‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 69 sur 91 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le jardin du duc.

NINON, NINETTE, dans deux bosqaets séparés.

NINON

Cette Toix retentit encore à mon oreille.

NINETTE

Ce baiser singulier me fait encor frémir.

NINON

Nous verrons cette nuit ; il faudra que je Teille.

NINETTE

Cette nuit, cette nuit, je ne veux pas dormir.

NINON

Toi dont la voix est douce, et douce la parole, Chanteur mystérieux, reviendras-tu me voir?

Ou, comme en soupirant Thirondelle s'envole, Mon bonheur fuira-t-il, n'ayant duré qu'un soir?

NINETTE

Audacieux fantôme à la forme voilée, Les ombrages ce soir seront-ils sans danger?

Te reverrai-je encor dans cette sombre allée, Ou disparaitras-tu comme un chamois léger?

L'eau, la terre et les vents, tout s'emplit d^harmonies. Un jeune rossignol chante au fond de mon c^ur. J'entends sous les roseaux murmurer des génies... Âi-je de nouveaux sens inconnus à ma sœur ?

NINETTE

Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine Les baisers du zéphir trembler sur la fontaine, Et Tombre des tilleuls passer sur mes bras nus ? Ma sœur est une enfant, — et je ne le suis plus.

NINON

fleurs des nuits d'été, magnifique nature I plantes! 6 rameaux ^ Tun dans l'autre enlacés!

NINEITE.

feuilles des palmiers, reines de la verdure, Qui versez vos amours dans les vents embrasés !

8ILVI0 ebire.

Mon cœur hésite enoor; — » toutes les deux si belles! Si conformes en tout, si saintement jumelles! Deux corps si transparents attachés par le cœur I On dirait que Talnée est Tétui de sa sœur.

Pâles toutes les deux, toutes les deux craintives. Frêles comme un roseau, blondes comme les blés; Prêtes à tressaillir, comme deux sensitives.

Au toucher de la main — Tous mes sens sont troublés. Je n'ai pu leur parler, — j'agissais dans la fièvre ; Mon âme à chaque mot arrivait sur ma lèvre.

Mais elles, quel bon goût I quelle simplicité ! Hélas! je sors, d'hier de l'université.

(Bntrent Laerte, el Iras an cigare à la boueh«.)

Eh bien ! notre convive, où ces dames sont-elles ?

IRCS.

Quoi! vous sortez de table, et vous ne fumei pas?

SILVIO, embrassant Laerie.

mon père I ô mon duc I Je ne puis faire un pas. Tout mon être est brisé.

(Ninon et NiueUe paraissent.) IRUS.

Voilà ces demoiselles.

Ninon, ma barbe est fraîche, et je vais t'embrasser.

(Ninon se saaye. -— Iras court après elle.) LAERTE.

Ne sauriez-vous, Irus, diner sans vous griser?

(Ils sortant en se promenant.) 1. 22

2tt4 PREMIÈRES POÉSIES.

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