‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 71 sur 91 · LV · texte numérisé non relu

LV

Pourquoi pas comme tous? Leur étoile est guidée Vers un astre inconnu qu'ils ont toujours rêvé ; Et la plupart de nouis meurt sans Tavoir trouvé.

LAERTE

Attachez-vous du prix à des enfantillages?

Gela n'empêche pas les femmes d'être sages.

Bonnes, franches de cœur ; c'est un goût seulement ; Cela leur va, leur plaît, — tout cela, c'est charmant. Ëcoutez-moi, Silvio : — ce soir, à la veillée, Vous vous cuirasserez d'un large manteau noir. Flora dormira bien, c'est moi qui l'ai payée. . Ces dames, pour leur part, descendront en peignoir. Or vous vous doutez bien, par cette double lettre, Que ce que vous vouliez c'était un rendez-vous. Car, excepté cela, que veut un billet doux?

Vous pénétrerez donc par la chère fenêtre.

On vous introduira comme un conspirateur.

Que ferez-vous alors, vous, double séducteur ? Vous entendrez des cris. — C'est alors que le père, Semblable au commandeur dans le Fesiin de Pierre j Dans sa robe de chambre apparaîtra soudain.

Il vous provoquera, sa chandelle à la main.

Vous la lui souftlerez du vent de votre épée. S'il ne reste par terre une tête coupée, Il y pourra du moins rester un grand seau d'eau, Que Flora lestement nous versera d'en haut.

Ce sera tout le sang que nous devrons répandre. Les valets aussitôt le couvriront de cendre ; On ne saura jamais où vous serez passé.

Et mes filles crirout : — ciel ! il est blessé !

SlLVlO.

Je n'achèverai pas cette plaisanterie.

Caleulei, mon cher duc, où cela mènera, Savez-vous, puisqu il faut enfin qu'on nous marie. Si je me fais aimer, laqifiUe m'aimera?

LAERTE

Peut-être toutes deux, n'est-il pas vrai, mon gendre? Si je le trouve bon, qu'avez- vous à reprendre? mon fils bien-aimé ! laissons parler les sots.

SILVIO

On a bouleversé la terre avec des mois.

£h 1 que m'importe à moi ? — Je n'ai que vous au monde Après mes deux enfants. Que me fait un brocard ? Vous êtes assez mâr sous voire tête blonde Pour porter du respect à Thonueur d'un vieillard.

SILVIO

Ah ! je mourrais plutôt. Ce u'est pas ma pensée.

LAERTE

Supposons que des deux vous vous fassiez aimer.

Celle qui restera voudra vous pardonner.

Votre image, Silvio, sera bientôt chassée

Par un rêve nouveau, par le premier venu.

Croyez-moi, les enfants n'aiment que l'inconnu.

Dès que vous deviendrez le bourgeois respectable

Qui viendra tous les jours s'asseoir à déjeuner,

Qu'on verra se lever, aller et retourner,

Mettre après le café ses coudes sur la table,

On ne cherchera plus l'être mystérieux.

On aimera le frère, et c'est ce que je veux.

Si mon sot de neveu parle de mariage,

On l'en détestera quatre fois davantage.

C'est encor mou souhait. Mes enfants ont du cœur ;

L'une soit votre femme, et l'autre ^otre sœur.

Je me confie à vous, — à vous, fils de mon frère.

Qui serez le mari d'une de mes enfants,

Qui ne souillerez pas la maison de leur père,

Et qui ne jouerez pas avec ses cheveux blancs.

Qui sait? peut-être un jour ma pauvre délaissée Trouvera quelque part ie mari qu'il lui faut. Mais IHmportante affaire ^st d^éviter ce soh

(Irin entre.) IRUS.

A souper ! à souper ! messieurs, i'iieure est passée.

LAERTE

Vous avez, Dieu me damne, encor chan^^é d'habit.

IRUS

Oui, celui-là va mieux; l'autre était trop petit.

[Exeunt.]

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