‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 102 sur 131 · LES YEUX BLEUS DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LES YEUX BLEUS DE LA MONTAGNE

Les mules secouant leurs grappes de grelots,

Les chevaux éventrés, et le taureau qui raie

Fondant, l'épée au cou, sur le matador pâle !

A nous la castagnette, à nous le pandéro,

La cachucha lascive et le gai boléro ;

Le jeu de l'éventail, le soir, aux promenades,

Et sous le balcon d'or les molles sérénades!

Les vivants sont charmants et les morts sont affreux. —

Oui ; — mais le ver un jour rongera ton œil creux,

Et comme un fruit gâté, superbe créature,

Ton beau corps ne sera que cendre et pourriture ;

Et le mort outragé, se levant à demi,

Dira, le regard lourd d'avoir longtemps dormi :

— Dédaigneuse! à ton tour tu donnes la nausée,

Ta figure est déjà bleue et décomposée,

Tes parfums sont changés en létides odeurs,

Et tu n'es qu'un ramas d'effroyables laideurs !

Vcrgara

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