‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 53 sur 91 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Un chemin creux dans une forêt. — Le point du lour.

FRANK, assis sar rberbe.

— Et quand tout sera dit — quand la triste demeure De ce malheureux Frank, de ce vil mendiant.

Sera tombée en poudre et dispersée au vent, Lui, que deviendra-t-il? — Il sera temps qu*il meure! Et s'il est jeune encor, s'il ne veut pas mourir ? Âhl massacre et malheur! que vais-je devenir?

(fl s'endorL) UNE VOIX, dans un songe.

Il est deux routes dans la vie :

L'une solitaire et fleurie, Qui descend sa pente chérie Sans se plaindre et sans soupirer.

Le passant la remarque à peine.

Comme le ruisseau de la plaine, Que le sable de la fontaine iNe fait pas même murmurer.

198 PIIEMIHIRËS POESIES.

L'autre, comme un torrent sans digue,

Dans une éternelle fatigue,

Sous les pieds de Tenfant prodigue

Roule la pierre d^Uion.

L'une est bornée, et Tautre immense ;

L'une meurt où Tautre commence ;

La première est la patience,

La seconde est Tambilion.

FRAKK, rèvuui.

Esprits ! si vous venez m'annoncer ma ruine,

Pourquoi le Dieu qui me créa Fit-il, en m'animant, toucher dans ma poitrine

L'étincelle divine

Qui me consumera ?

Pourquoi suis-je le feu qu'un salamandre habile? Pourquoi sens-je mon cœur se plaindre et s'étonner, Ne pouvant contenir ce rayon qui s'agite) Et qui, venu du ciel, y voudrait retourner !

LA VOIX

Ceux dont l'ambition a dévoré la vie.

Et qui sur cette terre ont cherché la grandeur, Ceux-là, dan» leur orgueil, se sont fait un honneur De mépriser l'amour et sa douce folie.

Ceux qui, loin des regards, sans plainte et sans désirs, Sont morts silencieux sur le c^ur d'une femme, jeune montagnard, ceux-là, du fond de l'âme, Ont méprisé la gloire et ses tristes plaisirs.

FRANK

Vous parlez de grandeur, et vous parlez de gloire. Aurai-je des trésors? l'homme dans sa mémoire

Gardera-t-il mon souvenir?

Répondez, répondez, itvaut que je m'éveille.

Déroulez-moi ce qui sommeille

Dans l'océan de l'avenir!

LA VOIX

Voici l'heure où, le cœur libre d'inquiétude. Tu te levais jadis pour reprendre l'élude, Tes pensers de la veille et les travaux du jour. Seul^ poursuivant tout bas tes chimères d'amour, Tu gagnais lentement la maison solitaire Où ta Déidamia veillait près de sa mère.

Frank, tu venais t^asseoir au paisible foyer, Raconter tes chagrins, sinon les oublier.

Tous deux sans espérance, et dans la solitude, Enfants, vous vous aimiez, et bientôt l'habitude Tous les jours, malgré toi, t'enseigna ce chemin ; Car rhabilude est tout au pauvre cœur humain.

FRANK

Esprits, il est trop tard, j'ai brûlé ma chaumière !

LA VOIX

Repens-toi I repens-toi!

FRANK

Non ! non 1 j'ai tout perdu.

LA VOIX

Repens-toi I repens-toi!

FRANK

Non ! j'ai maudit mon père.

LA VOIX

Alors, lève-loi donc, car ton jour est venu.

(Le soleil paraît ; Frank s'éveille ; Siranio, jeone palalin, cl sa mailressc, Monna Beicolore, passeni à cbeval.]

STBANIO.

Holà, dérange-toi, mananl, pour que je passe.

FRANK

Attends que je me lève, et prends garde à tes pas.

STRANIO.

Chien, lève-toi plus vite, ou reste sur la place.

FRANK

Tout beau, Thomme à cheval, lu ne passeras pas.

Dégaine-moi ton sabre, ou c'est fait de ta vie. Allons, pare ceci.

(Us se balleiit, SlraDio lomiie.

BELCOLORE.

Gomment ('appel ies-tu?

FRANK

Charles Frank.

BELCOLORE.

Tu me plais, et tu t'es bien battu.

Ton pays?

FRANK

Le Tyrol.

BELCOLORE.

Me trouves-tu jolie?

Belle comme un soleil.

BELCOLORE.

y m dix-huit ans — et toi?

FRANK

Vingt ans.

BELCOLORE.

Monte à cheval, et viens souper chez moi.

{Exeunt.)

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