‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 117 sur 131 · LE CHASSEUR · texte numérisé non relu

LE CHASSEUR

Je suis enfant de la montagne;

Comme l'isard, comme l'aiglon,

Je ne descends dans la campagne

Que pour ma poudre et pour mon plomb;

Puis je reviens, et de mon aire

Je vois en bas l'homme ramper,

Si haut placé que le tonnerre

Remonterait pour me frapper.

Je n'ai pour boire, après ma chasse, Que l'eau du ciel dans mes deux mains; Mais le sentier par où je passe Est vierge encor de pas humains.

Dans mes poumons nul souffle immonde!

En liberté je bois l'air bleu, Et nul vivant en ce bas monde Autant que moi n'approche Dieu.

Pour mon berceau j'eus un nid d'aigle Comme un héros ou comme un roi,

334 SËRÉNADE.

Et j'ai vécu sans frein ni règle, Plus haut que l'homme et que la loi.

Après ma mort une avalanche De son linceul me couvrira, Et sur mon corps la neige blanche, Tombeau d'argent s'élèvera.

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