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amené à des résultats analogues; et j'ai eu l'occasion de constater, sur une double série de Français et de Japonais, hommes et femmes, une décroissance dont la situation sociale et le caractère moral des individus paraissent fournir une explication au moins assez vraisemblable.
Les expériences dont il vient d'être question sont remarquables à plus d'un égard : les incertitudes qu'elles présentent sont néanmoins trop nombreuses pour qu'il soit possible d'établir sur elles les bases d'une classification anthropologique rigoureuse. Les Australiens, placés au bas de l'échelle des capacités crâniennes, sont, il est vrai, de race inférieure; et les nations européennes,' placées, pour la plupart, au haut de cette échelle, ont suffisamment prouvé leur supériorité. Si cependant on poursuit encore plus loin les investigations de ce genre, on trouve qu'audessus de la capacité crânienne moyenne de notre race, au-dessus même des hommes les plus éminents qu'elle a produits, au-dessus de Cuvier, de Schiller et de Napoléon par exemple, se trouvent placés les fous et les hallucinés. On a dit, il est vrai, que le génie était souvent très voisin de la folie, aux premières limites de laquelle il avait eu seule-
ment le mérite de s'arrêter. Mais alors comment se fait-il que tant d'autres hommes de génie aient une capacité crânienne tellement faible qu'ils se rapprochent à cet égard, des Papous et des singes anthropomorphes ?
Voici, suivant moi, l'explication de ces singulières anomalies, dont le nombre s'accroîtra certainement avec les expériences nouvelles des anthropologistes. Le degré d'intelligence, de supériorité intellectuelle des individus n'est point en raison seulement de la capacité des crânes, ni du poids du cerveau ; il résulte surtout de la qualité^ de la parfaite économie à^^ éléments constitutifs de ce même cerveau*
\l anthropométrie^ ou mensuration de l'homme appliquée aux diverses parties du corps, a fourni, de son côté, de nombreuses indications, dignes d'être enregistrées par la science; elle n'en a découvert aucune qui, par sa permanence, sa régularité, soit de nature à servir de base à une classification des races humaines. Les mœurs, les institutions, l'influence des milieux en un mot, sont , parfois toutes-puissantes sur la modification \ physique des races, comme elles le sont sur leur transformation intellectuelle et morale. On sait que les organes qui sont l'objet d'un
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exercice fréquemment renouvelé acquièrent, par cela même, un développement particulier, tandis que ceux qui demeurent inactifs s'affaiblissent, s'atrophient et, parfois même, arrivent à s^'annihiler presque complètement.
D'autres fois, des déformations sont opérées chez les enfants par des motifs sociaux ou par suite de préjugés populaires. La forme singulière des crânes de certaines tribus américaines provient de déformations intention* nelles dont les mœurs et la civilisation des peuples où on les pratique sont seules responsables. Les Caraïbes déprimaient latéralement ou aplatissaient le crâne de leurs nouveau-nés, ^ suivant qu'ils se proposaient d'en faire un jour des hommes de jugement ou des guerriers. Quelques-unes de ces altérations de type paraissent s'être tellement identifiées avec les individus, qu'elles se transmettent de génération en génération, sans qu'il soit de nouveau nécessaire d'inter* venir artificiellement pour les reproduire. Des résultats analogues sont obtenus tous led jours, non seulement chez les différentes races d'animaux domestiques, mais encore, et dans des conditions bien autrement remarquables, chez les végétaux qui font l'objet de nos cultures.
Ethnographie générale 5
Le langage articulé est considéré comme une des prérogatives qui distinguent le mieux les hommes des animaux. Il est cependant certain que le langage n'est qu'un perfectionnement du cri qui existe à Tétat plus ou moins développé, plus ou moins susceptible de nuances répondant à l'expression de la pensée, chez un grand nombre d'espèces du règne zoologique.
La diversité qui existe entre les différentes formes du langage humain a motivé la création d'une science particulière, Isl Linguistique comparée qui a prétendu, comme l'anthropologie, trouver dans ses principes une base de classification pour les différents rameaux de l'espèce humaine.
La Linguistique est la Scietice du Langage.
Considérée dans son acception déjà ancienne, elle n'avait d'autre but que de rechercher l'étymologie des mots et d'en préciser le sens pour aboutir à la meilleure interprétation possible des textes. Dans la première moitié de ce siècle, les savants qui l'ont cultivée ont
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voulu lui donner une portée plus considérable; ils ont cru y découvrir une source d'éléments propres à contrôler les données de l'histoire, et même à suppléer à Fhistoire pour la connaissance des peuples qui n'en ont conservé que peu ou point de vestiges.
