‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 13 sur 91 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

La loge de la Camargo. On la chausse.

CAMARGO

Il ira. — Laissez-moi seule, et ne manquez pas Qu'on me vienne avertir quand ce sera mon pas.

— C'est la règle, ô mon cœur ! — Il est sûr qu'une femme Met dans une âme aimée une part de son âme.

Sinon, d'où pourrait-elle et pourquoi concevoir La soif d'y revenir, et l'horreur d'en déchoir?

Au contraire un cœur d'homme est comme une marée

Fuyarde des endroits qui l'ont mieui attirée.

Voyez qu'en tout lien, Tamour à l'un grandit

Et par le temps empire, à l'autre refroidit.

L'un, ainsi qu'un cheval qu'on pique à la poitrine,

En insensé toujours contre la javeline

Avance, et se la pousse au cœur jusqu'à mourir.

L'autre, dès que ses flancs commencent à s'ouvrir,

Qu'il sent le froid du fer, et l'aride morsure

Aller chercher le cœur au fond de la blessure,

Il prend la fuite en lâche, et se«auve d'aimer. —

Ah ! que puissent mes yeux quelque part allumer

Une plaie à la mienne en misère semblable.

Et je serai plus dure et plus inexorable

Qu'un pauvre pour son chien, après qu'un jour entier

Il a dit : « Four l'amour de Dieu ! » sans un denier.

-^ Suis-je pas belle encor? — Pour trois nuits mal dormies,

Ma joue est-elle creuse? ou mes lèvres blémies?

Vrai Dieu, ne suis-je plus la Camargo? — Sait-on

SoQs mon rouge, d'ailleurs, si je suis pâle ou non?

Va, je suis belle encor! C'est ton amour, perfide

Gàruci, que déjà le temps efface et ride.

Non mon visage. — Un nain contrefait et boiteux

Voulant jouer Phœbus, lui ressemblerait mieux,

Qu'aux façons d'une amour fidèle et bien gardée

L'allure d'une amour défaillante et fardée.

Ah ! c'est de ce matin que ton cœur m'est connu.

Car en le déguisant tu me l'as mis à nu.

Certes, c'est un loisir magnifique et commode

Que la paisible ardeur d'une intrigue à la mode!

— Qu'est-ce alors? — C'est un flot qui nous berce rêvant!

C'est l'ombre qui s'enfuit d'une fumée au vent!

Mais que l'ombre devienne un spectre, et que les ondes

S'enfoncent sous les pieds, vivantes et profondes,

Le mal aimant recule, et le bon reste seul.

Oh! que dans sa douleur ainsi qu'en un linceul

II se couche à cette heure et dorme! La pensée D'un homme est de plaisirs et d'oublis traversée; Une femme ne vit et ne meurt que d^amour ; Elle songe une année à quoi lui pense un jour!

L^TITIA, emrant.

Madame, on vous attend à la troisième scène.

CAMARGO

Est-ce la Monanteuil, ce soir, qui fait la reine?

I^TITIA.

Oui, madame, el monsieur de Monanteuil, Sylvain.

CAMARGO

Fais porter cette lettre à Thôlel du Dauphin.

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