‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 8 sur 91 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Chez la Camargo.

RAFAËL, cotichésur une chaise longue; LA CAMARGO, assise.

CAMARGO

Rafaël, avouez que vous ne m'aimez plus.

RAFAËL

Pourquoi? — d'où vient cela? — Vous me voyez perclus, Salé comme un hareng! — Suis-je, de grâce, un homme A vous faire ma cour? — Quand nous étions à Rome, I/an passé —

30 PRËMIËilES POESIES.

CAMABGO.

Rafaël, avouez, avouez Que vous ue m'aimez plus.

RAFAËL

Bon ! comme vous avez l/espril fait! — ^ Pensez-vous, madame, que j'oublie Vos bontés?

CAMARGO

C'est le vrai défaut de l'Italie, Que ses soleils de juin font Tamour passager. — Quel était près de vous ce visage étranger Dans ce yacht?

RAFAËL

Dans ce yacht?

OJlMARGO.

Oui.

Laurc. —

Non.

RAFAËL

C'était, je suppose,

RAFAËL

C'est dune la Cydalise, — ou Rose.

Cela vous déplai(-il?

CAMARGO

Nullement. — La moitié D'un violent amour, c'est presque une amitié, N'est-ce pas?

RAFAËL

Je ne sais. D'où nous vient celte idée?

Philosopherons-nous?

CAMARGO

Je ne suis pas fâchée De vous voir. — A propos, je voulais vous prier De me permettre —

KAFAEL.

A VOUS? — Quoi?

CAMAROO.

De me marier.

De vous mariei'i^

Oui.

IIAFAEI..

CAMARGO

RAFAËL

Tout de bon? — sur mon âme, Vous m'en voyez ravi. Mariez-vous, madame!

CAMARGO

Vous n'en aurez nulle ombre, et nul déplaisii?

RAFAËL

Non. — El du nouvel époux peuUon dire le nom?

Foscoli, je suppose?

CAMARGO

Oui, Foscoli lui-même.

RAFAËL

Parbleu ! j'en suis charmé; c'est un garçon que j'aime, Bonne lignée, et qui vous aime fort aussi.

CAMARGO

Et vous me pardonnez de vous quitter ainsi?

RAFAËL

De grand cœur! Écoutez, votre amitié m'est chère;

Mais parlons franc. Deux ans! c'est un peu long. Qu'y faire?

C'est rhistoire du cœur. — Tout va si vite en lui !

Tout y meurt, comme un son, tout, excepté Teunuil

Moi qui vous dis ceci, que suis-je? une cervelle

Sans fond. — La tête court, et les pieds après elle;

Et quand viennent les pieds, la télé au plus souvent

Est déjà lasse, et tourne où la pousse le vent!

Tenez, soyons amis, et plus de jalousie.

Mariez-vous. — Qui sait? s'il nous vient fantaisie

De nous reprendre, eh bien ! nous nous reprendrons — hein?

CAHARGO.

Très-bien.

RAFAËL

Pnf saint Joseph I je vous donne [a main Pour aller à l'église, et nnonter en carrosse! Vive riiymen! — Ceci, c'est mon présent de noce, —

(11 l'embrasse )

Et j*y joindrai ceci, pour souvenir de moi.

CAMARGO

Quoi! votre éventail!

RAFAËL

Oui. N est-il pas beau, ma foi?

H est large à peu près comme un quartier de lune, — Cousu d'or comme un paon, — frais et joyeux comme une Aile de papillon, — incertain et changeant Comme une femmo. — Il a des paillettes d'argent Comme Arlequin. — Gardez-le, il vous fera peut-être Penser à moi; c'est tout le portrait de son maître.

CAMARGO

Le portrait en effet! — malédiction!

Misère! — Oh ! par le ciel, honte et dérision!...

Homme stupide, as-tu pu te prendre à ce piège

Que je Tavais tendu? — Dis! — Qui suis-je? — Que fais-je?

Va, tu parles avec un front mal essuyé

De nos baisers d'hier. — Oh I c'est honte et pitié!

Va, tu n'es qu'une brute, et tu n'as qu'une joie

Insensée, en pensant que je lâche ma proie !

Quand je devrais aller, nu-'pieds, t'atlendrc au coin

Des bornes, si caché que tu sois et si loin,

J'irai. — Crains mon amour, Garuc', il est immense

Comme la mer! — Ma fosse est ouverte, mais pense

Que je viendrai d'abord par le dos t'y pousser.

Qui peut lécher peut mordre, et qui peut embrasser

Peut étouffer. — Le front des taureaux en furie,

Dans un cirque, n'a pas h cinquième partie

De la force que Dieu met aux mains des mouranis.

Oh! je le montrerai si cVsl après deux ans, Deux ans de grincements de dents, et d'insomnie, Qu'une femme pour vous s'est tachée, et lionnie, Qu'elle n'a plus au monde, et pour n'en mourir pas, Que vous, que votre col où pendre ses deux bras, Qu'elle porte un amour à fond, comme une lame Torse, qu'on n'ôle plus du cœur sans briser l'âme; Si c'est alors qu'on peut la laisser, comme un vieux Soulier qui n'est plus bon à rien.

^ BAFAEL.

Ah ! les beaux yeux î Quand vous vous échauffez ainsi, comme vous êtes Jolie !

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