‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 18 sur 131 · S PARTAIS 1 ES · texte numérisé non relu

S PARTAIS 1 ES

Le son aigu du fifre et des rauques cymbales

Enfin ne troublent plus ni les éebos ni l'air;

La brise secouant son aile parfumée

A dissipé les flots de l'épaisse fumée,

Crêpe noir étendu sur le front pur des cieux ;

Gomme aux jours de la paix tout est silencieux.

Aux brandies des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.

La lourde artillerie et les fourgons pesants Ne creusent plus la route en profondes ornières; On ne voit plus flotter les poudreuses bannières Par-dessus les fusils au soleil reluisants; Sous les pieds des soldats courant à la maraude, Sainfoins à rouges fleurs, prés couleur d'émeraude, Blés jaunes à Ilots d'or au gré des vents roulés, Gomme sous un fléau ne meurent plus foulés.

Aux brandies des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.

Cavaliers, fantassins, l'un sur l'autre entassés, De leurs membres pétris dans le sang et la bout: Par le fer d'un cbeval bu l'orbe d'une roue, Jonchent le sol parmi les affûts fracassés, Et vers le champ de mort en immenses volées Du creux des rocs, du haut des flèches dentelées, De l'est et de l'ouest, du nord et du midi L'essaim des noirs corbeaux se dirige agrandi.

Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.

Dans les bois, les vieux loups par trois fois ont hurlé, Levant leur tète grise à l'odeur de la proie. L'œil fauve des vautours a flamboyé de joie À l'ombre étiucelant comme un phare étoile,

Et, poussant vers le ciel des clameurs funéraires, A leurs petits béants sur le bord de leurs aires Longtemps ils ont porté quelque sanglant lambeau De ces corps lacérés et restés sans tombeau.

Aux brandies des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.

Les os gisent rongés, blancs sous le gazon vert, Et, spectacle hideux, souvent près d'un squelette S'égrène le muguet, fleurit la violette, La mousse parasite entoure un crâne ouvert. Eh hien! qu'il vienne ici celui pour qui le glaive Est un hochet brillant et qui par lui s'élève; Si d'horreur et d'effroi tout son cœur ne bondit, Malheur à lui! malheur! car il n'est qu'un maudit!

Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.

Si quelque jeune fée à l'aile de saphir,

Sous une sombre et fraîche arcade, Blanche comme un reflet de la perle d'Ophir, Surgissait à mes yeux, au doux bruit du zéphyr De l'écume de la cascade,

Me disant : Que veux-tu? larges coffres pleins d'or

Palais immenses, pierreries?

Parle; mon art est grand : te faut-il plus encor? Je te le donnerai; je puis faire un trésor

D'un vil monceau d'herbes flétries.

Je lui dirais : Je veux un ciel riant et pur

Réfléchi par un lac limpide, Je veux un beau soleil qui luise dans l'azur,

Sans que jamais brouillard, vapeur, nuage obscur Ne voile son orbe splendide.

Et pour bondir sous moi je veux un cheval blanc,

Enfant léger de l'Arabie, A la crinière longue, à l'oeil étincelant, Et, comme l'hippogriffe, en une heure volant

De la Norwége à la Nubie;

Je veux un kiosque rouge, aux minarets dorés,

Aux minces colonnes d'albâtre, Aux fantasques arceaux d'oeufs pendant décorés, Aux murs de mosaïque, aux vitraux colorés Par où se glisse un jour bleuâtre;

Et quand il fera chaud, je veux un bois mouvant

De sycomores et d'yeuses, Qui me suive partout au souffle d'un doux vent, Comme un grand éventail sans cesse soulevant

Ses masses de feuilles soyeuses.

Je veux une tartane avec ses matelots,

Ses cordages, ses blanches voiles Et son corset de cuivre où se brisent les flots Qui me berce le long de verdoyants ilôts, Aux molles lueurs des étoiles.

