ACTE SECOND
SCENK I.
Un salon.
FRANK, devaul une table chargée d'or.
De tous les fils secrels qui font mouvoir la vie,
loi, Je plus subtil et le plus merveilleux !
Or! principe de tout, larme au soleil ravie I
Seul dieu toujours vivant, parmi tant de faux dieux! —
Méduse, dont Taspect change le cœur en pierre.
Et fait tomber en poudre aux pieds de la rosière
La robe d'innocence et de virginité I —
Sublime corrupteur! — Clef de la volonté! —
Laisse-moi t'admirerl — parle-moi, — viens me dire
Que rhonneur n'est qu'un mot, que la vertu n'est rien
Que, dès qu'on te possède, on est homme de bien —
Que rien n'est vrai que toi! — Qu'un esprit en délire
Ne saurait inventer de rêves si hardis,
Si monstrueusement en dehors du possible.
Que tu ne puisse encor sur ton levier terrible
Soulever l'univers, pour qu'ils soient accomplis !
— Que de gens cependant n'ont jamais vu qu'en songe
Ce que j'ai devant moi I — Comme le cœur se plonge
Avec ravissement dans un monceau pareil I —
Tout cela, c'est à moi ; — les sphères et les. mondes
Danseront un millier de valses et de rondes,
Avant qu'un coup semblable ait lieu sous le soleil *.
' La icrre pourra faire plus de mille danse?, elc, rlc.
» Schiller.
Ah ! moD cœur est noyé I -— Je commence à comprendre Ce qui fait qu^un mourant que le frisson va prendre A regarder son or trouve encor des douceurs, Et pourquoi les vieillards se font enfouisseurs.
(Comptant.)
Quinze mille en argent — le reste en signature. Cest un coup du destin. — Quelle étrange aventure I Que ferais-je aujourd'hui, qu^aurais-je fait demain, Si je n'avais trouvé Stranio sur mon chemin? Je tue un grand seigneur, et lui prends sa maîtresse; Je m'enivre chez elle, et Ton me mène au jeu. A jeun, j'aurais perdu, — je gague dans l'ivresse; Je gagne, et je nie lève. — Ah! c'est un coup de Dieu.
(Il ouvre la fenêlrp.) *
Je voudrais bien me voir passer sous ma fenêtre
Tel que j'étais hier. — Moi, Frank, seigneur et maître
De ce vaste logis, possesseur d'un trésor,
Voir passer là-dessous Frank le coureur de lièvres,
Frank le pauvre, Tœil morne et ia faim sur les lèvres.
Le voir tendre ia main et lui jeter cet or.
Tiens, Frank, tiens, mendiant, prends cela, pauvre hère.
(Il prend une poignée d'or.)
11 me semble en honneur que le ciel et la terre Ne sauraient plus m 'offrir que ce qui me convient, Et que depuis hier le monde m'appartient.
[Rxit,]