‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 68 sur 91 · SCÈNE IL IRUS, à sa toilette, SPADILLE, QUINOLÀ · texte numérisé non relu

SCÈNE IL IRUS, à sa toilette, SPADILLE, QUINOLÀ

IRUS

Lequel de vous, marauds, m'a posé ma perruque? Outre que les rubans me' font mal à la nuque. Je suis couvert de poudre, et j'en ai plein les yeux.

QUINOLA

Ce D'est pas moi.

SPADILLE

Ni moi.

QUINOLA

Moi, je tenais la queue.

SPADILLE

Moi, monsieur, je peignais.

IRUS

Vous mentez tous les deux.

Allons, mon habit rose et ma culotte bleue.

Hum ! Brum I Diable de poudre ! — Uatscb ! Je suis aveuglé.

(Il ëteroue.) QUINOLA, ooTrant nne armoire.

Monsieur, vous ne sauriez mettre cette culotte. La lampe était auprès; — toute Tbuile a coulé.

SPADILLE, ouTrant one antre armoire.

Monsieur, votre habit rose est tout rempli de crotte ; Quand je Tai déployé le chat était dessus.

IRUS

Ciel ! de cette façon voir tous mes plans déçus I Écoutez, mes amis; — il me vient une idée :

Quelle heure est-il ?

SPADILLE

Monsieur, Tborloge est arrêtée.

IRUS

A-t-on sonné déjà deux coups pour le diné?

QUINOI.A.

Non, Ton n'a pas sonné.

SPADILLE

Si, si. Ton a sonné.

IRUS

Je tremble à chaque instant que le nouveau convive Qui doit venir dtner ne paraisse et n'arrive.

SPADILLE

II faut vous mettre en vert.

QCINOLA.

II faut VOUS mettre eu i^ris.

IRDS.

Dans quei mois sommes-nous?

SPADILLE

Nous sommes en novembre.

QCINOLA.

En août! en août!

IRUS

Mettez ces deux habits.

Vous vous promènerez ensuite par la chambre.

Pour que je voie un peu l'effet que je ferai.

(LcsvaleU olxiissonl) SPADILLE.

Moi, j'ai l'air d'un marquis.

QUINOLA

Moi, j'ai l'air d'un ministre.

IRUSy les regardant.

Spadille a l'air d^une oie, et Quinola d'un cuistre. Je ne sais pas à quoi je me déciderai.

LAERTEi entrant.

Et vous, VOUS avez Tair, mon neveu, d'une béte. N etes-vous pas honteux de vous poudrer la tête, Et de perdre, à œurir dans votre cabinet, Plus de temps qu^il n'en faut pour écrire un sopnel ? Allons, venez diner ; — votre assiette s'ennuie.

IRUS

Vous ne voudriez pas, au prix de votre vie, Me traîner au salon, sans rouge et demi-nu ?

Quel habit faut-il mettre?

LAERTE

Eh i le premier venu.

Allons, écoutez-moi. Vous trouverez à table Le nouvel arrivé ; — c'est un jeune homme aimable, Qui vient pour épouser un de mes chers enfants. Jetez, au nom de Dieu, vos regards triomphants

Sur on autre que lui ; ne cherchez pas à plaire,

Et n*a?alei pas tout comme à Yotre ordinaire.

n est simple et timide, et de bonne façon ;

Enfin c^est œ qu'on nomme un honnête garçon.

Tâchei, si yous trouvez ses manières communes,

De ne point décocher, en prenant du tabac,

Votre charmant sourire et vos mots d'almanach.

Tarissez, s^il se peut, sur vos bonnes fortunes.

Ne vous inondez pas de vos flacons damnés ;

Qu^on puisse vous parler sans se boucher le nez.

Vos gants blancs sont de trop; on dine les mains nues.

IRDS.

Je suis presque tenté, pour cadrer à vos vues, D'ôler mon habit vert, et de me mettre en noir.

LÀERTE.

Non, de par tous les saints, non, je vous remercie. La peste soit de vous I — Qui dianlre se soucie. Si votre habit est vert, de s'en apercevoir?

mus.

Puis-jc savoir, du moins, le nom de ce jeune homme?

LAERTE

Qu'est-ce que ça vous fait? C'est Silvio qu'il se noihme.

IRDS.

Silvio I ce n'est pas mal. — Silvio — le nom est bien. Irus — Irus — Silvio — mais j'aime mieui le mien.

LAERTE

Son père est mon ami, — celui de votre mère.

JIous avons le projet, depuis plus de vingt ans.

De mourir en famille, et d'unir nos enfants.

Plût au ciel, pour tous deux, que son fils eût un frère!

IRUS

Vrai Dieu! monsieur le duc, quVn tendez-vous par là? Ne dois-je pas aussi devenir votre gendre ?

C'est bon, je le sais bien; vous pouvez vous attendre A trouver votre tour; — mais Silvio choisira.

[Sxeunt.)

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