Je veux soir et matin m'évciller, m'endormir

Au son de voix italiennes, Et pendant tout le jour entendre au loin frémir Le murmure plaintif des eaux du Bendemir,

Ou des harpes éoliennes;

Et je veux, les seins nus, une Aimée agitant

Son écharpe de cachemire Au-dessus de son front de rubis éclatant, Des spahis, un harem, comme un riche sultan

Ou de Bagdad ou de Palmyre.

Je veux un sabre turc, un poignard indien

Dont le manche de saphirs brille; Mais surtout je voudrais un cœur fait pour le mien, Qui le sentit, l'aimât, et qui le comprit bien,

Un cœur naïf de jeune fille !

Je liais plus que la mort cette débauche prude

Qui n'ose sortir que de nuit, Et retourne la tète avec inquiétude

Tout empourprée au moindre bruit, Et joue à la vertu comme une honnête femme,

N'ayant pas la force qu'il faut Pour être hardiment et largement infâme,

Pour porter sa honte front haut.

Aussi le cœur me lève, à ces sobres orgies

Faites dans un salon étroit, Aux discrètes lueurs de quatre à cinq bougies

Et dont chacun retourne droiv, A ce vice bourgeois, mesquin, suant la prose,

Comme le font les boutiquiers, Gens qui savent ôter le galbe à toute chose;

Les dandys, avec les banquiers; Ce vice homme rangé qui ne l'est qu'à ses beures

Qui sort calme d'un mauvais lieu, Comme l'on sortirait des plus chastes demeures

Ou de quelque église de Dieu, La cravate nouée et les cheveux en ordre,

Le frac boutonné jusqu'au cou, Pas le plus petit pli sur quoi l'on puisse mordre,

Rien de débraillé, rien de fou, Rien de hardi, de chaud, de bon viveur, qui fasse

Au reproche mollir la voix Et dire au père : — Il faut que jeunesse se passe,

Comme l'on disait autrefois.

— J'aime trente fois mieux une débauche franche,

Jetant son masque de satin, Le coude sur la nappe et la main sur la hanche,

Criant, buvant jusqu'au matin, Qui laisse, sans corset, aller sa gorge folle,

Rose encor des baisers du soir, Qui tord lascivement sa taille souple et molle,

Sur tous les genoux va s'asseoir, Et bleuissant sa joue au punch qui siffle, et flambe

Au fond du cratère vermeil, Rit de se voir ainsi, danse et montre sa jambe,

Et ne veut pas qu'on ait sommeil :

— C'est une poésie au moins, — une palette

Où brillent mille tours divers, Un type net et franc, une chose complète,

De la couleur ! des cbants ! des vers !

Par une nuit d'été, quand le ciel est d'azur, Souvent un feu follet sort du marais impur; Le passant qui le voit le prend pour la lumière Qui scintille aux carreaux lointains d'une chaumière Vers le fanal perfide il s'avance à grands pas. Tout joyeux; et bientôt, ne s'apercevant pas Qu'un abime est ouvert à ses pieds, il y tombe, Et son corps reste là sans prière et sans tombe. Aux lieux où fut Gomorrhe autrefois, et que Dieu En courroux inonda d'un déluge de feu, Sur la grève brûlée, asile frais et sombre, Des orangers touffus s'élèvent en grand nombre, Chargés de fruits riants dont la tunique d'or Ne livre que poussière à la dent qui les mord . Dans ma pensée, ami, je trouve qu une femme Qui sous de beaux semblants cache une vilaine âme,

Pour ceux que sa beauté décevante a séduits, Pareille au feu follet, l'est encore à ces fruits.