Enfin, à une époque toute récente, on a compris que la linguistique appartenait tout autant au domaine des sciences naturelles qu'à celui des lettres proprement dites, et on a fait quelques louables efforts pour pousser la recherche du langage jusque dans les organes générateurs des sons, c'est-à-dire dans le domaine de Tanatomie et de la physiologie humaines.
Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire de la science du langage. Il faudrait, pour cela, remonter au moins au Cratyle de Platon, dans lequel la (Question de [l'origine des idiomes est déjà posée et discutée. D'ailleurs, cette histoire, écrite par plusieurs écrivains de talent, ne saurait rentrer qu'indirectement dans les études ethnographiques qui doivent nous occuper ici. Qu'il suffise de rappeler les circonstances merveilleusement favorables qui ont motivé le développement rapide de cette science, en établissant pour elle une grande famille de langues sœurs, la
famille des langues dites Indo-Européennes.
La découverte du sanscrit, — car ce fut une véritable découverte, — offrait aux philologues un idiome doué tout à la fois d'une savante complexité et d'une netteté de formes irréprochables. Cet idiome avait, en outre, l'avantage de présenter les plus remarquables analogies de grammaire et de vocabulaire avec nos langues classiques, et, par suite, avec nos propres langues qui leur ont fait de larges emprunts. Des savants recommandablés se livrèrent à un examen minutieux do la grammaire et du vocabulaire comparés de ces divers idiomes; ils^notèrent, avec une patience digne d'éloges, toutes les permuta* tions de lettres qu'ils rencontraient dans leurs mots correspondants, dans leurs formes grammaticales, dans leurs dialectes; enfin ils établirent les lois suivant lesquelles s'étaient opérées ces permutations et composèrent l'histoire des mots, qui, sortis d'une source commune, avaient acquis droit de cité dans le sanscrit, le perse, le grec, le latin, les langues germaniques, slaves, néo-latines, etc.
C'était, il faut le reconnaître, un grand et magnifique résultat, dont la philologie , la critique des textes devait tirer un sérieux profit. D'autre part, on appliquait avec succès
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les mêmes procédés à Tétude de plusieurs autres groupes de langues, aux idiomes sémitiques, polynésiens, et d'une manière moins heureuse, moins sûre, moins scientifique en un n\ot, à une classe artificielle de langues successivement groupées sous le nom de langues tartares, langues turques, langues mongoliques, langues touraniennes, etc.
Il eût, peut-être, été prudent de ne pas chercher à élargir davantage le cadre déjà si vaste de la linguistique. Mais il est bien difficile à l'homme de cultiver une science sans vouloir Tentraîner vers les questions qui le touchent le plus, vers les problèmes de nos origines et de nos fins. Pour cela, il fallait nécessairement aborder le terrain de la classification des races, qui conduit tout droit à la discussion des hypothèses sur leur formation primitive, sur leur •parenté relative, sur leur origine unique ou multiple. La linguistique fut pour ses adeptes un nouveau chant de sirènes : la parenté des langues indo-européennes poussa les philologues à prononcer le mot race Indo-Européenne. Un mot est souvent fatal par ses conséquences ; celui-ci le fut à un tel point pour les linguistes, que les meilleurs esprits parmi eux s'efforcent
vainement encore d'en repousser les fatales
conséquences. De ce mot est née une idée systématique, et de nombreux sectateurs pour la défendre . L'histoire la plus positive a dû courber la tête devant les suppositions fantaisistes qu'il a fallu imaginer, — il est facile de le comprendre, à tout esprit non prévenu, — pour établir Tétroite parenté des Indiens au teint brun ou noir et des Anglais au teint clair et rosé ; — pour nous faire croire enfin à ces immenses migrations aryennes qui auraient formé, dans les temps antérieurs à l'histoire, le contingent primitif de la population de TEurope. Les linguistes 'éclairés commencent, il est vrai, à tenir compte de cette couche de populations autochtones, parmi lesquelles figurent, notamment, les Basques, qui parlent une langue essentiellement différente de toutes les langues indoeuropéennes. Mais cela né saurait suffire; et, dans le développement de leur doctrine, nous voyons apparaître sans cesse des opinions aussi peu justifiées que le serait celle qui ferait des Nègres de la Louisiane un rameau de la race à laquelle nous appartenons, par cela seul que ces Nègres parlent anglais ou français. L'influence du langage adopté par un peuple sur son caractère, sur sa civilisation, est certainement considérable; elle ne
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saurait aller jusqu'à justifier Temploi de la linguistique, comme critérium pour juger de la parenté des peuples. La linguistique, du moins tant qu'elle se renfermera dans le cadre qui lui a été tracé par l'étude du sanscrit, ne doit avoir d'autre prétention que celle do classercertaineslangues ; elle seraemployée mal à propos comme élément fondamental de la classification des races et des nationalités. Subordonnée à l'anthropologie, à l'histoire naturelle, elle doit, au contraire, apporter un précieux concours aux études qui nous occupent; et c'est en lui donnant ce rang médiat dans la recherche humaine qu'elle nous apportera de précieuses lumières durant le cours de nos investigations.
