.

Les découvertes contemporaines relatives aux âges antérieurs à l'histoire, découvertes qui, par leur nombre et leur importance, ont jeté les fondements d'une science nouvelle, et qui, par la gravité de leurs conséquences, constituent en quelque sorte une révélation de nature à modifier la plupart des appréciations antérieures sur le point de départ et la fin de l'homme ; ces découvertes, enfin, qui renversent une foule de dogmes scientifiques, tels que ceux de l'invariabilité des espèces, de la momentanéité de la création, viennent au contraire ouvrir à l'ethnographe une carrière où l'on peut déjà pressentir scientifiquement * l'unité essentielle, nécessaire des lois constitutives de l'univers.

1. Ces deux mots « pressentir seieDtifiquement » semblent se contredire l'un l'autre. Cette contradiction apparente no tarde pas & s'effacer, lorsqu'on réfléchit sur le véritable caractère et sur la portée du pressentiment qui se produit dans la période qui précède immédiatement et en quelque sorte instantanément le travail de la raison. (Voyez, sur ce grave problème de philosophie et sur les conditions d*êtro du critérium scientifique, ma brochure intitulée : La Méthode consçîentielle. Paris, 1879, io-8.)

Les sociétés humaines se développent au travers des âges anté-historiques ; et, peu à peu, ces âges tendent à pénétrer dans le domaine de rhistoire. Puis l'humanité s'affermit par des monuments de Tart de plus en plus parfaits, et par les premières applications du langage écrit. Les peuples gravent sur la pierre ou sur l'airain les titres qui doivent un jour leur servir à réclamer leur autonomie ; et ces titres, qui grandissent avec la naissance dos littératures, viennent enfin couronner leurs efforts et les élever au rang de nations et àQ nationalités.

L'esprit humain marche de conquête en conquête. Tandis que nos aïeux de l'âge de pierre avaient à vaincre les forces vives de la nature et à se débattre avec elles pour sauvegarder leur existence, les nations modernes ont à lutter avec les incertitudes encore si profondes de la science expérimentale et de la raison, pour triompher des obstacles qui empêchent la fraternisation universelle des peuples \ le développement continu du progrès et la marche directe de l'homme et de la nature entière vers le terme encore in-

1. C'est à ce résultat que, suivant Alexandre de Humbnldt {Cosmos^ p. 367), doivent tendre les efforts de la science.

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