C'est un fort beau cheval ; une large poitrine, Des jambes de gazelle, et dans chaque narine

Une fauve lueur, La queue échevelée, une crinière folle Qui se déroule au vent comme une banderole

Sur le coLen sueur;

Des yeux fiers, pleins de vie, ardents comme la braise, Qu'on prendrait pour deux trous au mur d'une fournaise

Ou pour deux diamants, Des yeux illuminés d'une lumière rouge Comme un soleil dans l'eau, qui frissonne et qui bouge

A. tous les mouvements;

Une croupe arrondie où des glands dorés pendent, Et de souples jarrets dont les muscles se tendent

Comme des arcs d'acier; Un ongle plus poli que le jaspe ou l'écaillé : Quel roi dans son haras eut jamais qui te vaille,

0 mon noble coursier!

Tu danses sur les blés comme une sauterelle, A chacun de tes pieds est attachée une aile,

Ton galop c'est un vol, Et, quand à bonds pressés tu dévores la plaine, L'oiseau reste en arrière, et l'ombre peut à peine

Te suivre sur le soi.

La bride sur le col, va, marche, à toi l'espace ! Va, lutte de vitesse avec le vent qui passe Comme avec un rival;

Va sans crainte ; — le monde est grand, la terre est large, Le vent est déjà loin, trop de vapeur le charge; Hurrali ! mon bon cheval !

Hurrah ! des rocs aigus aux tranchantes arêtes, Fais jaillir en sautant des gerbes de paillettes

Avec ton dur saboi; Brise cet horizon qui n'a pas une lieue Et voudrait t'enfermer dans sa muraille bleue

Comme on fait un pied-bot.

Chemius rompus, huiliers, buissons, ronces, broussailles, Hérissant leurs stylets, entortillant leurs mailles,

Grands fossés à franchir; Ravins marécageux, où le feu follet flambe, Fondrières, rochers, rien n'entrave ta jambe Qui ne sait pas fléchir.

Oh ! comme les maisons, comme les arbres filent Oh! comme étrangement sur le ciel ils profilent

Leur contour incertain!

Essor prodigieux, le sol que ton pied foule Se retire sous toi comme un ruban qu'on roule

Et tout se fait lointain.

— Vois là-bas, tout là-bas cette flèche d'église, Qui pour te regarder lève sa tête grise

Par-dessus l'horizon, Te montre au doigt, te nargue, et comme des reproches, A ton oreille fait tinter ses quatre cloches

Et galoper le son.

Hop ! hop ! mon andalous, mon noir, — plus vite encore! Une course pareille à celle de Lénore !

Je suis content, c'est bien.

Le clocher tout confus derrière un mont se cache, L'oiseau qui te suivait à peine au ciel fait tache,

Et je n'entends plus rien.

Mais quoi donc! lu faiblis. — Ça, veux-tu que je teigne Mes éperons en pourpre à ton flanc brun qui saigne?

Allons, courage, allons !

Car nous sommes suivis, mon brave, d'un Vampire ; Je sens tiède à mon dos le souffle qu'il aspire;

Il est sur nos talons.

Que derrière tes pas cette porte se ferme, Etnoussomrnessauvés. — Nous touchons presqueau terme;

Saute, vole, bondis !

— Le monstre ne peut rien sur moi dans cette chambre D'où s'exhale un parfum de fleurs, de femme et d'ambre,

Comme d'un paradis !

N'as-tu pas vu son œil luire à la jalousie? Tout mon bonheur est là, toute ma poésie,

Mes souvenirs, ma foi, Tout, avec mon amour; c'est ma pâle créole, Le soleil de mon cœur, mon âme, mon idole,

Ma Béatrix à moi.

C'en est fait, — le voilà, mes prières sont vaines ; — Il m'éteint les regards et m'entr' ouvre les veines

De ses ongles de fer, Courbe mon dos et met sur ma tète pendante Une chape de plomb comme aux damnés du Dante

Dans le neuvième enfer.

Tu cours bien, mon cheval, et ta croupe est fidèle, Tu dépasses le vent, le son et l'hirondelle;

Mais il court bien mieux, lui, Et pourtant ce coureur, ce n'est pas un arabe, Un anglais de pur sang, — ce n'est qu'un vilain crabe

Aux pieds boiteux, — l'ennui.

