LES YEUX BLEUS DE LA MONTAGNE
Les mules secouant leurs grappes de grelots,
Les chevaux éventrés, et le taureau qui raie
Fondant, l'épée au cou, sur le matador pâle !
A nous la castagnette, à nous le pandéro,
La cachucha lascive et le gai boléro ;
Le jeu de l'éventail, le soir, aux promenades,
Et sous le balcon d'or les molles sérénades!
Les vivants sont charmants et les morts sont affreux. —
Oui ; — mais le ver un jour rongera ton œil creux,
Et comme un fruit gâté, superbe créature,
Ton beau corps ne sera que cendre et pourriture ;
Et le mort outragé, se levant à demi,
Dira, le regard lourd d'avoir longtemps dormi :
— Dédaigneuse! à ton tour tu donnes la nausée,
Ta figure est déjà bleue et décomposée,
Tes parfums sont changés en létides odeurs,
Et tu n'es qu'un ramas d'effroyables laideurs !
Vcrgara