VENISE
Ainsi, la dame abbesse De Sainle-Croix rabaisse Sa cape aux larges plis Sur sou surplis.
Et les palais antiques, Et les graves portiques, Et les blancs escaliers Des chevaliers,
Et les ponts, et les rues, Et les morues statues. Et le golfe mouvant Qui tremble au vent.
Tout se tait, fors les gardes Aux longues hallebardes, Qui veillent aux créneaux Des arseuaux.
— Ah I maintenant plus d'une Atlend, au clair de lune, Quelque jeune muguet, L'oreille au guet.
Pour le bal qu'on prépare, Plus d'une qui se pare.
Met devant son miroir Le masque noir.
Sur sa couche embaumée, La Vanina pâmée Presse encor son amanl, Eu sVndormanl;
Et Nai'cisa, la folle, Au fond de sa gondole, S'oublie en un festin Jusqu'au matin.
Et qui, dans l'Italie, N'a son grain de folie?
Qui ne garde aux amouis Ses plus beaux jours?
Laissons la vieille horloge, Au palais du \ieux doge, Lui compter de ses nuits Les longs ennuis.
Comptons plutôt, ma belle, Sur ta bouche rebelle Tant de baisers donnés... Ou pardonnes.
Comptons plutôt tes charmes, Comptons les douces larmes Qu^à nos yeux a coûté La volupté I