Or çà, la belle fille, Ouvrez cette mantille, C'est trop de cruauté; Faites-nous cette joie, Que pleinement on voie Toute votre beauté.

Apprenez-le, mignonne, Quand le bon Dieu vous donne Un corps aussi parfait, C'est afin qu'on le sache, Et c'est péché qu'on cache Le présent qu'il a fait.

Aime-moi, je suis riche Comme un joueur qui triche, Comme un juif usurier :

On peut m'aimer sans honte, La couronne de comte Rayonne à mon cimier.

Je suis, comme doit faire Tout fils de noble père, Les usages anciens :

On m'encense à ma place, Mon prêtre, avant la chasse, Dit la messe à mes chiens.

J'ai de beaux équipages, Des valets et des pages A n'en savoir le nom :

J'ai des vassaux sans nombre Qui vont baisant mon ombre • lit portent mon pennon.

Soupèse un peu, la belle, Cet le lourde escarcelle, Hé bien, elle est à toi !

Je veux que ma maîtresse Fasse envie, en richesse, A la femme d'un roi.

Tu rejettes mes offres?

Allons, vide tes coffres, Argentier de Satan !

Fais vite, ou je dépêche, Juif, ta carcasse sèche Au diable qui l'attend.

Des robes qu'on déploie De velours ou de soie Queile est celle à ton goût?

Ces riches pendeloques, Qu'entre les doigts tu choques, Prends, je te donne tout :

Colliers, dont chaque maille, De cent couleurs s'émaille, Magnifiques habits; Beaux satins, fines toiles, Brocarts semés d'étoiles, Diamants et rubis!

Oui, pour t'avoir, la belle, Si tu fais la rebelle, J'engagerais mon bien...

— Merci, mon gentilhomme, Reprenez votre somme, J'ai tout donné pour rien.

il8 FANTAISIES.

Aux vitraux diaprés des sombres basiliques, Les flammes du coucbaut s'éteignent tour à tour; D'un âge qui n'est plus précieuses reliques, Leurs dômes dans l'azur tracent un noir contour;

Et la lune parait, de ses rayons obliques Argentant à demi l'aiguille de la tour, Et les derniers rameaux des pins mélancoliques Dont l'ombre se balance et s'étend alentour.

Alors les vibrements de la cloche qui tinte, D'un monde aérien semblent la voix éteinte, Qui par le vent portée en ce monde parvient;

Et le poëte, assis près des flots, sur la grève Écoute ces accents fugitifs comme un rêve, Lève les veux au ciel, et triste se souvient.

Ne vous détournez pas, car ce n'est point d'amour Que je veux vous parler; que le passé, madame, Soit pour nous comme un songe envolé sans retour, Oubliez une erreur que moi-même je blâme.

Mais vous êtes si belle, et sous le fin contour De vos sourcils arqués luit un regard de flamme Si perçant, qu'on ne peut vous avoir vue un jour Sans porter à jamais votre image en son âme.

Moi, mes traits soucieux sont couverts de pâleur; Car, dès mes premiers ans soutirant et solitaire, Dans mon cœur je nourris une pensée austère,

Et mon front avant l'âge a perdu cette fleur

Qui s'entr'ouvre vermeille au printemps de la vie,

Et qui ne revient plus alors qu'elle est ravie.

Quelquefois, au milieu de la folâtre orgie, Lorsque son verre est plein, qu'une jeune beauté Endort son désespoir amer par la magie D'un regard enchanteur où luit la volupté,

L'âme du malheureux sort de sa léthargie; Son front paie retrouve un rayon de gaité, Sa prunelle mourante un reste d'énergie; Il sourit oublieux de la réalité.

