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I.e ilucon Vide, il le reposa sur le bord du balcon

DON PAEZ. 11

Puis lout à coup, siupide, il tomba sur ia dalle, Gomme un soldat blessé que renverse une balle. — « Viens, dit la Belisa Taltirant, viens dormir Dans mes bras, et demain tu viendras y mourir. » —

Comme elle est belle an soir, aux rayons tlo la lune, Peignant sur son col blanc sa chevelure brune! Sous la tresse d'ébène on dirait, h la voir.

Une jeune {guerrière avec un casque noir !

Son voile déroulé plie et s'affaisse à terre. Connue elle est belle et noble ! et comme, avec mystère, l/atlenle du plaisir et le moment venu Font sous son collier d'or frissonner son sein nu ! Elle écoute. — Déjà, dressant mille fantômes, La nuit comme un serpent se roule autour des dômes; Madrid, de ses mulets écoutant les grelots, Sur son fleuve endormi promène ses lalDts.

— On croirait que, féconde en rumeurs élouffées, La ville s'est changée en un palais de fées,

Et que tous ces granits dentelant les clochers Sont aui cimes des toits des follets accrochés. La seoora pourtant, contre sa jalousie.

Collant son front rêveur à sa vitre noircie, Tressaille chaque fois que l'écho d'un pilier Répète derrière elle un pas dans Fescalier.

— Oh! comme à cet inslant bondit un cœur de fennne! Quand Tunique pensée où s'abîme son âme

Fuit et grandit sans cesse, et devant son désir Recule comme une onde, impossible à saisir 1 Alors, le souvenir excitant Tespérance, L'altente d'être heureux devient une souffrance; Et Tœil ne sonde plus qu'un gouffre éblouissant,

l^areil à ceux qu'en songe Âlighieri descend. Silence J — Voyez-vous, le long de cette rampe, Jusqu'au faite en grimpant tournoyer une lampe? On s'arrête^ — on J éteint. — - Un pas précipité Relenlit sur la dalle, et vient de ce côté.

— Ouvre la porte, Inès, et vois-tu pas de grâce Au bas de la poterne un manteau gris qui passe? Vois-tu sous le portail marcher un homme armé? C'est lui, c'est don Paez! — Salut, mon bien-aimé!

DON PAEZ

Salut; — que le Seigneur vous tienne sous son aide!

JUANA

Ëtes-vous donc si las, Paez, ou suis-je laide, Que vous ne venez pas m'embrasser aujourd'hui?

DON PAEZ

J'ai bu de Tcau-de-vie à dîner, je ne puis.

JUANA

Qu'avez-vous, mon amour? pourquoi fermer la porte Au verrou? don Paez a-l-il peur que je sorte?

DON PAEZ

C'est plus aisé d'entrer que de sortir d'ici.

JUANA

Vous êtes pâle, ô ciel! Pourquoi sourire ainsi?

DON PAEZ

Tout à l'heure, en venant, je songeais qu'une femme Qui trahit son amour, Juana, doit avoir l'âme Faite de ce métal faux dont sont f;]briqués La mauvaise monnaie et les écus marqués.

JUANA

Vous avez fait un rêve aujourd'hui, je suppose?

DON PAEZ

Un rêve singulier. — Donc, pour suivre la chose. Cette femme-là doit, disais-je, assurément.

Quelquefois se méprendre et se tromper d'amanl.

JUANA

M'oubliez-vous, Paez, et l'endroit où nous sommes?

DON PAEZ. -21

DON PAEZ

C'est un péché mortel, Juana, d'aimer deux hommes.

JUANA

Hélas! rappelez-vous que vous parlez à moi.

DON PAEZ

Oui, je me le rappelle; oui, par la sainte foi, Comtesse !

JUANA

Dieu! vrai Dieu! quelle folie étrange Vous a frappé Tesprit, mon bien-aimé! mon ange! C'est moi, c'est (a Juana. — Tu ne le connais pas, Ce nom qu'hier encor fu disais dans mes bras? Et nos serments, Paez, nos amours infinies!

Nos nuits, nos belles nuits! nos belles insomnies! Et nos larmes, nos cris dans nos fureurs perdus! Ah! mille fois malheur, il ne s'en souvient plus!

Et comme elle parlait ainsi, sa main ardente Du jeune homme au hasard saisit la main pondante. Vous l'eussiez vu soddain pâlir et reculer, Comme un enfant transi qui vient de se brûler.

— Juana, murmura-t-il, tu l'as voulu! — Sa houchc N'en put dire plus long; car déjà sur la couche

Us se tordaient tous deux, et sous tes baisers .nus Se brisaient les sanglots du fond du cœur venus. Oh ! comme ensevelis dans leur amour profonde, Us oubliaient le jour, et la vie, et le monde! C'est ainsi qu'un nocher, sur les flots écumeux, Prend l'oubli de la terre à regarder les cieux!

Mais, silence! écoutez. — Sur leur sein qui se froisse. Pourquoi ce sombre éclair, avec ces cris d'angoisse? Tout se tait. — Qui les trouble, ou qui les a surpris?

— Pourquoi donc cet éclair, et pourquoi donc ces cris?

22 PKE^IIËRËS POESIES.

— Qui le saura jamais? — Sous une nue .obscure La lune a dérobé sa clarté faible et pure. —

Nul flambeau, nul témctin que la profonde nuit Qui ne raconte pas les secrets qu'on lui dit.

— Qui le saur»? — Pour moi, j*estime qu'une tombe Kst un asile sur où Tespérance tombe,

Où pour réternité l'on croise les deux bras, Et dont les endormis ne se réveillent pas^

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