La méthode ethnographique, qui consiste dans l'examen simultané de tous les éléments caractéristiques de l'homme en société, ne doit avancer qu'avec d'extrêmes réserves dans le domaine de la classification des peuples. L'ethnographe, qui voit rapprocher les Scandinaves et les Persans, ne peut oublier les aptitudes maritimes des premiers et l'horreur profonde de la mer qui est proverbiale chez les seconds ; lorsqu'on lui présente les Grecs à côté des Indiens, il ne peut s'empêcher de comparer l'art si pur, si cor-
rect, si bien équilibré, si naturel des uns, et le dévergondage plastique qui a lancé les autres dans des créations monstrueuses, toutes allégoriques et conventionnelles. Quand on lui oppose le monothéisme des races Sémitiques, et comme conséquence leur peu de goût pour les arts, pour Tindustrie, pour les pérégrinations lointaines, au polythéisme des Aryens, à leur sentiment très élevé des arts figuratifs, à leur entente des affaires, à leurs ambitieuses navigations, l'ethnographe ne peut s'abstenir d'étudier de très près la question religieuse sur laquelle on prononce un si grave jugement ; il est amené à se demander si l'idée philosophique et primitive de la Trimourti dans l'Inde, et de la Trinité parmi nous, loin d'être une superfétation grossière du monothéisme sémitique, n'est pas, au con-» traire, un pas de plus fait par l'homme vers la notion delà cause éternelle de l'existence. Il se demande ensuite s'il est bien exact que les Hébreux aient été, intuitivement et par la nature même de leurs aptitudes, enclins vers le monothéisme, et si cette idée religieuse n'est pas plutôt celle d'une haute individualité, celle de Moïse, dont le rôle fut de corriger les tendances idolâtres des adorateurs du Veau d'or. Il jette les yeux sur les
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monuments des Babyloniens, des Assyriens et des Ninivites, sur les chefs-d'œuvre d'élégance des constructions mauresques, et apprécie dans quelle mesure il est juste d'admettre l'absence du sentiment artistique chez les Sémites. L'histoire des voyages arabes aux mers lointaines de l'extrême Orient, l'habileté des Juifs dans les négociations commerciales lui disent, à leur tour, qu'il est peut-êlre imprudent de refuser à ces peuples des qualités qu'ils ont possédées parfois à un degré au moins égal à celui des nations indo-européennes.
Voilà, cependant, dans quelles théories inadmissibles sont nécessairement entraînés leslinguistesqui, sans faire usage des principes de l'ethnographie, veulent dépasser le cadre étroit de la classification des langues pour aborder les théories générales sur les groupes de l'espèce humaine. Il serait facile de démontrer, par une foule d'autres exemples, que les linguistes, en pareil cas, font presque toujours fausse route, quand ils touchent à la question des races et des nationalités.
D'où vient donc qu'après être tombés mainte, et mainte fois dans des doctrines ethnographiques aussi contraires aux renseignements les plus avérés de l'histoire, ils
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persistent à demander à la linguistique seule des résultats qu'elle est impuissante à leur accorder? — La réponse est bien simple.
C'est parce qu'ils appartiennent tous à cette classe d'érudits élevés dans l'idée qu'il y a, parmi les connaissances humaines, deux sortes d'études, les sciences et les lettres proprement dites, qu'il n'est pas donné aux mêmes hommes d'aborder et de poursuivre simultanément. A celui qui a passé sa jeunesse à faire des vers grecs ou latins, et qui, au sortir des classes, a embrassé la carrière des lettres et du droit, demander une connaissance tant soit peu sérieuse des sciences naturelles, et notamment de Tanatomie, c'est le plus souvent demander une chose impossible !
Le progrès des sciences modernes exige cependant, de la manière la plus impérieuse, d'abandonner le préjugé suivant lequel la main habituée à manier la plume du poète ou de l'écrivain ne saurait se décider à tenir le scalpel sur les marbres ensanglantés d'un amphithéâtre.
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