‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 9 sur 91 · AMAR · texte numérisé non relu

AMAR

Oh! laissez-moi, monsieur, ou je me jette Le front contre ce mur I —

RAFAËL, l'alliraiit.

La la, modérez-vous.

Ce mur vous ferait mal; ce fauteuil est plus doux. Ne pleurez donc pas tant. — Ce que j'ai dil, mon ange, Après votre demande, était-il donc étrange?

Je. croyais vous complaire, en vous parlant ainsi; Mais — je n'en pensais pas une parole. —

CAMARGO

Oh si !

Si, vous parliez franc.

RAFAËL

Non. L'avez-vous bien pu croire!

Vous me faisiez un conte, et j'ai fait une histoire! Calmez-vous. — Je vous aime autant qu'au premier jour. Ma belle! — mon bijou ! — mon seul bien ! — mon amour!

CAMARGO

Mon Dieu, pardonnez-lui, s'il me trompe !

Cruelle!

Doutez-vous de ma flamme, en vous voyant si belle?

(Il truiriie la glace.)

Dis, ramour, qui fa fait Fœil »i noir, ayant fait Le reste de Ion corps d'une gontte de lait?

Parbleu I quand ce corps-là de sa prison s'échappe, Gageons qu'il passerait par Tanneaa d'or du pape I

CAMARGO

Allez voir s'il ne vient personne.

RAFAËL, à part.

Ah ! quel ennui !

CAMARGO, senic ud momeDt, le regardant s'éloigner.

— Cela ne se peut pas. — Je suis trompa ! El lui Se rit de moi. Son pas, son regard, sa parole. Tout nie le dit. — Malheur! je suis une folle !

RAFAËL, revenant.

. Tout se (ait au dedans comme au dehors. — Ma foi, Vous avez un jardin superbe.

CAMARGO

Écoulez-moi ; J'attends de votre amour une marque certaine.

RAFAËL

On vous la donnera.

CAMARGO

Ce soir je pars pour Vienne ; M'y suivrez-vous?

RAFAËL

Ce soir I — Était-ce pour cela Qu'il fallait regarder si Ion venait?

GAMARGO.

Holà!

Laetitia! Laflcur! Pascariel!

LÏTITIA, entrant.

Madame?

CAMARGO

Demandez des chevaux pour ce soir.

{Ej,it Lœtitia.)

LES MARRONS DU FEU. 3j

KAFAEL.

Sur mon âme, Vous avez des vapeurs, madame, assurément.

€AMARGO.

Me suivrez- vous?

RAFAËL

Ce soir ! à Vienne? — Non vraiment, Je ne puis.

Adieu donc, Garuci. Je vous laisse. — Je pars seule. — Soyez pins heureux en maîtresse.

RAFAËL

En maîtresse? heureux? moi? — Ma parole d'honneur Je n'en ai jamais eu.

CAMARGO, hors d'elle.

Qu'étais-je donc?

RAFAËL

Mon cœur, Ne recommencez pas à vous fâcher.

CAMARGO

Et celte De tantôt? Quels étaient ces gens? — Que faisait-elle, Cette femme? — J'ai vu I — Voudrais-tu t'en cacher? Quelque fille, à coup sûr. — J'irai lui cravacher La figure! —

RAFAËL

Aht tout beau, ma belle Bradamante.

Tout à l'heure, voyez, vous étiez si charmante.

CAMARGO

Tout à l'heure j'étais insensée — à présent Je suis sagei

RAFAËL

Eh ! mon Dieu, l'on vous fâche en faisant Vos plaisirs! — J'étais là, près de vous. — Vous me dites Daller là regarder si l'on vient. — Je vous quitte,

Je reviens. — Vous parlez pour Vienne ! Par la croix De Jésus, qui saur«nit comment faire?

CAHARGO.

Autrefois, Quand je te disais : u Va! » c'éfait à cette place!

(Moolraot son lil.)

Tu fy couchais — sans moi. — Tu m'appelais par grâce! Moi, je ne venais pas. — Toi, tu priais, r— Alors J'approchais, lentement — et tes bras étaient forts Pour me faire tomber sur ton cœur ! — Mes caprices .Etaient suivis alors, — et tous étaient justices. Tu ne te plaignais pas; — «;*était toi qui pleurais! Toi qui devenais pâle, et toi qui me nommais Ton inhumaine! — Alors, étais-je ta maîtresse?

RAFAËL, se jelaul sur le lit.

Mon inhumaine, allons! Ma reine! ma déesse!

Je vous attends, voyons! Les champs clos sont rompus!

H'osez-vous tenir tête ?

CAMARGO. dans ses bras.

Ah I tu ne m'aimes plusl

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