Mais toute cette joie est comme le lierre Qui d'une vieille tour, guirlande irrégulière, Embrasse en les cachant les pans démantelés,

Au dehors on ne voit que riante verdure,

Au dedans, que poussière infecte et noire ordure,

Et qu'ossements jaunis aux décombres mêlés.

Lorsque je vous dépeins cet amour sans mélange. Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux, Que maintenant je porte au fond du cœur pour vous, Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,

Rien de ce que je dis ne vous parait étrange Rien n'allume en vos yeux un éclair de courroux,

Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux, Votre pâleur nacrée en incarnat se change :

Il est vrai, — dans la mienne, en la forçant un peu, Je puis emprisonner votre main blanche et frêle, Et baiser votre front si pur sous la dentelle.

Mais — ce n'est pas assez pour un amour de feu ; Non, ce n'est pas assez de souffrir qu'on vous aime. Ha belle paresseuse, il faut aimer vous-même.

Qu'est-ce que ce bonheur dont on parle? — L'avare Au fond d'un coffre-fort empile des ducats, Des piastres, des doublons, et plus d'or qu'aux Incas Jadis avec leur sang n'en fit suer Pizarre.

Il ne voit rien de plus. — Le far-niente, un cigare, Voilà pour l'indolent. — Le songeur ne fait cas Que d'un coin retiré du monde et du fracas, Où l'on puisse à loisir suivre un rêve bizarre.

L'ambitieux le met dans un titre à la cour,

Le vieux dans le comfort, le jeune dans l'amour;

— Les uns à pérorer, les autres à se taire.

Mais, étant exclusifs, ces gens-là jugent mal; Car le bonheur est fait de trois choses sur terre, Qui sont : — Un beau soleil, une femme, un cheval !

Avant cet heureux jour, j'étais sombre et farouche,

— Mon sourcil se tordait sur mon front soucieux, Ainsi qu'une vipère en fureur, et mes yeux Dardaient entre mes cils un regard fauve et louche.

Un sourire infernal crispait ma pâle bouche.

A cet âge candide où tout est pour le mieux,

Je méprisais le monde et reniais les cieux,

Disant tout haut : — Où donc est-il, que je le touche !

El mon ange gardien à son front blanc et pur

Ramenait en pleurant ses deux ailes d'azur,

Et n'osait au Seigneur porter de tels blasphèmes.

Aux saints épancheinenls mon cœur était fermé,

— Car je ne savais pas alors combien tu m'aimes; Et comment croire en Dieu quand on n'est pas aime !

Poëte, dans les cœurs mettre un écho sonore, Remuer une foule avec ses passions, Ecrire sur l'airain ses moindres actions, Faire luire son nom sur tous ceux qu'on adore;

Courir en quatre pas du couchant à l'aurore, Avoir un peuple fait de trente nations, Voir la terre manquer à ses ambitions, Etre Napoléon, être plus grand encore!

Que sais-je? être Shakspeare, être Dante, être Dieu! Quand on est tout cela, tout cela, c'est bien peu : Le monde est plein de vous, le v; Je est dans votre àme.

Mais qui donc comblera l'abime de ton cœur? Que veux-tu qu'on y jette, ô poète! ô vainqueur? — Un mot d'amour tombé d'une bouche de femme !

Vous partez, chers amis; la bise ride l'onde, Un beau reflet ambré dore le front du jour; Comme un sein virginal sous un baiser d'amour, La voile sous le vent palpite et se fait ronde.

Une écume d'argent brode la vague blonde, La rive fuit. — Voici Mante et sa double tour, Puis cent autres clochers qui filent tour a tour; Puis Rouen la gothique et l'Océan qui gronde.

Au dos du vieux lion, terreur des matelots, Vous allez confier votre barque fragile, Et flatter de la main sa crinière de flots.

Horace fit une ode au vaisseau de Virgile ;

Moi, j'implore pour vous, dans ces quatorze vers,

Les faveurs de Thétis, la déesse aux yeux verts.

LA

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